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« Soudain l’été dernier » de Joseph L. Mankiewicz. Critique dvd

Synopsis: Le docteur Cukrowicz vient de prendre ses fonctions à Lions View, un hôpital psychiatrique de La Nouvelle-Orléans, mais est rapidement découragé par le manque de moyens octroyés à l’établissement. C’est alors qu’il reçoit une étrange proposition de la part de Violet Venable, une riche notable qui vient de perdre son fils Sebastian dans des circonstances étranges. Celle-ci est prête à lever un fonds d’un million de dollars si le Dr Cukrowicz accepte de pratiquer une lobotomie sur sa nièce Catherine qui, selon elle, aurait perdu la raison depuis la mort de son cousin

La fiche du DVD / Blu-Ray

Le film : "Soudain l'été dernier "
De : Joseph L. Mankiewicz
Avec : Elizabeth Taylor, Katharine Hepburn, Montgomery Clift, Albert Dekker, Mercedes McCambridge
Sortie le : 23 août 2017
Distribution : Carlotta Films
Durée : 114 minutes
Film classé : Tous publics
Nombre de DVD / Blu-Ray : 1
Le film
Le bonus
  • « Comment une famille de primates a-t-elle pu engendrer une fille aussi exquise ? », la tante parlant de sa « chère » nièce …

Ce que le langage au cinéma veut dire. Au tout début, Violet Venable la richissime veuve relate l’éclosion des œufs de tortues des Galapagos alors que les oiseaux carnassiers s’apprêtent à les attaquer. La tirade est longue et magnifique dans sa description réaliste et cruelle.

Joseph L. Mankiewicz filme le monologue avec une telle maestria que des images se forment dans notre imaginaire, entraîné par la verve poétique de l’auditrice, Katharine Hepburn rayonnante et glaçante. Affable au premier sourire, Violet Venable est terriblement maîtresse de ses sentiments et de l’argent qui assoit son pouvoir et son autorité.

La mort récente et surprenante de son fils, alors en vacances avec sa cousine Catherine, l’a déstabilisée. Ce qu’en rapporte la jeune fille lui semble incohérent avec l’aura qu’elle conserve de sa progéniture. Catherine ne dit que mensonges et fariboles, Catherine est folle, il faut la faire interner.

Le frère de Catherine (Gary Raymond) est très favorable à l’internement de sa sœur, et il a ses raisons …

L’enjeu du combat qu’elle entame auprès des autorités médicales à qui elle promet un gros chèque. Le directeur de l’unité psychiatrique (Albert Dekker) en bave, contrairement à son collègue devant pratiquer la lobotomie. Le docteur Cukrowicz fréquente à plusieurs reprises la cousine et décèle dans cette famille peu ordinaire (la maman de Catherine et son frère sont eux aussi sous le coup d’un gros chèque) de quoi la mettre sur la touche définitivement.

Voici le spécialiste habitué aux cas les plus extrêmes plongé au cœur d’une intrigue psychanalytique dont la complexité et l’audace se fondent dans l’interprétation raisonnée des acteurs du drame. La cousine c’est Elizabeth Taylor (un monologue final tout aussi magistral), le médecin Montgomery Clift plus en retenu peut-être, révélateur d’un complot qui ne dit pas son nom.

A l’image de tous les thèmes suggérés : l’homosexualité, le cannibalisme, la pédophilie, l’inceste. Il est certain qu’à l’époque ça devait faire mauvais genre. Mais un bon film.

Entre la richissime donatrice et le psychiatre, l’ombre de la mort , une évidence

LE SUPPLEMENT

  • « Le prédateur et la proie » par Michel Ciment de la revue Positif. Le journaliste raconte d’abord beaucoup d’anecdotes autour du film que Tennessee Williams n’a pas aimé. « C’était un sujet qui lui était particulièrement personnel, sa sœur était internée, et leur mère l’avait fait lobotomiser sans le prévenir. (…) Il redécouvre sa propre histoire au cinéma, et la violence de sa mère, c’est pourquoi il n’a pas supporté l’adaptation ».

L’adaptation ?  A partir d’une pièce en un acte, imaginer un film de 1 h 50, « c’est beaucoup de travail sur le scénario, beaucoup de choses rajoutées ».

« Un film servi par deux excellents rôles féminins, que Mankiewicz a toujours privilégiés aux hommes. ». Deux grandes actrices, Katherine Hepburn « qui joue plus grande que nature, en contraste avec Elizabeth Taylor plus instinctive, plus sensuelle. Mais Hepburn n’a pas supporté de se voir vieillir au cinéma, elle a craché sur le plateau le dernier jour et dans le bureau du producteur Sam Spiegel (…). La fin du film dément ceux qui disent qu’il faisait du théâtre filmé, ce cadre avec le dédoublement de l’image par la reconstitution du déchiquetage du garçon, un morceau de cinéma extraordinaire, ce n’est pas là un homme qui enregistre des dialogues ».

« Comment une famille de primates a-t-elle pu engendrer une fille aussi exquise ? », la tante parlant de sa « chère » nièce … Ce que le langage au cinéma veut dire. Au tout début, Violet Venable la richissime veuve relate l’éclosion des œufs de tortues des Galapagos alors que les oiseaux carnassiers s’apprêtent à les attaquer. La tirade est longue et magnifique dans sa description réaliste et cruelle. Joseph L. Mankiewicz filme le monologue avec une telle maestria que des images se forment dans notre imaginaire, entraîné par la verve poétique de l’auditrice, Katharine Hepburn rayonnante et glaçante. Affable au premier sourire, Violet…
Le film
Le bonus

C’est un film qui cache beaucoup de choses, dont les principaux thèmes (homosexualité, inceste, cannibalisme…) et son intrigue centrale : la folie supposée d’une femme que sa tante, riche notable, voue à la chirurgie psychiatrique contre un gros chèque salvateur pour l’activité médicale du secteur. Le chirurgien chargé de lobotomiser l’intéressée se penche alors sur son cas qu’il trouve plus intéressant que ne le laisse entendre la famille tout entière. Il va s’employer à démêler le vrai du faux, et faire descendre de son piédestal la tata si entreprenante. Dans le rôle, Katherine Hepburn est sans reproche face à Elisabeth Taylor tout aussi mordantes quand il s’agit de toucher à une parcelle de son cerveau. On la comprend à l’image de Montgomery Clift, le médecin légèrement éteint au milieu de toute cette effervescence dont le point de départ est quand même le décès inattendu et suspect du fils de la dame si riche. Elle devait se rendre en vacances avec lui. Il lui aura préféré sa cousine. C’est donc elle la responsable de ce qui a pu se passer « soudain, l’été dernier ».

Avis bonus Michel Ciment éclaire parfaitement l’aventure de ce film en reprenant l’adaptation, le style et l’interprétation d’un trio d’acteurs hors du commun. 

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Soudain l'été dernier [Blu-ray] (Blu-ray) de Joseph L. Mankiewicz
Date de sortie du Blu-ray : 23 August 2017
Format :
Studio : Carlotta Films
Duree : 114 minutes

PRIX : EUR 19,99 (Prix de depart : EUR 20,06)

Voir aussi

« Les garçons de Fengkuei » de Hsiao-Hsien Hou . Critique cinéma-dvd

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