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« Le pont des espions » de Steven Spielberg. Critique cinéma

Synopsis: James Donovan, un avocat de Brooklyn se retrouve plongé au cœur de la guerre froide lorsque la CIA l'envoie accomplir une mission presque impossible : négocier la libération du pilote d'un avion d'espionnage américain U-2 qui a été capturé par les soviétiques.

La fiche du film

Le film : "Le Pont des Espions"
De : Steven Spielberg
Avec : Tom Hanks, Mark Rylance
Sortie le : 02/12/2015
Durée : 132 Minutes
Genre : Thriller
Type : Long-métrage
Le film

« Quelle carte abattre, quand on ne sait plus à quel jeu l’on joue… »

Un grand Spielberg. Celui de Schindler et du soldat Ryan.Du cinéma qui dépasse l’écran pour figurer la grande Histoire à travers une histoire secrète, une histoire d’espions que le septième art vénère, et que Spielberg revendique comme un genre nouveau.

Dans sa manière de filmer, de retenir la lumière dans un faux noir et blanc magnifique (le directeur de la photo s’appelle  Janusz Kaminski), où la pluie se mêle à l’inquiétude. Des pas résonnent sur le bitume mouillé, des ombres indistinctes s’évanouissent quand un mur s’érige entre deux nations et qu’un peuple vient de perdre sa liberté.

C’est déjà ce que nous raconte brillamment Steven Spielberg à travers l’épopée d’un avocat d’assurances qui bien malgré lui deviendra le défenseur des libertés. Il sera aussi contre son gré, au cœur de la guerre froide, négociateur d’un marché conclu d’avance. Sauf que derrière l’avocat, un homme va se révéler à lui-même et au monde entier pour que la paix et la justice puissent faire la paire.

Mark Rylance, Tom Hanks, un duo qui mène le film jusqu'au bout
Mark Rylance, Tom Hanks, un duo qui mène le film jusqu’au bout

Tom Hanks dans le rôle est absolument prodigieux, replet et bienheureux jusqu’au jour où le destin le désigne du doigt. Le personnage comme le comédien s’en montrent dignes, à l’image de ses congénères. La nonchalance de Mark Rylance (excellent), l’espion russe, revenu de tout, agace, puis étonne et amuse son avocat.Une dualité que le réalisateur a su parfaitement mettre en scène au milieu d’une reconstitution citadine incroyable.

Je pense notamment à Berlin, qui entre l’Est et l’Ouest va connaître sa déchirure historique sous le regard d’une caméra à laquelle rien ne semble devoir échapper. La retranscription qu’en fait Spielberg parait d’une vérité si contemporaine, au regard des stratagèmes des services secrets et d’une justice populaire. Ce que va peu à peu découvrir James Donovan bien perdu sur ce grand échiquier politique.

Le pion et la marionnette vont alors patiemment se rebeller contre les institutions, capitalistes et communistes,  pour mieux affirmer l’indépendance d’un état qui se résume à l’humanité toute entière. C’est grand, c’est noble, c’est généreux. Les USA s’en tirent à bon compte, et  Moscou est toujours le méchant vilain petit canard. Mais la manière dont Spielberg se promène dans l’ambassade soviétique est savoureuse.

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Il raconte toujours aussi bien les histoires. Le scénario clair et limpide participe pleinement à la réussite de ce film. On le doit à Joel et Ethan Coen, collaborateurs de belle envergure dans un dispositif cinématographique plein et entier, couronné par la longue scène finale. Le cinéma en possède quelques-unes à son actif dans le genre, mais la tractation entre les deux camps pour libérer les espions est ahurissante. Pas de suspense, pas de tension particulière, mais dans un cadre parfait, une ambiance ouatée, une lumière incertaine qui cache les visages, dissimule les intentions. Jusqu’au bout. 140 mn de bonheur intégral.

"Quelle carte abattre, quand on ne sait plus à quel jeu l'on joue..." Un grand Spielberg. Celui de Schindler et du soldat Ryan.Du cinéma qui dépasse l’écran pour figurer la grande Histoire à travers une histoire secrète, une histoire d’espions que le septième art vénère, et que Spielberg revendique comme un genre nouveau. Dans sa manière de filmer, de retenir la lumière dans un faux noir et blanc magnifique (le directeur de la photo s’appelle  Janusz Kaminski), où la pluie se mêle à l’inquiétude. Des pas résonnent sur le bitume mouillé, des ombres indistinctes s'évanouissent quand un mur s’érige entre…
Le film

Chez moi Spielberg, ça va, ça vient, mais ce film-là restera longtemps dans ma cinémathèque. Du cinéma qui dépasse l’écran pour figurer la grande Histoire à travers une histoire secrète, une histoire d’espions que le septième art vénère et que Spielberg revendique comme un genre nouveau. Quand je vois comment se traînent certains polars du moment ou des comédies « copié-collé », je retrouve un cinéaste qui reprend les codes d’un film de genre pour les transcender à travers une mise en scène d’une grande clarté, un décor reconstitué de manière fantastique (le Berlin de la construction du mur, édifiant ! ) , un scénario écrit par  les frères Coen de façon si limpide que rien ne peut nous échapper dans cet imbroglio politique au moment où la guerre froide faisait rage entre les Usa et l’Union Soviétique. Point d’orgue de ce film qui devrait marquer les esprits, une affiche sans rature avec à son sommet Tom Hanks et Mark Rylance. Un brio qui va bien au-delà de la performance artistique. Au point que le cinéaste ne se prive pas de briser le final angélique qui filait derrière le regard bienveillant des passagers d’un bus, reconnaissant celui qui allait devenir un héros. Je vous le laisse découvrir, il faut attendre plus de deux heures, mais je vous assure que vous ne les voyez pas passer.

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