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Brian De Palma, le regard de l’Amérique

Derrière les voyeurs ou autres pervers qui peuplent les films de Brian De Palma se cache son regard sans concession sur les tares de l’Amérique.  Si des réalisateurs de sa génération comme Steven Spielberg, Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola font depuis longtemps l’unanimité, Brian De Palma continue, malgré sa filmographie consistante, à diviser les cinéphiles. Et dans la querelle qui oppose depuis maintenant quarante ans ses admirateurs et ses détracteurs, aussi sensibles à sa virtuosité technique qu’à sa peinture au vitriol de la société américaine.

Repéré par Hollywood après avoir réalisé quelques courts et moyens métrages, il peine à s’y faire un nom avant d’émerger enfin, en 1973, avec « Sœurs de sang ». Violence, terreur, voyeurisme et dédoublement : tous les ingrédients qui deviendront sa marque de fabrique sont présents dans ce film troublant et sanglant qui flirte avec les codes du cinéma d’horreur, mais en y ajoutant de la profondeur. Par exemple en imaginant un jeu télévisé voyeuriste qui prédit, avec une trentaine d’années d’avance, l’émergence de la téléréalité !

Blow OutYear: 1981Director: Brian De PalmaJohn TravoltaNancy Allen
Dans « Sœurs de sang », Brian De Palma se pose aussi ouvertement en héritier d’Alfred Hitchcock dont il emprunte non seulement la grammaire cinématographique à coup de plans-séquences, de flash-backs et d’effets de caméra délibérément poussés, mais aussi en affichant un goût prononcé pour le suspense, l’humour cynique, la manipulation, la sexualité trouble et les psychismes détraqués. Dans la foulée, « Obsession » pousse encore plus loin cette filiation spirituelle en faisant explicitement référence à « Sueurs froide »  avec un héros hanté par le souvenir d’une défunte aimée. Quant à la musique du film, elle est signée par un certain Bernard Herrmann, compositeur fétiche de Hitchcock !

Avec « Pulsions », haletant thriller érotique qui met en scène la libido frustrée d’une bourgeoise américaine délaissée par son époux, De Palma continue de creuser ce sillon, notamment avec un célèbre plan séquence dans les salles d’un musée, ainsi qu’une scène de douche qui frise délibérément le plagiat ! À l’évidence, ce qui passionne le cinéaste, c’est la part d’ombre d’une société moralement aseptisée. Un thème que l’on retrouve dans « Body Double », avec le voyeurisme compulsif d’un protagoniste qui espionne l’intimité de sa voisine. Un personnage qui fait évidemment référence au héros de « Fenêtre sur cour » ! Si le crime et le suspense sont aussi présents dans « Blow Out », c’est ouvertement au « Blow Up » de Michelangelo Antonioni que ce film rend hommage, mais avec une variante : ce n’est plus un détail sur le cliché d’un photographe qui est le point de départ d’une investigation criminelle, mais un cri enregistré par un ingénieur du son qu’incarne John Travolta.

pulsions

Là encore, c’est l’âme de l’Amérique que le cinéaste explore en filigrane dans ce thriller étouffant, avec un regard critique qu’il posera par la suite de manière plus explicite. Notamment avec des films comme « Outrages » qui pointe le machisme et le racisme de soldats impliqués dans le viol d’une indigène au Vietnam, ou avec « Le Bûcher des Vanités », d’après le roman de Tom Wolfe, qui dénonce le cynisme d’un golden boy de Wall Street. Deux charges sans concession auxquelles Brian De Palma s’est livré avec un mépris de la nuance qui est aussi sa marque de fabrique. On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que ces brûlots ont scandalisé une bonne partie de l’Amérique, de quoi alimenter encore davantage la controverse suscitée par ce cinéaste décidément peu consensuel .

Derrière les voyeurs ou autres pervers qui peuplent les films de Brian De Palma se cache son regard sans concession sur les tares de l’Amérique.  Si des réalisateurs de sa génération comme Steven Spielberg, Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola font depuis longtemps l’unanimité, Brian De Palma continue, malgré sa filmographie consistante, à diviser les cinéphiles. Et dans la querelle qui oppose depuis maintenant quarante ans ses admirateurs et ses détracteurs, aussi sensibles à sa virtuosité technique qu’à sa peinture au vitriol de la société américaine. Repéré par Hollywood après avoir réalisé quelques courts et moyens métrages, il peine à…

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