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« Mes Provinciales » de Jean-Paul Civeyrac. Critique cinéma

Synopsis: Étienne monte à Paris pour faire des études de cinéma à l’université. Il y rencontre Mathias et Jean-Noël qui nourrissent la même passion que lui. Mais l’année qui s'écoule va bousculer leurs illusions…

La fiche du film

Le film : "Mes Provinciales"
De : Jean-Paul Civeyrac
Avec : Andranic Manet, Gonzague Van Bervesselès
Sortie le : 18/04/2018
Distribution : ARP Sélection
Durée : 137 Minutes
Genre : Drame, Comédie
Type : Long-métrage
le film

« Ma sœur est devenue réac, genre Fillon « …

C’est un film long, trop long peut-être et qui n’en finit pas. Mais la vie ne s’arrête pas comme ça nous dit le réalisateur avec ses jeunes acteurs confrontés au grand saut dans le vide. A l’heure des choix, ils s’apprêtent à les réaliser comme les films qu’ils dessinent dans leurs rêves.

Etienne, Mathias et Jean-Noël se sont rencontrés à Paris et par affinités les voici bras dessus bras dessous devisant sur l’avenir du septième art. Ils le refont comme ils façonnent le monde qui n’attend plus qu’eux. C’est du moins l’impression d’Etienne qui à Lyon a laissé sa famille et son amoureuse.

Au cœur de la capitale, en co-location, absorbé par ses envies d’images, il prend peu à peu une autre distance avec son quotidien que Mathias, la forte tête, bringuebale de manière irréductible. Tenant d’une autre école portée par Dreyer et Ford, le jeune garçon rejette le cinéma d’aujourd’hui où Fincher et Verhoeven ne seraient que des intrus.

La crédibilité de Jean-Paul Civeyrac est ainsi mise à mal sur le bien fondé de sa propre démarche. Mais très vite le cinéaste nous fait comprendre qu’il n’opte pas pour une école, une époque, un style. Il interroge simplement son propre cinéma sans forcément y répondre.

Avec le personnage de Jean-Noël le plus attachant de cette tribu nomade, qui sous la gentillesse de ses médiations n’en demeure pas moins tenant d’un septième art résolument contemporain. La suite ne lui donnera pas forcément raison mais Civeyrac s’attache beaucoup à ce garçon, dont la sexualité tranche avec le reste de la bande.

Sans nous refaire le coup d’une auberge espagnole, la coloc est un nid d’amour où Etienne le nouveau venu trouve rapidement ses marques. Ce beau et grand jeune homme, ténébreux et trapu, maladroit, maladif, ne laisse pas la gente féminine indifférente.

Andranic Manet est filmé androgyne au petit matin, dans un demi-sommeil, le visage enfoui sous sa longue chevelure de jais à peine endormi ou réveillé. Éternel mélancolique, romantique tourmenté qui s’ignore, peut-être. Qui se cherche assurément en butte à ce Mathias de plus en plus mystérieux, toxique et suffisant.

Corentin Fila, version Basquiat, a la posture mauvaise du petit mouton noir. Civeyrac le filme de manière favorable, voire positive, comme tous les pensionnaires de ce film où les femmes rayonnent pleinement : Annabelle l’humanitaire,(Sophie Verbeeck), Valentina amoureuse chronique,(Jenna Thiam),  Lucie oubliée dans l’histoire d’Etienne (Diane Rouxel). Comme toutes ses compagnes de casting, elle sortira encore plus forte de la douleur et de l’absence.

C’est un autre message que le réalisateur délivre dans un sursaut d’optimisme. Le film est en noir et blanc, deux couleurs qui s’accordent sur la tonalité ambiante. Entre l’espoir et son contraire. Un film à voir, assurément.

"Ma sœur est devenue réac, genre Fillon "... C’est un film long, trop long peut-être et qui n’en finit pas. Mais la vie ne s’arrête pas comme ça nous dit le réalisateur avec ses jeunes acteurs confrontés au grand saut dans le vide. A l’heure des choix, ils s’apprêtent à les réaliser comme les films qu'ils dessinent dans leurs rêves. Etienne, Mathias et Jean-Noël se sont rencontrés à Paris et par affinités les voici bras dessus bras dessous devisant sur l’avenir du septième art. Ils le refont comme ils façonnent le monde qui n’attend plus qu’eux. C’est du moins l’impression d’Etienne…
le film

Comme les références littéraires ne manquent pas (un peu trop d’ailleurs) on pourra toujours gloser sur un film référentiel et prétentieux. Comme le questionnement sur le cinéma est quasiment de tous les instants, on oublie un peu la bibliothèque bien fournie pour se promener avec bonheur dans le monde, sinon l’histoire du septième art. Et là le cinéphile est comblé pour un combat par étudiants interposés entre Dreyer et Verhoeven. Pourtant Civeyrac ne prend pas position pour un style ou une école, préférant donner à sa caméra le loisir d’interroger elle-même son propre cinéma. J’y ai vu un cousinage éloigné avec Truffaut et Carax pour une liberté de ton qui reconnait que le cinéma ne changera peut-être pas le monde, mais qu’il ne le détruira certainement pas. Le film est en noir et blanc, deux couleurs qui s’accordent sur la tonalité ambiante. Entre l’espoir et son contraire.

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