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« Le ciel attendra » de Marie-Castille Mention-Schaar. Critique cinéma

Synopsis: Sonia, 17 ans, a failli commettre l'irréparable pour "garantir" à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l'école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d'un "prince" sur internet. Elles pourraient s'appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles, croiser un jour la route de l'embrigadement... Pourraient-elles en revenir ?

La fiche du film

Le film : "Le Ciel Attendra"
De : Marie-Castille Mention-Schaar
Avec : Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant
Sortie le : 05/10/2016
Distribution : UGC Distribution
Durée : 104 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Au cœur de l’actualité, le problème de l’embrigadement lié à la radicalisation qui peut suivre.

Après  « Les Cowboys » de Thomas Bidegain  (un père part sur les pas de sa fille en Syrie), Marie-Castille Mention-Schaar opte pour une voie médiane, tout aussi radicale et profonde. Elle s’immisce à l’intérieur de deux foyers français confrontés à l’engrenage d’un endoctrinement aussi sournois qu’imprévisible. Les parents tiennent quasiment le même discours sur la brutalité de l’événement, le départ qu’ils n’avaient pas vu venir.

L’anthropologue Dounia Bouzar, dans son propre rôle (*) tente de leur apporter des réponses sur les tenants et les aboutissants d’une situation qui les déstabilise totalement. Quand elle ne les détruit pas, à l’image de Sylvie qui depuis quelques mois n’a plus de nouvelles de sa fille. Mélanie a 16 ans et vit quelque part au Moyen Orient.

La force d’interprétation de Clotilde Courau est à elle seule un témoignage émouvant, proche du documentaire et de l’engagement que suscite un tel cataclysme dans la vie d’une mère. La comédienne l’incarne dans un jeu intérieur, très intime, et pourtant éclatant à la face du monde. Mais le dilemme n’est-il pas du même ordre pour Sonia qui du haut de ses 17 ans (Noémie Merlant) se retrouve doublement enfermée. Chez elle et sa foi naissante en une religion, à ses yeux,  pure et vraie ?

Des prises de paroles, des échanges, pour tenter de comprendre " ce que l'on n'a pas vu venir".
Des prises de paroles, des échanges, pour tenter de comprendre  » ce que l’on n’a pas vu venir ».

Les époux Bouzaria (Sandrine Bonnaire et Zinedine Soualem, parfaits dans leurs dérives et leur incompréhension) ont la chance de l’avoir encore près d’eux. Mais le combat est tout aussi pénible. De l’angoisse parentale à la révolte adolescente, l’incompréhension est permanente, l’affrontement quotidien. Marie-Castille Mention-Schaar filme ce chaos avec une intelligence dans le regard et le montage qui nous évite les poncifs dramatiques, pour ne laisser transparaître que ce qui demeure tangible et conforme.

C’est parfois naïf, écueil naturel dans le jeu de Noémie Merlant et Naomi Amarger, jeunes et jolies, prêtes à croquer la vie, malgré des rôles antinomiques. «  J’aime plus la mort que vous n’aimez la vie » dit Sonia à son papa devenu geôlier. Des parents retiennent aussi leurs enfants héroïnomanes. Dounia Bouzar parle bien ici d’addiction.

Liberté de conscience ou conscience capturée ? interroge alors ce film qui pour éviter le prêchi-prêcha n’en risque pas moins de contrarier sa finalité. Trop d’insistance, de discours et d’images phagocytent une entreprise vitale pour la compréhension d’un mouvement de radicalisation qui ne cesse de s’amplifier.

« Le ciel attendra » ne l’arrêtera pas, mais, indispensable et fort, il est  dans son processus une pièce maîtresse, quasi pédagogique, pour comprendre l’itinéraire de l’embrigadement. Et poser si possible les balises pour en dévier le chemin…

(*) Directrice générale du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, association dont elle est la créatrice.

Au cœur de l'actualité, le problème de l’embrigadement lié à la radicalisation qui peut suivre. Après  "Les Cowboys" de Thomas Bidegain  (un père part sur les pas de sa fille en Syrie), Marie-Castille Mention-Schaar opte pour une voie médiane, tout aussi radicale et profonde. Elle s’immisce à l’intérieur de deux foyers français confrontés à l’engrenage d’un endoctrinement aussi sournois qu’imprévisible. Les parents tiennent quasiment le même discours sur la brutalité de l’événement, le départ qu’ils n’avaient pas vu venir. L’anthropologue Dounia Bouzar, dans son propre rôle (*) tente de leur apporter des réponses sur les tenants et les aboutissants d’une situation…
Le film

C’est un film important et nécessaire, parfaitement mis en scène et interprété avec une conviction de part et d’autre qui redouble son intérêt pour la compréhension d’un mouvement de radicalisation qui ne cesse de s’amplifier. Entre «  Bowling » et «  Les héritiers » Marie-Castille Mention-Schaar ne lâche jamais son âme de militante, sans juger, ni condamner. C’est presque à la façon d’un documentaire qu’elle explore toutes les pistes de l’endoctrinement qu’il faut pouvoir ensuite baliser pour tenter une  déradicalisation, qui s’avère cette fois plus délicate. Et c’est le seul bémol que j’apporterais à la puissance de ce film. Sur la longueur il m’apparait insistant. Trop de discours et d’images ne peuvent-ils pas dévier une entreprise convaincue du bien-fondé de sa démarche ?

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