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« Paterson » de Jim Jarmusch. Critique cinéma

Synopsis: Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allan Ginsberg, aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

La fiche du film

Le film : "Paterson"
De : Jim Jarmusch
Avec : Adam Driver, Golshifteh Farahani
Sortie le : 21/12/2016
Distribution : Le Pacte
Durée : 118 Minutes
Genre : Drame, Comédie
Type : Long-métrage
Le film

Entre deux clients le vieux barman retourne à son jeu d’échecs. On lui demande qui est son adversaire, mais Doc ne répond pas. Doc joue contre lui-même et Barry Shabaka Henley l’assume tranquillement. C’est déjà tout l’esprit du film. Dualité bancale de ces couples plus ou moins formés que Jim Jarmusch rassemble au cœur d’une petite ville où les jumeaux sont légion. Et les poètes aussi.

William Carlos Williams, Allan Ginsberg, ont inscrit leur nom au frontispice de Paterson, où Paterson, chauffeur de bus de son état écrit lui aussi des poèmes. Un grand écrivain selon sa compagne qui ne doute pas non plus de la qualité de ses pâtisseries . Elles lui apporteront un jour la fortune dit-elle, tout en cultivant un goût immodéré pour le noir et blanc.

Golshifteh Farahani,toujours aussi remarquable, en tartine ses gâteaux et repeint toute la maison de la même manière. Une lubie. Paterson sourit à ce nouveau caprice, jamais un mot plus haut que l’autre et le rituel de la promenade du soir avec le bouledogue de madame qu’il ne regarde pas plus que ça. Mais c’est le chien de sa compagne à qui il ne refuse rien. Laura est tout sourire, mignonne et compréhensive…

Un couple amoureux,sans souci, bien posé dans ses rituels

Chaque jour Paterson répète le même scénario. Le même trajet pour se rendre au travail, le même bus, un itinéraire immuable entre rites et routines, parsemé des mots que lui inspirent son existence. Adam Driver est lui aussi tout à fait convaincant.

Jim Jarmusch se plait à la suivre sur les pointillés d’une vie sans grand relief, sinon celui que dessine l’objectif d’un cinéaste toujours aussi créatif.

Un conducteur de bus peut être poète, s’étonne alors une gamine qui elle aussi écrit des poèmes. Normale, elle vit à Paterson où tout le monde semble composer avec le verbe et son complément. On parle même d’Emily Dickinson autre personnage emblématique que Jarmusch convoque dans son hommage autant amusé que respectueux de la poésie.

C’est pourquoi Laura, figurine monochrome, garde malgré tout les pieds sur terre, sacrifiant à quelques caprices tout aussi rigolos, la rigidité d’une vie sur terre. Ce n’est pas sans intérêt qu’elle couve ses attentes les plus insolites.

Que regardent-ils ? Everett  amoureux fou de la femme du bar (Chasten Harmon)…

C’est pourquoi Doc joue mat et solitaire sur un échiquier noir et blanc, où le monde se croise et puis s’en va. Jarmusch revient toujours dans ce bar où des âmes se croisent, se cherchent, s’ignorent jusqu’au drame sans conséquence. Il n’est pas le cinéaste du fait divers, mais d’une quête éternelle. Celle d’Adam et Eve, amoureux à Tanger  (« Only Lovers Left Alive » ). Et subliminale, ce faux William Blake perdu dans les fin fonds de l’Ouest Américain (« Dead man »).

Un autre poète, un homme déjà mort,  comme ce Japonais venu de très loin pour découvrir Paterson, la ville des poètes. L’aboutissement d’une vie qu’il évoque avec ce chauffeur de bus qui en retour lui raconte deux ou trois choses sur sa morne existence. Il aime beaucoup Laura. Elle aimerait avoir des enfants. Des jumeaux, précise-t-il…

Entre deux clients le vieux barman retourne à son jeu d’échecs. On lui demande qui est son adversaire, mais Doc ne répond pas. Doc joue contre lui-même et Barry Shabaka Henley l’assume tranquillement. C'est déjà tout l'esprit du film. Dualité bancale de ces couples plus ou moins formés que Jim Jarmusch rassemble au cœur d’une petite ville où les jumeaux sont légion. Et les poètes aussi. William Carlos Williams, Allan Ginsberg, ont inscrit leur nom au frontispice de Paterson, où Paterson, chauffeur de bus de son état écrit lui aussi des poèmes. Un grand écrivain selon sa compagne qui ne doute pas non…
Le film

Autour de ce titre (une ville, un patronyme, une œuvre de William Carlos William), Jim Jarmusch s’emploie à multiplier l’hommage à cette cité proche de New-York, qui compte plusieurs poètes célèbres et un poète moins connu, mais tout aussi respectable : Paterson, chauffeur de bus. Son quotidien se noie dans la répétition de journées réglées comme du papier à musique. Seule entorse à la léthargie, les mots qu’il écrit et que sa compagne encourage avec une tendresse déroutante. Des vers simples qui racontent ce qu’il voit, ce qu’il vit, un rituel tout aussi mécanique que la démarche habituelle pour se rendre au travail, ou promener le soir le bouledogue de sa compagne. Une jolie femme, assez particulière et attachante elle aussi. A l’image de cette réalisation, naturelle, simple, portée sur la beauté des personnages qui défilent avec une belle constance dans la galerie du cinéaste et du bar que tient Doc, un vieux solitaire qui joue tout aussi seul aux échecs. L’une des clés de ce film qui en propose bien d’autres, selon l’humeur et le ressenti du spectateur. Pour un film d’une beauté et d’une puissance élégiaque que Cannes n’a pas voulu reconnaître. Tant pis pour la Croisette.

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