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« L’éventail de Lady Windermere » d’Otto Preminger. Critique dvd

Réalisation : Otto Preminger

Avec : Jeanne Crain (Lady Windermere) – Madeleine Carroll (Mme Erlynne) – George Sanders (Lord Darlington) – Richard Greene (Lord Windermere) – Martita Hunt (Duchesse de Berwick)

L’histoire : La jeune Lady Windermere vit dans l’insouciance jusqu’au jour où elle apprend que son mari a remis de l’argent à Mme Erlynne, une aventurière au passé scandaleux. Pensant avoir perdu son mari, elle cède alors aux avances de Lord Darlington. Mais Mme Erlynne tente de la décourager dans une erreur qu’elle-même a déjà commise    

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« Elle semble sortie d’un livre leste français écrit pour des anglais ».

La pièce d’Oscar Wilde dont s’inspire Otto Preminger a connu dans les années du muet la très belle adaptation d’Ernst Lubitsch. L’absence de dialogues compensée par une scénographie corporelle excellente redoublant l’intérêt de l’intrigue mélodramatique imaginée par Wilde.

Celle des Windermere, un couple qui vit dans le bonheur conjugal le plus absolu jusqu’au jour où madame comprend que son mari entretient une femme que la bonne société anglaise rejette. Lady Windermere jusqu’alors irréprochable s’apprête alors à se jeter dans les bras d’un ami de la famille.

Le Lord Darlington en question (George Sanders), un vieil homme aujourd’hui, vit toujours dans son immeuble londonien qu’il partage avec de jeunes co-locataires. Nous sommes en 1949, la capitale se reconstruit et ses habitants ont du mal à joindre les deux bouts. C’est là que se présente sans prévenir une vieille dame que Darlington rejette, pour ne pas reconnaître sous ses traits défraîchis, la belle intrigante d’autrefois.

La bonne société anglaise se régale de la qualité d’un éventail

Mais Mme Erlynne (Madeleine Carroll) va vite s’imposer au regard du vieil homme qui revit en sa compagnie le drame qui emporta son bonheur, préservant celui du couple Windermere. Preminger opte ainsi pour de longs flash-back dans la relation de cette histoire qu’il inscrit dans un contexte social tendu. Il ne reste plus à ses yeux que le vernis des apparences pour cette bonne société anglaise qui caricature ses propres excès.

Le mystère qui plane sur l’identité de l’aventurière, l’attrait qu’elle suscite tout en étant tenue à l’écart, renforcent ce sentiment de fin de règne d’une caste pourtant délicieusement lovée dans son confort. Erlynne subjugue et intrigue. Elle soutire de l’argent à Windermere qui s’exécute. Parce que sa femme ( Jeanne Crain )  ne doit rien savoir, pense-t-il, et que cette dame a besoin de son aide.

La vérité est tout autre, bien sûr, mais la jeune épouse ne veut plus rien entendre que la rumeur. Les langues de vipère étant amies, et l’ami de la famille prêt à consoler la pauvre petite fille riche. Au drame, Preminger préfère le mélo. Sa mise en scène très plan-plan s’efface au profit de portraits bien cadrés, les femmes particulièrement. La direction d’acteurs est parfaite. Pas un grand Preminger, peut-être, mais un Preminger quand même.

Le mari entre son épouse et la mystérieuse Mme Erlynne ( à gauche)

LE SUPPLEMENT

  • Un Preminger méconnu, par Olivier Père. (20 mn). Le directeur du cinéma d’Arte France situe l’adaptation dans tout le contexte cinématographique de l’époque, et parle « d’une mise en abîme de la pièce, car l’histoire ici débute en 1949, la reconstruction de Londres et le retour dans le passé de ce vieux couple qui se remémore. »

Il y voit aussi « une satire de la haute société britannique, une peinture au scalpel de cette bonne société, ce qui ne concernait pas vraiment le public américain où Preminger tournait et ce qui explique qu’il y aura peu d’échos autour de ce film ».

Réalisation : Otto Preminger Avec : Jeanne Crain (Lady Windermere) - Madeleine Carroll (Mme Erlynne) - George Sanders (Lord Darlington) - Richard Greene (Lord Windermere) - Martita Hunt (Duchesse de Berwick) L'histoire : La jeune Lady Windermere vit dans l'insouciance jusqu'au jour où elle apprend que son mari a remis de l'argent à Mme Erlynne, une aventurière au passé scandaleux. Pensant avoir perdu son mari, elle cède alors aux avances de Lord Darlington. Mais Mme Erlynne tente de la décourager dans une erreur qu'elle-même a déjà commise     ______________________________________________ « Elle semble sortie d’un livre leste français écrit pour des anglais ».…
Le film
Le bonus

Ces dialogues délicieux, frappés au coin du bon sens et de la fantaisie, on les doit à la plume d’Oscar Wilde dont Preminger s’inspire pour adapter une pièce de théâtre que Lubitsch avait déjà merveilleusement illustrée à l’époque du cinéma muet. Cette fois Preminger imagine un vieil homme et une vieille femme qui se souviennent de ce qui autrefois avait failt scandale au sein d’un couple modèle. Le vieil homme est à l’origine du drame, la vieille femme aura tout fait pour le provoquer. Sur leurs souvenirs se reconstitue la bonne société britannique dont Preminger ne se prive pas de dénoncer le cynisme et l’amoralité. Il le fait très tranquillement dans sa mise en scène qu’il délaisse au profit d’une direction d’acteurs et surtout d’actrices, sans reproche.

Avis bonus Olivier Père s'exprime sur l'histoire du film

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