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« Roubaix, une lumière » de Arnaud Desplechin. Critique cinéma-dvd

Synopsis: À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

La fiche du film

Le film : "Roubaix, une lumière"
De : Arnaud Desplechin
Avec : Roschdy Zem, Léa Seydoux
Sortie le : 21/08/2019
Distribution : Le Pacte
Durée : 119 Minutes
Genre : Thriller, Drame
Type : Long-métrage
Le film
Les bonus

L’impression de remonter le temps. « 38 témoins » de Lucas Belvaux. 2012. Depuis, le polar français s’est gentiment cantonné dans le filon où Arnaud Desplechin se faufile, énergiquement, sans bruit ni tapage.

La beauté et la force d’une écriture qu’il partage avec Léa Mysius pour redonner au genre, une autre dynamique, une vision peut-être plus réelle du monde de la misère et des flics qui l’accompagnent.

On dira encore c’est le Nord, ces gens sous le seuil de pauvreté, l’abandon de ses cités … Arnaud Desplechin est né là-bas et c’est avec passion, tendresse et sincérité qu’il reprend le cours de sa vie sous les traits identiques d’un commissaire de police.

Daoud n’a jamais quitté sa ville natale, il la connait dans les moindres recoins et n’ignore rien de ses habitants. Quand ceux-ci deviennent suspects, il leur parle dignement, calmement, sûrement. Un flic peu coutumier du grand écran, mais certainement vrai. On parle des raclures, des ripoux, des salauds, jamais de ceux qui bossent correctement.

Autour de lui, le dispositif est bien huilé. Chacun connaît son rôle dans l’appréciation des faits et la conduite à tenir lors d’un interrogatoire, d’une reconstitution. Desplechin les suit de la même manière.

Il y a donc le boss, dans la vie comme au cinéma, Roschdy Zem, ( une stature désormais ) et son adjoint Antoine Reinartz qui demande encore à faire ses gammes. Mais le cinéaste est à égale distance des deux policiers, comme il ne privilégie rien du couple que forment Claude et Marie.

Léa Seydoux bouleversante en jeune mère accrochée à ses chimères, Sara Forestier tout aussi désarmante dans sa douleur, sa dérive. Arnaud Desplechin porte ses personnages à hauteur de sentiments toujours mesurés, mais suffisamment expressifs pour en révéler la profondeur. L’histoire du commissaire et de sa famille retournée au bled, de sa solitude assumée au cœur d’une ville qui grouille et qui lui appartient.

On assiste à des rencontres ordinaires et quotidiennes dans un commissariat où Desplechin filme des moments de grâce et de tensions, comme si le réel optait pour une autre vérité. Pour l’émotion à l’état pur, comme une magie de cinéma.

LES SUPPLEMENTS

  • Entretien entre Jean-Christophe Ferrari ( Transfuge ) et Arnaud Desplechin ( 57 mn ). Une très belle rencontre au cours de laquelle le réalisateur visualise bien son film, du projet aux intentions avec une réalisation , abordée ici à travers plusieurs thèmes, dont le premier fait allusion à l’enfance de ses protagonistes .

Roubaix est  bien au cœur des préoccupations, avec un casting in-situ repéré à la vidéo  pendant plusieurs semaines : « j’avais peur de faire un film que l’on voit par dizaines le soir sur les 200 TV que vous pouvez capter à travers le monde.

Alors j’ai voulu donner la parole à des gens que l’on ne voit pas à la télévision ». Il cite l’exemple du boulanger, berger autrefois au Sénégal, il s’est fait attaquer par des bandits à la machette et au fusil , « donc jouer la scène du braquage ne lui semblait pas incongrue… ».

Il y a quatre pros, tout le reste ce sont des amateurs, dont les flics qui ont été d’utiles conseillers techniques

On ne retrouve pas la dramaturgie du polar classique, lui fait remarquer le critique. « Pour moi ça n’a jamais été un polar, mais la vie des flics … ». Toute la résolution de l’intrigue est faite en un mouvement de caméra, qu’il re-décompose en une gestuelle explicite.

La musique : « je monte toutes les scènes en musique , parfois sans les dialogues et les gens parlent en muet, et on les remet et on voit si ça fonctionne, et après j’enlève la musique pour voir si la scène tient toute seule ».

« J’ai travaillé sur une base réaliste et documentaire avec un appétit que la fiction reviennent toujours par le jeu de l’acteur ».

L’émigration roubaisienne vient de deux villes algériennes dont Bou Saâda , « ils viennent tous de là, et j’ai eu la chance d’avoir cette peinture de la ville, c’était pas une allusion cette peinture, le Moyen Orient, le Maghreb, non non, c’est bien Bou Saâda ».

  • Scène coupée ( 2.16 mn ). Autour de la crèche de Noël, sans grand intérêt, effectivement .
DVD : 3 janvier 2020 . ---- 16e Prix Jacques Deray du film policier .--- Janvier 2020 : le meilleur DVD L’impression de remonter le temps. « 38 témoins » de Lucas Belvaux. 2012. Depuis, le polar français s’est gentiment cantonné dans le filon où Arnaud Desplechin se faufile, énergiquement, sans bruit ni tapage. La beauté et la force d’une écriture qu’il partage avec Léa Mysius pour redonner au genre, une autre dynamique, une vision peut-être plus réelle du monde de la misère et des flics qui l’accompagnent. On dira encore c'est le Nord, ces gens sous le seuil de pauvreté, l’abandon de ses…
Le film
Les bonus

C’est l’histoire ( vraie ) de deux jeunes femmes responsables de la mort d’une vieille dame. Mais Desplechin ne raconte pas un fait divers, il le transcende à travers l’état des lieux d’une ville où se reflètent un pays, et surtout des hommes et des femmes qu’il filme magistralement bien. Le cinéaste ne donne aucune priorité aux premiers ou aux seconds rôles, mais leur accorde la même valeur dans une narration qui sait elle aussi s’intégrer au décor. C’est un parfait ensemble où Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier s’intègrent dans un cadre, plus qu’un dispositif, une histoire plus qu’un scénario. C’est parfait, c’est humain …

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