Quelqu’un frappe à votre porte « coucou, je suis votre cancer ». Comme il faut bien vivre avec, Charles, écrivain à la dérive tente de retarder l’échéance. Blier traite par l’absurde et la vérité, un sujet épineux. Dupontel et Dujardin s’y piquent à ravir.
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Un sujet sur le cancer ! Tout dépend du point de vue. Celui qui le donne et celui qui reçoit. Soit Bertrand Blier, coutumier des vérités premières, des mises à nu,des corps à corps sans protection. Et Blier ici ne faiblit pas. Son cancer est frontal, physique et sans répit, sous les traits d’un homme cynique et jouissif : Albert Dupontel. Il fallait le faire, l’imaginer ainsi, nouveau «Bernie» devenu rongeur d’un cerveau déjà bien atteint par l’alcool et le désespoir. Celui de Charles Faulque, un écrivain, alcoolique qui depuis le départ de sa femme, cueille la jeunesse sans trop l’effeuiller. Et pour ce rôle hors d’atteinte, cette posture suicidaire Blier désigne une autre pointure de la rigolade Jean Dujardin , le comédien de la dérision et du paraître.
Dans de telles circonstances, avec un tel sujet, le duo est improbable, irréel. Mais le réalisateur qui connaît « Les Acteurs» sait de quel bois l’un et l’autre se consument quand la comédie a le sens du tragique. On rit et l’on sourit au regard démoniaque qu’il porte sur son tandem ; on s’étonne, on s’inquiète, quand tombe le mal et le masque qui va avec. Le phrasé totalement écrit semble sortir de la bouche des comédiens, comme une nouvelle respiration, un souffle d’air indispensable.
Blier appuie là où ça fait mal, comme toujours, mais avec une humanité inhabituelle, une compassion inattendue, surtout pour ces femmes une fois encore bringuebalées, et abandonnées au sort des hommes, mais toujours magnifiques et dignes.
Anne Alvaro , qui joue la boniche de service, elle aussi attaquée par un autre cancer (Myriam Boyer), ou dans des rôles plus secondaires Audrey Dana , et Christa Théret , toutes et tous prennent la juste mesure du cadre que le cinéaste s’approprie de façon très théâtrale, c’est son péché mignon, mais de si belle manière, avec une telle élégance que c’est un plaisir de mise en scène assez rare aujourd’hui dans le cinéma français . Ca coule de source.
Blier est un jouissif, qui sans esbroufe, ni brusquerie, tripote sa caméra, pour quêter l’énigme d’un rictus, avant d’ouvrir grand le champ d’un paysage paradisiaque où les hommes se confondent avec leur passé. Et se perdent sur une partition aux multiples anicroches : j’aime beaucoup ce réalisateur et je pense avoir vu pas mal de ces films. Mais je n’ai pas le souvenir d’une telle appétence autour de la musique, d’une telle bande originale qui frise l’anachronisme et le fourre-tout, qui de Jacques Brel à Leonard Cohen, en passant par Eddy Louiss et Ravel concocte un maelstrom enchanté.
Ce film noir, où la mort rode à chaque plan, est un hymne à la vie. Un gamin lui montre le chemin. Blier le suit les yeux fermés. Nous aussi.














26 août 2010 à 17 h 06 min
C’est un film émouvant, grave,surprenant; dialogues et mise en scène remarquables imposent comme souvent chez Blier, de revoir ce film…Peut etre comprendrais je alors mieux la fin?