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« Juste la fin du monde » de Xavier Dolan. Critique cinéma

Synopsis: Adapté de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce, le film raconte l'après-midi en famille d'un jeune auteur qui, après 12 ans d'absence, retourne dans son village natal afin d'annoncer aux siens sa mort prochaine.

La fiche du film

Le film : "Juste La Fin Du Monde"
De : Xavier Dolan
Avec : Gaspard Ulliel, Nathalie Baye
Sortie le : 21/09/2016
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 95 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film
  • Grand prix du festival de Cannes 2016

Une pièce de théâtre à l’origine, un auteur aujourd’hui disparu .Jean-Luc Lagarce relatait une visite dans sa famille qu’il n’avait pas rencontrée depuis plusieurs années. Souffrant, il venait leur annoncer sa mort prochaine. Je n’ai pas vu cette représentation, mais la transcription qu’en fait Xavier Dolan au cinéma semble assez proche de l’écriture du romancier. Une pointe sèche, douloureuse, indicible.

Pour Louis, le monde va s’arrêter, mais tout autour, il n’est que friction et fureur. Louis peine alors à trouver ses mots quand d’autres mots le jugent, le harcèlent, l’interrogent.Un frère revêche, atrabilaire, une sœur dans l’attente, l’espérance, une mère aux quatre cent coups pour tenter de conserver cet amour de tant d’années perdues. Catherine, la belle-sœur, la belle étrangère à ce remue-ménage est peut-être la plus à même pour donner tout ce qu’elle a d’amour et de sincérité, raccomoder  les cœurs et comprendre ce garçon qu’elle découvre tel un nouvel amant.

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Une famille que Dolan va bousculer encore un peu plus, la scruter au grain de peau pour en donner une représentation exaltée d’un monde si commun. Celui des ressentiments, des rancœurs et du bonheur oublié. Des souvenirs du temps heureux où sans le sou, sans les vacances, on vivait des dimanches radieux. Maman convulsive, le sourire grimé de Nathalie Baye raconte toutes ces années d’hier que le fils prodigue égrène dans des souvenirs confus.

Il aimerait se retourner, revoir la maison de son enfance, le garçon de ses premiers émois, mais on le presse, on le supplie, on l’envahit. Il ouvre à peine les lèvres pour dire qu’il va partir, mais personne ne l’entend, et la caméra tourne tout autour, tout aussi affolante et grinçante, énervante de tics maniérés, indécis. Au flou artistique Dolan substitue une vision de l’intime derrière des glaces cathédrale, tels des miroirs sans tain.

Procédé chic et répétitif, altération d’un regard jusque-là posé sans complaisance, ni compromis. On ne ressort pas indemne d’une telle confrontation d’images et de verbes crachés par la bouche haineuse d’un frère que Vincent Cassel modèle avec une extrême concision. Le visage, pas le corps, à peine le poing levé, colère volcanique.

« Je ne veux pas que tu me parles, je ne veux pas t’écouter » lâche-t-il à Louis qui n’est que silence, ou murmures ou sourire encore bien  timide. Un grand rôle, encore, pour Gaspard Ulliel tout en force intérieure, en douceur, mais plénitude aussi. Reflet masculin de la femme qui lui fait face : Marion Cotillard l’expression vraie d’une écoute et d’une amitié. Un peu de répit avant le grand départ.

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Grand prix du festival de Cannes 2016 Une pièce de théâtre à l’origine, un auteur aujourd’hui disparu .Jean-Luc Lagarce relatait une visite dans sa famille qu’il n’avait pas rencontrée depuis plusieurs années. Souffrant, il venait leur annoncer sa mort prochaine. Je n’ai pas vu cette représentation, mais la transcription qu’en fait Xavier Dolan au cinéma semble assez proche de l’écriture du romancier. Une pointe sèche, douloureuse, indicible. Pour Louis, le monde va s’arrêter, mais tout autour, il n’est que friction et fureur. Louis peine alors à trouver ses mots quand d’autres mots le jugent, le harcèlent, l’interrogent.Un frère revêche, atrabilaire,…
Le film

On ne sort pas indemne de cette confrontation familiale qui malaxe avec habileté, et sans ménagement les tourments d’une fratrie qui se retrouve exceptionnellement à l’occasion du retour de Louis, après douze années d’absence. Il est venu leur annoncer sa mort prochaine, mais le monde, trop préoccupé par ses propres angoisses, n’est pas prêt de l’entendre. Après l’absence, c’est le silence qui régit alors ce petit univers mal calfeutré dans ses souvenirs et que Xavier Dolan observe avec une maestria redoutable, s’il n’avait de temps en temps ses tics de mise en scène, cette réduction du champ de vision dans un flou que l’on imagine expressif. La pièce autobiographique de Jean-Luc Lagarce est à l’origine de ce récit sans faille d’une famille en décomposition. Mais toutes ses composantes, parfaitement posées dans l’arbre généalogique, concourent à leur manière à restituer un brin de vie à la sève mourante. C’est ce que nous révèle compulsivement le réalisateur avec une affiche elle aussi au mieux de sa composition : Nathalie Baye - Vincent Cassel - Marion Cotillard- Léa Seydoux - Gaspard Ulliel. Vraiment rien à jeter.

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6 Commentaires

  1. Obligations, conflits et emprisonnement de la famille : du Lourd !!!
    Les acteurs (sublimes) n’ont que leur visage, leurs yeux, leur bouche pour faire passer leurs émotions, les non-dits, les mal-dits.
    Dommage pour le tournage en premiers plans : trop claustrophobique! Sentiment de mal-être grandissant mais Dolan a t-il espéré ce résultat?
    Quitter sa famille jeune en catastrophe n’est que rarement pardonné : le retour n’en est que plus brutal…..pour tous.
    Sentimentaux s’abstenir.

  2. Les critiques de ce film sont très partagées et on peut le comprendre. En ce qui me concerne, j’ai vraiment beaucoup aimé (4,5 étoiles pour moi), c’est une très bonne adaptation d’un très grand auteur de théâtre.

    Effectivement, c’est du lourd sur l’absence de communication dans la famille : Louis n’arrive pas à dire (et parle d’ailleurs très peu) pourquoi il est revenu et la famille n’arrive pas à lui parler de son homosexualité ce qui donne trois scènes très fortes entre Louis et sa soeur, puis avec sa mère et surtout avec son frère dans une voiture où on aimerait ouvrir une porte pour se donner un peu d’air.

    Peut-on parler de famille quand les cinq membres sont incapables de rester plus de 3 minutes à une même table ? Et la seule capable de faire du lien est Marion Cotillard en belle-soeur bafouillante mais à l’écoute.

    Pendant tout le film, l’atmosphère quasi suffocante avec beaucoup de gros plans sur des acteurs (excellents dans des rôles très différents) où la communication passe beaucoup par des expressions de visages. On se demande très longtemps quelle est l’origine du malaise familial. La scène finale nous envoie un uppercut dont on se souviendra longtemps.

    Encore une réussite pour Dolan avec une mise en scène parfaite.

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