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« Captain Fantastic » de Matt Ross. Critique cinéma

Synopsis: Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d'extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu'il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l'obliger à questionner ses méthodes d'éducation et remettre en cause tout ce qu'il leur a appris.

La fiche du film

Le film : "Captain Fantastic"
De : Matt Ross
Avec : Viggo Mortensen, Frank Langella
Sortie le : 12/10/2016
Distribution : Mars Films
Durée : 118 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Prix de la Mise en scène– Un Certain Regard -Festival de Cannes 2016

Le père évoque Platon, on pense aussi à Rousseau, mais l’éducation prônée par Ben, dit « Captain Fantastic » relève aussi de l’utopie écolo. Appliqué au jour le jour dans une forêt isolée du monde, ce mode de vie ne repose que sur la volonté assurée d’un papa bien sympathique, usant à sa façon d’une autorité tout à fait paternelle.

Les enfants ne rechignent pas. Courir dans les sentiers abrupts, escalader des parois rocheuses éprouvantes, tuer l’animal, couteau commando à la main pour subvenir aux besoins de la petite maisonnée. Là où tout est parfaitement ordonné, répertorié. Une vie ordinaire.

La fratrie n’est pas coupée du monde qu’elle frôle, plus qu’elle ne le côtoie, pour une visite à la bibliothèque ou à la poste. Les enfants posent toutes les questions,  des plus insidieuses aux plus instructives. Des questions évidentes quand la vie leur passe devant les yeux sans qu’aucune école ne les ait accueillis. Ben comble avec bonheur cette attente intellectuelle qui les place bien au-dessus de la moyenne.

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D’où vient ce père ? On n’en sait rien. Peut-être écrivain comme on le laisse entendre bien que l’homme ne prend jamais la plume. C’est une part du mystère que le réalisateur Matt Ross argumente autour de ce confort paradisiaque et qu’il brise à peine en révélant la mort de la mère. Elle était soignée auprès de ses parents dont les relations avec le gendre ne sont pas des plus cordiales.

Les retrouvailles autour de l’enterrement s’annoncent délicates. C’est le retour à une réalité que Ben doit affronter en se confrontant lui-même au bilan d’une éducation totalement rejetée par ce que l’on appellera la civilisation. Entre la raison et le bon droit, la fable ou la légende le récit prend à cet instant un temps de réflexion qui le fait hésiter pas mal sur la conduite à tenir.

Comme si le réalisateur qui est aussi l’auteur se heurtait lui-même à ses propres dérives, n’arrivant jamais à boucler un scénario de plus en plus factice. Ben que joue très bien Viggo Mortensen (George Mackay fait un peu grand benêt) reprend alors le cours de ses théories éducatives, et patine sans véritable issue de secours. Une morale possible ?  Le triomphe des utopies ? Le retour à la raison ? Des interrogations sans réponse de la part de Matt Ross qui se heurte à l’incompréhension de son récit désormais sans fin ni fond. Le temps de la bonne humeur est passé, et la révolte tranquille des enfants, adolescence bien admise, sans effet.

Entre la tolérance laxiste du papa et le respect conformiste des grands-parents, l’histoire adopte un train de vie bien trop consensuel pour se conformer à la théorie élaborée dès les premiers ébats dans la nature. Débarrassé de ses illusions, ce monde-là a peut-être besoin d’utopies, mais aussi et avant tout de liberté. Apparences trompeuses, l’un et l’autre deviennent ici inconciliables. Alors la vie reprend son cours presque normalement. C’est déprimant.

Prix de la Mise en scène- Un Certain Regard -Festival de Cannes 2016 Le père évoque Platon, on pense aussi à Rousseau, mais l’éducation prônée par Ben, dit « Captain Fantastic » relève aussi de l’utopie écolo. Appliqué au jour le jour dans une forêt isolée du monde, ce mode de vie ne repose que sur la volonté assurée d’un papa bien sympathique, usant à sa façon d’une autorité tout à fait paternelle. Les enfants ne rechignent pas. Courir dans les sentiers abrupts, escalader des parois rocheuses éprouvantes, tuer l’animal, couteau commando à la main pour subvenir aux besoins de la petite…
Le film

Il est étonnant comme l’utopie prônée par le mode de vie de cette famille sympathique s’avère bien maladroite dans la conduite retenue à la fois par le metteur en scène et son personnage principal qu’interprète avec bonne volonté Vigo Mortensen. Celui d’un papa régnant sur une fratrie prête à assumer toutes ses normes éducatives en marge des règles de la société, dans l’attente du retour d’une maman soignée auprès de ses parents. Quand il leur faudra revenir au grand jour, à la vie normale, la confrontation de ces deux mondes n’aura que peu d’espace pour donner cours à une interprétation logique. Réalisateur et auteur, Matt Ross tergiverse  beaucoup trop pour asseoir définitivement sa théorie élaborée dans la forêt. Si une morale à une telle liberté n’est pas forcément attendue, l’issue de l’aventure apparait bien tiède, voire confortable dans un environnement qui n’a plus rien de libertaire ou d’alternatif. Les illusions sont décidément tenaces.

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