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Tennessee Williams

Les pièces de théâtre sont du pain béni pour les scénaristes : dialogues et dramaturgie sont sur le papier. Quand ils ont le souffle du génie de Tennessee Williams, l’un des auteurs les plus portés à l’écran avec 16 adaptations, soit environ la moitié de son œuvre théâtrale.

A ses débuts, dans la dèche, on lui demande d’adapter pour Hollywood un roman à succès. Peu intéressé par l’histoire, il la revisite à sa façon  pour aboutir à un résultat tellement différent de l’œuvre d’origine que le studio le congédie. Mais son scénario deviendra une pièce, « La Ménagerie de verre », avec laquelle il obtient la célébrité.
Summum de la revanche, cinq ans plus tard, cette même pièce sera portée à l’écran ! Mais entre-temps l’auteur a multiplié les succès au théâtre, notamment avec son plus grand chef-d’œuvre, « Un tramway nommé désir » qui devient dans la foulée un classique du cinéma réalisé par Elia Kazan, avec Vivien Leigh et Marlon Brando.

un tramway

Violence physique et morale, sexualité trouble, angoisse de la solitude, mensonges et faux-semblants : dans son film, Kazan traite à la perfection les thèmes de prédilection de Tennessee Williams. Autant d’obsessions névrotiques issues d’un passé d’une lourdeur extrême : père absent, alcoolique, joueur et violent, mère soumise et terrorisée, sœur schizophrène qui a subi une lobotomie, et l’auteur lui-même qui, après avoir découvert son homosexualité à la puberté, s’est enfermé dans son secret vécu comme honteux. Le tout enveloppé par la moiteur poisseuse de sa terre natale, le Sud des États-Unis, dont il a fait son décor de prédilection.

Rongé par la dépression, dépendant aux anxiolytiques, Tennessee Williams écrira toute sa vie pour atténuer sa souffrance intérieure. D’où l’intensité dramatique qui habite ses personnages et son affection pour les individus atypiques, tourmentés et rejetés par une société avide de conformisme. Son génie, c’est aussi de décrire un univers sordide et désespéré avec un lyrisme et une poésie improbables, alchimie qui constitue l’essence de son style. Dans « Poupée de chair », basé sur le seul scénario original de l’auteur et réalisé par le même Elia Kazan, on retrouve également ce mélange de grâce et de souffrance morale, à travers le calvaire d’un homme mûr, incarné par Karl Malden, frustré de ne pas pouvoir consommer son mariage avec une suave adolescente.

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À l’inverse, dans « La Chatte sur un toit brûlant », c’est une épouse, incarnée par Elizabeth Taylor, qui vit les affres de la frustration quand son mari dépressif et alcoolique, interprété par Paul Newman, délaisse son devoir conjugal. Dans ce film magnétique, Richard Brooks, parvient parfaitement à restituer l’univers trouble de l’auteur. Et Joseph Mankiewicz ne sera pas en reste avec son traitement magistral de « Soudain l’été dernier » dans lequel Katharine Hepburn tente de faire lobotomiser sa nièce, jouée par Elizabeth Taylor, en la prétendant folle. Une intrigue qui fait clairement référence au vécu de Tennessee Williams, tout comme la neurasthénie de la star alcoolique et droguée incarnée par Geraldine Page dans « Doux oiseau de jeunesse », de Richard Brooks, aux côtés d’un Paul Newman dont le personnage de gigolo suinte l’arrivisme et l’hypocrisie.

La solitude et la frustration d’une star vieillissante, c’est aussi le thème du « Visage du plaisir » dans lequel Vivien Leigh, en voyage à Rome, succombe au charme juvénile d’un gigolo italien incarné par Warren Beatty. Quant à la veuve éplorée sublimement interprétée par Anna Magnani dans « La Rose Tatouée », c’est la découverte posthume des infidélités de son mari qui lui fait rompre son serment de chasteté en la jetant voluptueusement dans les bras de Burt Lancaster, sexy en diable dans son rôle de camionneur.
Autant de personnages puissants et complexes qui sont pour les acteurs de véritables cadeaux, avec des scènes et des répliques cultes étudiées dans toutes les écoles d’art dramatique. D’ailleurs, est-ce un hasard si la plupart des œuvres de l’auteur adaptées au cinéma ont valu à leurs interprètes les honneurs des Oscars ?

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