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« Les filles d’avril » de Michel Franco. Critique cinéma

Synopsis: Valeria est enceinte, et amoureuse. A seulement 17 ans, elle a décidé avec son petit ami de garder l'enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l'aide sa mère Avril, installée loin d'elle et de sa sœur. À son arrivée, Avril prend les choses en mains, et remplace progressivement sa fille dans son quotidien... Jusqu'à̀ franchir la limite. 

La fiche du film

Le film : "Les Filles d'Avril"
De : Michel Franco
Avec : Emma Suárez, Ana Valeria Becerril
Sortie le : 02/08/2017
Durée : 103 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Une fois n’est pas coutume, à l’issue de la projection, j’ai écouté les impressions de quelques spectateurs. Révolte, incompréhension, ou questionnements dubitatifs, l’éloge n’était pas à l’ordre du jour même si les plus modérés voyaient de quoi nourrir une réflexion sur le pourquoi et le comment de ces êtres à la conduite indéfinissable.

Résumons aussi sèchement que le réalisateur Michel Franco : la mère kidnappe son petit-fils encore dans les langes puisque dit-elle sa fille est incapable à dix-sept ans d’assumer la maternité. Elle fuit ses responsabilités, panique à la première tétée…

Ce que les faits nous confirment aussi rapidement que l’enlèvement du bébé qui sous couvert d’adoption met tout le monde au pied du berceau.

La fille ( Ana Valeria Becerril) et sa mère ( Emma Suarez) …

Avril, la grand-mère redevenue mère (Emma Suarez) est une femme maîtresse, à poigne et pire que ça, malgré le désarroi puis la déprime de la véritable maman, sa propre fille qu’elle abandonne autant qu’elle brise son foyer. Affichant une même distance à l’égard de son aînée, névrosée par ses rondeurs alimentaires.

Il ne faut pas plus en dire autour de cette attitude qui dépasse l’entendement, et les bornes d’une bienséance que le cinéaste brise avec un naturel fascinant. Tout en nous promettant pour la suite bien des avanies.

Avril est manipulatrice, et son petit monde plie devant ses injonctions contre-nature, son attitude indécente. Peut-être aussi parce que la belle-famille a depuis longtemps abandonné la partie, niant d’emblée la paternité de leur fiston. Le grand-père, l’ex d’Avril, a refait sa vie avec une jeunesse.

La voie est donc libre pour la femme dont les agissements terribles ravagent aussi les cœurs sans épargner le tout jeune papa qui ploie docilement sous les coups d’une belle-mère de plus en plus surprenante. Elle accapare plus qu’une intimité.

Révéler les attentes de cette mante religieuse serait dévoyer un récit et une mise en scène qui recèlent encore bien des attributs propres aux ressorts d’un film… policier.

L’évidence du dénouement, la logique des situations se heurtent au venin de cette femme qu’Emma Suárez livre avec une indécence magistrale (où est passée la maman de Julieta ?) devant des comédiens et comédiennes tout aussi porteurs des tourments de l’âme humaine. A ce petit jeu, Michel Franco est redoutable.

  • Sur un mode beaucoup plus léger et je crois plus optimiste, le film de Guillaume Senez « Keeper » avec Kacey Mottet Klein, traite quasiment du même sujet. Je me souviens en être ressorti un peu moins secoué.
Une fois n’est pas coutume, à l’issue de la projection, j’ai écouté les impressions de quelques spectateurs. Révolte, incompréhension, ou questionnements dubitatifs, l’éloge n’était pas à l’ordre du jour même si les plus modérés voyaient de quoi nourrir une réflexion sur le pourquoi et le comment de ces êtres à la conduite indéfinissable. Résumons aussi sèchement que le réalisateur Michel Franco : la mère kidnappe son petit-fils encore dans les langes puisque dit-elle sa fille est incapable à dix-sept ans d’assumer la maternité. Elle fuit ses responsabilités, panique à la première tétée… Ce que les faits nous confirment aussi rapidement que l’enlèvement…
Le film

L’histoire est dérangeante, presque irréelle et pourtant ce genre de situations plus ou moins graduées ne doit pas manquer de peupler des foyers quand la zizanie s’installe autour d’une névrose que d’autres symptômes psychologiques alimentent presque inconsciemment. L’histoire de cette femme qui devant l’incapacité de sa cadette à élever l’enfant qu’elle vient d’avoir avec un compagnon tout aussi jeune (17 ans) prend en charge l’avenir du nourrisson. De manière brutale et inconsidérée, malgré les apparences favorables à cette démarche de prévention. Plutôt que d’en révéler le pourquoi et le comment, il faut laisser le spectateur suivre si possible le réalisateur qui également scénariste double la mise dans l’inconvenance et la cruauté des sentiments ravalés à la folie d’une grand-mère . Redevenue mère , elle efface tout autour d’elle toute possibilité de révolte. Emma Suarez, plus agréable quand elle est la maman de « Julieta » est matrone, mante religieuse insupportable, mais si vraie dans sa recherche d’amour et de certitude.

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Un commentaire

  1. Certes il y a de la névrose pour toutes dans ce gynecée et des transgressions qui nous questionnent.
    L’abandon est inscrit depuis longtemps dans la culture affective de tous les protagonistes et ne fait que se poursuivre. Si la mère s’approprie des droits immoraux, où sont les pères?
    Le rapport des femmes à la maternité est souvent singulier, l’instinct maternel envahissant ou si éloigné…..Accepter l’illusion d’une maternité, d’un amour quand chacun vous cantonne dans votre position de « grand-mère » est une folie peut être compréhensible mais votre réaction démontre la violence ressentie face à ce comportement , s’accaparer ainsi cette petite fille est inacceptable, laisser la jeune mère à son désarroi est insoutenable.
    Celle-ci obstinée ne lâchera pas. Quel sera leur avenir? Où seront les hommes? Où seront les pères?

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