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« Mademoiselle de Joncquières » de Emmanuel Mouret. Critique Blu-ray

Alice Isaaz (Mademoiselle de Joncquières),

Synopsis: Madame de La Pommeraye, jeune veuve retirée du monde, cède à la cour du marquis des Arcis, libertin notoire. Après quelques années d’un bonheur sans faille, elle découvre que le marquis s’est lassé de leur union. Follement amoureuse et terriblement blessée, elle décide de se venger avec la complicité de Mademoiselle de Joncquières et de sa mère...

La fiche du DVD / Blu-Ray

Le film : "Mademoiselle de Joncquières"
De : Emmanuel Mouret
Avec : Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz, Laure Calamy
Sortie le : 16 janvier 2019
Distribution : Pyramide Distribution
Durée : 109 minutes
Film classé : Tous publics
Nombre de DVD / Blu-Ray : 1
Le film
Les bonus

« C’était donc une comédie ?...

Qui rassurez-vous, amusera tout Paris … » . –

Il faut délaisser le temps et l’époque de Diderot et de « Jacques le Fataliste » . Pierre Choderlos de Laclos ne s’était pas encore penché sur ses liaisons dangereuses. La similitude de ton et d’esprit gagne un temps l’espace avant de s’évanouir dans le complexe éblouissement de l’amour et de ses tourments où s’agite, bien aveuglément, le Marquis des Arcis, libertin connu et reconnu sur la place de Paris.

Edouard Baer dans le rôle, le pari est déjà audacieux pour un réalisateur coutumier du vaudeville et  du marivaudage. Emmanuel Mouret n’a jamais à ce jour concrétisé toutes ses aspirations cinématographiques. Et le voici avec le fantaisiste de service merveilleux, au service d’une noble cause, historique et littéraire.

L’affaire est vite et bien entendue quand les bons mots de Diderot alignés sur des phrases tout aussi délicieuses engagent les propos amoureux entre fripon et courtisanes. Ou pas, si l’on en croit la vertu de Madame de La Pommeraye, jeune veuve retirée de la capitale et qui voit dans le marquis, une agréable compagnie, puis un très bon ami avant que celui-ci ne devienne son amant.

Son amie très proche et proche du Marquis, la prévient de ses agissements et de ses ennuis une fois la résistance combattue. Laure Calamy est très convaincante dans son rôle, mais ses préventions demeurent lettre morte auprès d’une belle totalement conquise. Cécile de France elle aussi bien à l’aise entre satin et taffetas qui déchante vite devant le désamour dans le couple maintenant séparé.

 Cécile de France (Madame de Pommeray), Edouard Baer (Marquis des Arcis). Le fripon imagine pouvoir se reposer sur une épaule amie…

Ils resteront amis lui assure-t-elle ce qui rassure notre gaillard reparti vers d’autres conquêtes. Emmanuel Mouret trousse la chose de fort belle façon dans un univers de pastel vert et bleu sur les robes et les tentures où la douceur prédomine quand le mal entame les fondations.

La Pommeraye se retient et lustre sa vengeance. Avec l’apparition de Mademoiselle de Joncquières, une jeune fille comme de Laclos avait sa Cécile de Volanges. Elle était jouée par Fairuza Balk qui ressemble ici étonnamment à Alice Isaaz, le rôle-titre.

Alice Isaaz (Mademoiselle de Joncquières)

Un apparentement sans conséquence, la suite des événements est bien différente et menée en toute complicité entre un cinéaste et une duperie hallucinante. Les femmes embobinent notre beau parleur qui se pâme de déraison devant la gracieuse jeune fille cornaquée par une maman au passé aussi très trouble ( Natalia Dontcheva).

Le Marquis aura beau faire, ses avances, ses richesses, ne le rapprocheront jamais de celle qui s’éloigne imperceptiblement et refuse le prétendant. Ce sont les conseils de la Marquise, maîtresse d’un ballet et d’une farce qui l’invitera même à un souper d’une magnifique supercherie. Elle lui sera fatale et fera rire le grand monde, assure son bourreau.

« Comment aimer l’amour si vous n’en avez rien vu d’aimable… »

La fin appartient autant à Mouret qu’à Diderot, déjà philosophe et magnanime. Il laisse au héros devenu victime le soin de conclure avec une superbe qui n’a rien de l’assurance d’autrefois. Le libertin a jeté les armes et s’est rendu. Sa défaite est une victoire. Il en fait un triomphe !

LES SUPPLEMENTS

  • Scènes coupées : La première se passe entre Madame de la Pommeray et son amie qui lui conseille d’arrêter sa torture  vis à vis du Marquis.  » Je souffre mon amie mais j’ai au moins la consolation de ne pas souffrir seule » se défend-elle.

La seconde aurait pu figurer au montage. Le marquis se renseigne auprès de son docteur personnel ( Laurent Stocker) sur la santé de sa protégée. Pour des raisons que je ne dévoilerais pas sous peine de révéler un peu de l’intrigue…

Sa meilleur amie l’a prévenue que ce garçon était un coureur de jupons…
  •  » Aucun regret » d’Emmanuel Mouret ( 2015 ) – 22 mn- . Avec Fanny Sidney, Katia Miran, Mathieu Metral .Aurélie et Célia sont deux amies de l’école des beaux-arts quand Olivier, un bel étudiant en architecture, séduit Aurélie. Célia la met en garde, il a mauvaise réputation avec les filles. 

On le voit le réalisateur préparait déjà semble-t-il son adaptation de  » Jacques le Fataliste » avec ici une variante intéressante et contemporaine. Et déjà les contre-jours figurent dans la mise en scène qu’il reprendra sur quelques séquences dans  » Madame de Joncquières » , en utilisant même une fois le théâtre des ombres …

Janvier 2019 : le meilleur dvd ! « C’était donc une comédie ?... Qui rassurez-vous, amusera tout Paris … » . - Il faut délaisser le temps et l’époque de Diderot et de « Jacques le Fataliste » . Pierre Choderlos de Laclos ne s’était pas encore penché sur ses liaisons dangereuses. La similitude de ton et d’esprit gagne un temps l’espace avant de s’évanouir dans le complexe éblouissement de l’amour et de ses tourments où s’agite, bien aveuglément, le Marquis des Arcis, libertin connu et reconnu sur la place de Paris. Edouard Baer dans le rôle, le pari est déjà audacieux pour un réalisateur…
Le film
Les bonus

 Voir Emmanuel Mouret s’égratigner sur un texte de Diderot aux multiples subtilités et rebondissements scéniques me semblait improbable lui qui jusqu’à ce jour n’a pas véritablement offert au cinéma français de nouvelles perspectives. Et bien le voici dans la cour des grands pour reprendre à son compte et de fort belle manière l’histoire de ce libertin trop sûr de lui. La résistance de certaines femmes l'encourage dans son entreprise... Jusqu’à l’abandon et l’épuisement quand devant une jeune grâce tout semble contrarier ses projets. Et même sa richesse ne peut rien quand la belle s’éloigne imperceptiblement sur les recommandations d’une autre femme, trompée, humiliée, et qui se venge. Cécile de France joue très bien sur cette palette où l’amour et la rancune donnent des couleurs pastel au décor dans lequel Edouard Baer se perd avec superbe avant de sombrer comme … un homme. Le reste du casting lui donne aussi raison avec notamment Alice Isaaz, dans le rôle-titre qui n’est pas sans me faire penser à Catherine Deneuve, au temps de sa jeunesse.

Avis bonus Deux scènes coupées intéressantes et un court métrage sur le mode du libertinage contemporain, bien vu !

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