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« La maison des étrangers » de Joseph L. Mankiewicz. Critique dvd

L’histoire : Max Monetti est de retour à New York. Cet ancien avocat vient de purger sept ans de prison. Son père Gino, banquier soupçonné de pratiques frauduleuses, est mort récemment. Les trois autres fils de Gino ont enregistré la banque à leur nom, et, pour eux, le retour de Max n’est pas une bonne nouvelle: leur frère est-il venu se venger ?

« Tu as vu la nouvelle loi ? »

« Attends, je n’ai jamais lu l’ancienne… »

Réalisation : Joseph L. Mankiewicz
Auteurs & scénaristes : Philip Yordan , Jerome Weidman  (d’après son roman) et Joseph L. Mankiewicz  (auteur retouches (non crédité))
Avec : Edward G. Robinson (Gino Monetti) – Susan Hayward (Irene Bennett) – Richard Conte (Max Monetti) – Luther Adler (Joe Monetti) – Paul Valentine (Pietro Monetti) – Efrem Zimbalist Jr. (Tony Monetti) – Debra Paget (Maria Domenico) 

la maison des étrangersJe ne connaissais pas ce film, mais Olivier Père me rassure. Il explique dans le bonus comment et pourquoi « La maison des étrangers » ne figure pas au panthéon des films de Joseph L. Mankiewicz et du cinéma mondial. C’est une œuvre magistrale sur le plan de la construction cinématographique, des dialogues écrits dans une dynamique permanente, avec une affiche dont aucun rôle ne souffre d’inexistence. Même les personnages secondaires, à l’image des deux frères cadets relégués au rang de faire valoir et de bellâtre par Gino Monetti, un père impossible à vivre.

L’aîné, dans le genre domestique à son papa (Luther Adler), n’est pas mieux loti. Mais son statut de senior le rend plus attractif aux yeux du réalisateur qui le confronte très souvent au quatrième membre de la fratrie, Max, un avocat que le patriarche vénère. Max (Richard Conte) représente la loi à laquelle Gino, l’ancien coiffeur devenu banquier ne répond que très rarement. Il préfère user de la liberté toute neuve offerte par cette Amérique dont le rêve est en train de se réaliser.

Il prête beaucoup, mais récupère encore plus
Il prête beaucoup, mais récupère encore plus, le Gino !…

Et qui prend forme sous les traits de la nouvelle amie de ce fils tant choyé. Irene (Susan Hayward) est une américaine pure souche, le trait d’union entre cette famille italo-américaine et l’accession à une réussite dont elle ne profite pas vraiment.  Employés dans la banque de papa, les fistons doivent quémander un service, une augmentation, une autorisation.

Bien avant tous les films sur la Mafia (on trouve quelques similitudes avec « Le Parrain » de Coppola réalisé 22 ans plus tard) Joseph L. Mankiewicz élabore ainsi les codes d’une organisation patriarcale qui dicte sa loi (Gino aide le petit peuple et le gruge tout autant) sans respecter la justice de son pays. Le jour où elle le rattrape la fratrie se révolte.

Il faut simplement être patient comme le remarque admirablement bien  Mankiewicz avec une maestria qui atteint peut-être des sommets lors du repas traditionnel du mercredi. Ce soir-là, le père réunit tous ses enfants pour un plat de spaghettis rituel et indigeste. La petite musique des mots nous invite à ce même cérémonial orchestré par des dialogues joliment affûtés, acérés même quand les sentiments s’en mêlent.

la maison des étrangers

C’est comme une parenthèse ouverte par le réalisateur, cette rencontre entre Max et la belle américaine, qui parait femme facile, légère, opportuniste et se révèle d’un tout autre genre. Un caractère trop bien affirmé pour un homme de la trempe de Max Ginotti, à qui on ne résiste jamais. La parenthèse ne se refermera jamais car aux yeux de Mankiewicz le couple qui se forme vise d’autres valeurs que celles communément admises par l’autorité patriarcale.

Une première fissure prolongée par d’autres entailles qui ne résisteront pas aux règlements de compte. Si le scénario est d’une pertinence remarquable, la réalisation l’est tout autant. Elle adopte les codes d’une vision alors peu commune dans le cinéma populaire.

Sous le regard de Mankiewicz ce cinéma devient celui de l’Histoire (les séquences de rue fixent bien l’époque et leur contexte social) façonné par des comédiens totalement au service de leur personnage. Pas d’ego ni de nombrilisme dans l’interprétation du génial Edward G. Robinson qui, aveuglé par sa réussite va causer la ruine de tout son petit monde, socialement et moralement. Le reste de l’affiche est du même tonneau. Ces étrangers méritent d’être connus !

Bien sûr, c'est Max qui défend son papa accusé de malversations banquières
Bien sûr, c’est Max qui défend son papa accusé de malversations banquières .
  • Entretien avec Olivier Père, directeur du cinéma Arte ( 30 mn) . La mise en scène, sa virtuosité, la direction artistique, la distribution… les sujets abordés évoquent bien évidemment l’histoire d’un film assez particulier dans le projet original que le producteur Zanuck rattrapera au vol pour le confier à Mankiewicz.

Il est question du film de Coppola « Le parrain » pour le traitement par exemple de la communauté italo-américaine. « Ils n’ont pas dû s’en inspirer mais des similitudes existent » relève Olivier Père. Il estime qu’après les années 60, et la fin de l’âge d’or de Hollywood, le réalisateur n’a pas su trouver sa place face à l’arrivée de la relève dont Francis Ford Coppola qui comme lui à l’origine était avant tout un scénariste.

Il est intéressant aussi de noter que le réalisateur ne s’entendait pas forcément très bien lui non plus avec son frère Herman alors plus en vogue dans le milieu cinématographique. Il recevra notamment l’oscar du meilleur scénario pour « Citizen Ken ». Joseph L. Mankiewicz n’aura de cesse de rattraper son retard…

 

L'histoire : Max Monetti est de retour à New York. Cet ancien avocat vient de purger sept ans de prison. Son père Gino, banquier soupçonné de pratiques frauduleuses, est mort récemment. Les trois autres fils de Gino ont enregistré la banque à leur nom, et, pour eux, le retour de Max n'est pas une bonne nouvelle: leur frère est-il venu se venger ? « Tu as vu la nouvelle loi ? » « Attends, je n’ai jamais lu l’ancienne… » Réalisation : Joseph L. Mankiewicz Auteurs & scénaristes : Philip Yordan , Jerome Weidman  (d'après son roman) et Joseph L. Mankiewicz  (auteur retouches…
Le film
Le bonus

Dans la filmographie de Mankiewicz, ce film n’apparait pas parmi les plus significatifs, et pourtant il l’est à plus d’un titre. C’est une œuvre magistrale sur le plan de la construction cinématographique, des dialogues écrits dans une permanence vitale, avec une affiche dont aucun rôle ne souffre d’inexistence. Avec à tout seigneur tout honneur celui du patriarche autoritaire, incarnation du rêve américain que Edward G. Robinson interprète avec une maestria égale à l’écriture d’un scénario puisée au meilleur de la littérature cinématographique. Pour raconter l’histoire de quatre frères confrontés à l’autorité d’un père qui n’a d’yeux que pour son fils Max, avocat. Sous la coupe de cet homme, une famille venue du fin fond de la Sicile et qui avait réussi à prendre racine sur le sol américain va s’entredéchirer jusqu’à la haine. On a dit que « Le Parrain » de Coppola aurait pu s’inspirer un brin de cette histoire.

Avis bonus Un long entretien avec Olivier Père qui raconte simplement l'histoire de ce film et ce qu'il apporte au cinéma de la planète

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