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Cesar 2018 : le contre-sens de la fête

Je ne vais pas bouder mon plaisir. La plupart des lauréats sont favorablement accueillis dans ce blog. Mais ce palmarès 2018, sans audace, très attendu ou prévisible, ne reflète pas un instant l’état du cinéma français, et ce que fut l’année écoulée.

Qu’un film aussi fort, militant et alertant que « 120 battements par minute » truste un maximum de médailles altère le niveau général de la production. Il délaisse des films comme « Patients » dont la résonance sociale me parait tout aussi importante, mais peut-être moins partagée par le collectif des votants.

Je note au passage que le film de Robin Campillo avait même été nommé dans la catégorie des meilleurs costumes ce qui relève cette fois du gag ou d’une complaisance coupable de la famille du cinéma emportée par la générosité de son élan participatif.

Celui qui établit les chapelles, installe des réseaux, et porte sur le pavois celui que la rumeur a déjà encensé. Deux exceptions notables à cet état de fait, l’attribution du meilleur documentaire « I am not your negro » sujet assez corsé et ravageur qui raconte l’autre histoire de l’Amérique noire. Des regards moins engagés, plus personnels ou artistiques s’offraient aux choix des électeurs.

Si sur le nom d’Agnès Varda ou Eric Caravaca les césaristes n’ont pas été sensibles, il en fut de même quand ils ont vu défiler tous les grands acteurs en lice pour le César du meilleur d’entre eux honorant un certain Swan Arlaud dont la notoriété n’a pas encore atteint les sommets.

Il porte avec lui la très belle victoire de « Petit Paysan » sur lequel je n’aurais pas misé un euro à la lecture du projet. Meilleur premier film et Sara Giraudeau meilleure actrice dans un second rôle, c’est la distinction de la marge dans un système pré mâché qui donne au plus grand nombre l’assurance de la réussite (des millions d’entrées au cinéma justifient-elles le succès ?) et à la reconnaissance publique, la valeur d’un trophée ! Du spectateur au box-office, on entretient la confusion …

Un système favorable à Albert Dupontel dont l’absence à cette soirée ternit un peu sa victoire éclatante, et méritée, mais tout aussi préjudiciable à l’exacte représentation du cinéma hexagonal. Où sont passés Louis Garrel, Lellouche, Laffite, Gordon et Abel qui avec « Paris pieds nus » appelait ne serait-ce qu’une citation au même titre que beaucoup d’œuvres complètement ignorées. « La Promesse de l’aube »  quatre fois nommé ne méritait pas forcément de repartir bredouille.

J’ai cru un instant que le très beau film de Mathieu Amalric allait lui aussi passer à la trappe. Une petite cantate plus loin « Barbara » réussissait à se faire entendre de la plus belle des façons. Les mots de la meilleure actrice consacrée, Jeanne Balibar, à mes yeux la récompense la plus juste dans un film qui pouvait peut-être espérer plus (scénario/réalisation …).

Mais la fête était depuis longtemps engagée dans un contre-sens défavorable aux outsiders comme Nakache et Toledano dont la très belle comédie scrute pourtant avec pertinence et drôlerie notre hexagone nombriliste. A sa façon Blanche Gardin nous le rappellera dans un sketch court et décapant, moment vibrant d’une soirée assez morne. Sans grande surprise, elle aussi…

  • LES CESAR EN

2011-2012-2013-20142015

LE PALMARES

Meilleur film : 120 battements par minute » de Robin Campillo

Meilleur réalisateur : Albert Dupontel pour Au revoir là-haut

Meilleur acteur : Swann Arlaud dans Petit Paysan

Meilleure actrice : Jeanne Balibar dans Barbara

Meilleur acteur dans un second rôle : Antoine Reinartz dans 120 battements par minute

Meilleure actrice dans un second rôle : Sara Giraudeau dans Petit Paysan

Meilleur espoir masculin : Nahuel Pérez Biscayart dans 120 battements par minute

Meilleur espoir féminin : Camélia Jordana dans Le Brio

Meilleur scénario original : Robin Campillo pour 120 battements par minute

Meilleure adaptation : Albert Dupontel et Pierre Lemaitre pour Au revoir là-haut

Meilleurs décors : Pierre Quefféléan pour Au revoir là-haut

Meilleurs costumes : Mimi Lempicka pour Au revoir là-haut

Meilleure photographie : Vincent Mathias pour Au revoir là-haut

Meilleur montage : Robin Campillo pour 120 Battements par Minute

Meilleur son : Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau et Stéphane Thiébault pour Barbara

Meilleure musique originale : Arnaud Rebotini pour 120 Battements par Minute

Meilleur premier film : « Petit Paysan » d’Hubert Charuel

Meilleur film d’animation : Le Grand Méchant Renard et autres contes… de Benjamin Renner et Patrick Imbert

Meilleur film documentaire : « I Am Not Your Negro«  de Raoul Peck

Meilleur film étranger : Faute d’Amour d’Andreï Zviaguintsev

Meilleur court métrage : Les Bigorneaux d’Alice Vial

Meilleur court métrage d’animation : Pépé le morse de Lucrèce Andreae

César d’honneur : Pénélope Cruz

César du public : Raid Dingue, de Dany Boon

Je ne vais pas bouder mon plaisir. La plupart des lauréats sont favorablement accueillis dans ce blog. Mais ce palmarès 2018, sans audace, très attendu ou prévisible, ne reflète pas un instant l’état du cinéma français, et ce que fut l’année écoulée. Qu’un film aussi fort, militant et alertant que « 120 battements par minute » truste un maximum de médailles altère le niveau général de la production. Il délaisse des films comme « Patients » dont la résonance sociale me parait tout aussi importante, mais peut-être moins partagée par le collectif des votants. Je note au passage que le film de Robin Campillo…

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3 Commentaires

  1. Soirée presque ennuyeuse pour saluer une année cinématographique pleine de bonnes surprises. Je me suis agacée de la présence envahissante des producteurs, de la longue énumération des partenaires…..transformant la cérémonie en salon du financement et de l’investissement.
    Présentation créative au début puis bien classique;
    Je me suis réjouie des paroles de Robin Campillo concernant les exclus, les migrants et ai savouré l’intelligence et l’humanité de Jeanne Balibar. Magistrale!

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