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« Le Prêteur sur gages » de Sydney Lumet. Critique Blu-ray

Synopsis: L'ancien professeur Sol Nazerman, survivant d'un camp de concentration est devenu prêteur sur gages, à East Harlem. Ayant été témoin de la mort de sa famille aux mains des nazis, il est aigri envers l'humanité et repousse toute personne autour de lui, y compris son jeune employé portoricain, Jesus.

La fiche du film

Le film : "Le Prêteur sur gages"
De : Sidney Lumet
Avec : Rod Steiger, Geraldine Fitzgerald
Sortie le : 17/12/1964
Distribution :
Durée : 116 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film
Les bonus

DVD : 07 décembre 2021 . – 

D’après le roman « The Pawnbroker » d’Edward Lewis Wallant . –

Témoin très impliqué dans la disparition de ses proches au cours de la seconde guerre mondiale, le professeur Sol Nazerman s’exile aux Etats-Unis. Il devient prêteur sur gages. Dans le ghetto newyorkais sa réputation professionnelle est grande, mais ses emprunteurs ne l’aiment pas beaucoup.

Mal aimable, Nazerman parle peu, et regarde à peine ses clients. Dans son antre cellulaire, grillagé, ils défilent en quête du si peu d’argent qu’il octroie. Nazerman en veut à la terre entière, c’est une évidence, mais sa mémoire rejetée le rappelle pourtant à des souvenirs douloureux.

Certains clients tentent de l’amadouer, histoire d’en tirer un meilleur prix

Flashs furtifs, dans le regard d’un homme aux orbites creusées, une voix, une intonation. Il est revenu d’entre les morts sans pouvoir aider ceux qu’il aurait peut-être pu sauver. Sa femme humiliée, sous ses yeux, par un officier nazi. La culpabilité à jamais marquée sur son front perlé de sueur à la moindre alerte.

Rod Steiger est extraordinaire.

Des images le taraudent quand la racaille du quartier lui refourgue des objets volés. Un mystérieux commanditaire, Rodriguez ( Brock Peters) le menace aussi pour une histoire de blanchiment d’argent. Nazerman perd la tête, Lumet la garde froide, brouillant quelque peu les pistes de ce labyrinthe cinématographique où les genres se télescopent. Avec sa part de théâtralité scénique.

Où les époques s’entrechoquent pour ramener à la surface le mal endémique de l’humanité.

C’est un film noir dans toute son acceptation, au noir et blanc confondu dans une image expressive et conceptuelle. L’homme résiste à ses fantômes de plus en plus présents, avec excès parfois. Mais la peur n’est pas si vieille autour des baraquements où les cris de ses proches résonnent maintenant dans le ghetto d’East Harlem.

La musique ad-hoc de Quincy Jones fait vibrer les murs et les artères du quartier où Nazerman peine à retrouver son échoppe. Ortiz, son apprenti portoricain, qui voulait tant apprendre de lui, l’accueille sur le seuil. Il vient de renouer avec sa bande de mauvais copains. Il va le trahir.

Pour l’un comme pour l’autre c’est la fin du rêve américain. Mais a-t-il vraiment commencé un jour s’interroge Sidney Lumet ?

Jesus Ortis avait promis à sa mère qu’il se retirait des mauvais coups pour apprendre le métier de prêteur sur gages

LES SUPPLEMENTS

  • « Hollywood Breakdown » – Le mélange comme style- Sur des images du film, Nicolas Saada évoque l’état du cinéma américain à l’époque de « The Pawnbroker » qui marqua quasiment la fin du Code Hays. En raison d’une scène que ce fameux code aurait dû interdire.

Thelma Oliver, la comédienne noire ( photo ) se dénude,rappel de ce que le prêteur sur gages a vécu dans les camps de concentration. Cette scène jugée essentielle permit de revoir entièrement le code bien dépassé.

Le film a été tourné à l’écart de l’influence des studios, car pour Lumet « faire un film, c’est un exercice artistique de la première importance. C’est pourquoi il s’entoure de grands techniciens comme Boris Kaufman à la photographie, dont la touche européenne se mêle habilement à cette production américaine ».

Dans le même esprit le monteur Ralph Rosenblum est un inconditionnel de Godard…

  • La Shoah au cinéma par Jean-Michel Frodon.- Le critique, auteur d’un livre sur le sujet, rappelle qu’au début des années soixante, l’époque du film, « peu de gens ont vu les camps de concentration au cinéma. Exceptées les informations rapportant les scènes d’horreur de l’ouverture des camps, mais il y a un rejet massif de la population. Ça va, on a vu, on passe à autre chose. (…) Surtout que l’ennemi n’était plus vraiment l’allemand, mais le rouge ».

Dans les années 30, l’Amérique est très antisémite, et trente ans plus tard les communautés juives ne demandent pas que l’on revienne sur ce passé. Ils veulent s’intégrer. « Ça se voit aussi à la tête des grands studios de cinéma, la plupart dirigés par des hommes juifs venus de l’Europe centrale. Ils ne veulent pas entendre ce qui se passe en Allemagne. (…) . Quand Charlie Chaplin veut faire -Le Dictateur- tout le monde est contre lui. Seul Roosevelt va le soutenir, alors qu’Hitler prévient que toute attaque à son encontre de la part du cinéma américain sera réprimée ».

DVD : 07 décembre 2021 . -  D’après le roman "The Pawnbroker" d'Edward Lewis Wallant . - Témoin très impliqué dans la disparition de ses proches au cours de la seconde guerre mondiale, le professeur Sol Nazerman s’exile aux Etats-Unis. Il devient prêteur sur gages. Dans le ghetto newyorkais sa réputation professionnelle est grande, mais ses emprunteurs ne l’aiment pas beaucoup. Mal aimable, Nazerman parle peu, et regarde à peine ses clients. Dans son antre cellulaire, grillagé, ils défilent en quête du si peu d’argent qu’il octroie. Nazerman en veut à la terre entière, c’est une évidence, mais sa mémoire rejetée le…
Le film
Les bonus

C’est une œuvre symbolique à plusieurs égards, ne serait-ce que par la construction hybride du récit sur l’évocation de la Shoah. Un professeur allemand d’origine juive, échappé des camps de la mort s’exile aux USA où il ouvre une boutique de prêts sur gages. Un environnement plutôt hostile, une fonction sans état d’âme, le héros en veut à la terre entière et le lui rend bien. Mais à la moindre incartade, un regard prononcé, un bruit de la rue et son passé ressurgit, traumatique et culpabilisant. Il lui faut l’affronter dans un climat peu propice, où même son apprenti Ortiz qui croyait en son enseignement, va le trahir. Pour l’un comme pour l’autre c’est la fin du rêve américain. Mais a-t-il vraiment commencé un jour s’interroge Sidney Lumet ?

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