- 2 heures et 11 minutes

- Dvd 3 mars 2026
- Acteurs : August Diehl, Burghart Klaußner, Dana Herfurth, Friederike Becht, Sven Schelker
- Sous-titres : Français
- Langue : Allemand, Espagnol, Hongrois Portugais
- Studio : Blaq Out
L’histoire : Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Josef Mengele, le médecin du camp d’Auschwitz, parvient à̀ s’enfuir en Amérique du Sud pour refaire sa vie dans la clandestinité́. De Buenos Aires au Paraguay, en passant par le Brésil, celui qu’on a baptisé́ « L’Ange de la Mort » va organiser sa méthodique disparition pour échapper à toute forme de procès.
Si les étoiles n’apparaissent pas, reportez vous à la fin de l’article
D’après le roman éponyme d’Olivier Guez
Dans sa filmographie, Kirill Serebrennikov gradue une trilogie des « salopards » (et même plus) , de manière contextuelle .Pour terminer sur le cas le plus monstrueux : Josef Mengele, « l’ange de la mort » à Auschwitz.
La guerre est terminée, les vaincus doivent répondre de leurs actes. Beaucoup d’entre eux vont tenter d’échapper à la traque des chasseurs de nazis. Quelques-uns, soutenus par des réseaux , et leur famille, réussiront à mourir , plus ou moins tranquillement, dans leur lit.


C’est le cas de Mengele ( August Diehl), un criminel notoire qui trouve refuge en Amérique du Sud, au Brésil, en Argentine. Ce périple Olivier Guez le recense dans son roman , adapté tout aussi méthodiquement par Serebrennikov.
Dans sa fuite le bourreau d’Auschwitz se croit perpétuellement traqué. Il l’est souvent, et à force de discrétion, de peur et de renoncement, la paranoïa l’emporte.
Tout en conservant de son passé ( « qui n’existe plus », précise-t-il ) une foi intacte dans les vertus du nationale socialisme . Il vitupère contre Adenauer. « L’esprit allemand renaîtra ! » . Une posture encouragée par ses proches et un patriarche (Burghart Klaußner) , riche industrielle, imbu de son autorité .
Ce père lui fera épouser Martha ( Friederike Becht), la veuve de l’un de ses frères . La mésalliance accentue la tourmente qui l’enferme, sur des images horribles. Il les refoule avant d’en admettre le bienfondé . Sa détestation des juifs et des communistes , des toxicos, « des mal blanchis » ne faiblit pas …
Ce que comprend son fils Rolf qui le rejoint dans sa cachette brésilienne . Ils se connaissent à peine.
II est vieux et râle après la dégénérescence culturelle du monde, les hippies, l’Amérique avilie … Rolf encaisse. Il fait le lien avec cette histoire, son père, d’hier et d’aujourd’hui, à sa vieillesse transmuée dans les horreurs de la guerre.


Il s’incruste dans la vie familiale , critique l’éducation des enfants
Il cherche à comprendre le fondement de ses activités criminelles. Son questionnement incessant (« Papa qu’as-tu fait à Auschwitz ? » ) débouche peu à peu sur des aveux, des confessions, mais jamais de remords.
Le réalisateur formalise cette posture en imaginant des séquences 16 mm filmées dans les camps. Certaines images apparaissent à mon avis comme les plus insupportables réalisées sur la Shoa, les camps de concentration, les exterminations. On pourra toujours en discuter la pertinence. Mais ainsi Serebrennikov condamne à tout jamais Josef Mengele, boucher et dépeceur de l’humanité.
Rolf aura enfin sa réponse.
- Josef Mengele au cinéma « Le labyrinthe du silence » de Giulio Ricciarelli . ( La traque de Mengele et le procès d’Auschwitz ) – « Le médecin de famille » de Lucia Puenzo ( Un médecin allemand rencontre une famille argentine et ses trois enfants. L’obsession de la pureté, toujours ) – « Ces garçons qui venaient du Brésil » de Franklin J.Schaffner –« Amen » de Costa Gavras

LE SUPPLEMENT
- Emmanuel Raspiengas , critique ( 31 mn ) – Il nous présente Kirill Serebrennikov, qui travaille aussi beaucoup pour le théâtre et qui aujourd’hui vit à Berlin, en exil, pour asseoir pleinement sa liberté créatrice . Ses ennuis judiciaires en Russie l’on contraint à prendre une telle décision.

« Quel légitimité pour faire un tel film ? » se demande-t-il . Il tourne autour du sujet que lui propose son producteur . L’attaque de la Russie contre l’Ukraine et la perspective des criminels de guerre qui vont s’en sortir constitue le déclic
Emmanuel Raspiegas analyse les portées de l’adaption, et ses différences avec le livre notamment divisé en deux parties « Le Pacha » et « Le Rat » ….
La partie « horrifique » de certaines séquences lui permet d’évoquer comment la Shoa a été traitée au cinéma . De « La liste de Schindler » de Spielberg à « La zone d’intérêt » de Jonathan Glazer.
Le Film
Le bonus
1943, l’arrivée des trains à Auschwitz. Accueil par un orchestre de nains dans une incrustation vidéo en couleur, figurant des archives d’époque . Le film est en noir et blanc , mais elles sont bien tournées dans l’esprit de la fiction, pour dire au monde ce que son auteur, « l’ange de la mort » d’Auschwitz n’a jamais voulu admettre.
Ses crimes, ses tortures, ses expériences médicales sur des cadavres, ou des vivants. A la fin de la guerre le docteur Mengele réussit à se fondre dans le paysage , et entame un périple (Amérique du Sud, Brésil, Argentine) au cours duquel sa paranoïa galopante révèle une personnalité psychopathique de plus en plus affirmée .
Ce que constate son fils qui le rejoint dans sa cachette brésilienne, à la fin de sa vie .
Ils se connaissent très peu et leurs échanges sont terribles. « Papa qu’as-tu fait à Auschwitz ? » . Quand il y répondra enfin, ce sera pour se dédouaner, nier, et espérer le renouveau de l’Allemagne nazie.
Il le fait sous différentes formes qui deviennent assez répétitif vis-à-vis de sa détestation des juifs et des communistes , des toxicos, « des mal blanchis » …
Ce qui aux yeux de Serebrennikov , réalisateur ordonné dans la relation historique ,le condamne à tout jamais : Mengele, boucher et dépeceur de l’humanité.
AVIS BONUS
Le point de vue de Emmanuel Raspiengas , critique, très instructif