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« A Brighter summer day » de Edward Yang. Critique cinéma

Synopsis: Taïwan, années 1960. Le jeune Xiao Si’r entre au lycée et fait les quatre cents coups avec ses amis. Autour d’eux s’affrontent deux bandes rivales, mais Xiao Si’r se tient éloigné de leurs agissements, jusqu’au jour où il fait la connaissance de Ming, dont il tombe amoureux. Mais elle est la petite amie de Honey, leader d’un des deux gangs…

La fiche du film

Le film : "A Brighter Summer Day"
De : Edward Yang
Avec : Chang Chen, Lisa Yang
Sortie le : 08/08/2018
Distribution : Carlotta Films
Durée : 236 Minutes
Genre : Drame, Romance
Type : Long-métrage
le film

Ou la façon d’interpréter l’histoire à travers des prismes idéologiques, politiques et culturels bien différents. D’un continent à l’autre, le film d’Edward Yang apparaît comme une initiation adolescente aux émois de l’amour ou un réquisitoire sur l’identité taïwanaise, écartelée  entre les puissances chinoises et japonaises.

A la vue de la jaquette américaine, «  A Brighter Summer Day »  n’est rien d’autre qu’un thriller sanglant, voire terrifiant.

Le DVD yankee exagère un brin, mais  le crime est bien l’un des éléments constitutifs de l’œuvre de Yang qui transfigure l’Histoire à travers une fresque familiale édifiante et banale . La vie d’un réfugié politique qui 12 ans après avoir quitté Shangaï pour Taïwan n’a pas atteint ses objectifs.

Désabusé devant l’évolution politique de la petite île, l’homme affronte des difficultés personnelles, alors que sa petite famille a pris ses marques au cœur d’une communauté particulièrement agitée.

Des bandes de jeunes, à la limite des gangs,  se donnent rendez-vous la nuit, pour la baston et le contrôle des territoires. Plus proche de « West Side Story » que des «  Quatre cents coups » de Truffaut, le film de Yang pose avant tout les bases d’une éducation stricte et patriarcale.

Bien malmenée par le sentiment d’évasion ( plus que de liberté ) auquel aspirent ces garçons et ces filles qui entre Pékin et Tokyo ont choisi le rêve américain. A l’occasion des concerts, les bandes font la paix, le temps d’un slow à la Presley.

Le meilleur ami de Si’r, un gringalet à la voix de fausset s’y croit déjà

Quatre heures ! La version intégrale ressort aujourd’hui au cinéma. Qu’on ait pu la réduire peut se comprendre, mais l’œuvre ainsi restituée figure véritablement l’enjeu historique et cinématographique de son concepteur.

Une séquence l’illustre parfaitement à mes yeux.

Ming, la copine de Honey, chef de la bande « 217 » flirte avec Si’r (Chang Chen) du gang opposé. Quand elle lui demande d’expliquer son refus des armes, le jeune garçon  tombe à terre et fait le mort dans un éclat de rire extraordinaire. Dans l’esprit et la formulation, Yang résume ainsi le fond de sa pensée qu’il étale alors sans complaisance, mais avec insistance dans un film aux multiples facettes.

Familiale et amoureuse, cela va de soi, mais aussi musicale et militante dans cette perspective de repousser en rêve comme en vrai le voisin communiste chinois…

Le cinéaste taïwanais entretient ainsi joliment l’illusion et le mensonge. Dans des amours de passage, des projets avortés, des amitiés factices. Le père de Si’r, fonctionnaire de seconde zone se voit ainsi relégué plus bas que terre par ceux qui furent sinon ses amis, du moins ses compagnons de route, faux frères désormais d’un combat perdu d’avance .

Il est aussi celui des bandes rivales, amadouées par le temps et les drames qui les opposent. Un parallèle toujours entretenu avec le monde des adultes où le vrai et le faux se confondent comme le fait remarquer Si’r à un réalisateur qui ne fait pas la distinction . « Et vous voulez faire un film ? » lui lance-t-il narquois avant de retrouver Ming et son destin. Et cette fois ce n’est plus du cinéma.

Mais celui de Yang demeure grand, très très grand .

Ou la façon d’interpréter l’histoire à travers des prismes idéologiques, politiques et culturels bien différents. D’un continent à l’autre, le film d’Edward Yang apparaît comme une initiation adolescente aux émois de l’amour ou un réquisitoire sur l’identité taïwanaise, écartelée  entre les puissances chinoises et japonaises. A la vue de la jaquette américaine, «  A Brighter Summer Day »  n’est rien d’autre qu’un thriller sanglant, voire terrifiant. Le DVD yankee exagère un brin, mais  le crime est bien l’un des éléments constitutifs de l’œuvre de Yang qui transfigure l’Histoire à travers une fresque familiale édifiante et banale . La vie d’un réfugié politique…
le film

12 ans que la famille de Si’r a quitté Shangaï pour Taïwan, mais  le cordon  n’est toujours pas coupé . D’ailleurs, ils ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière, il faut quémander, supplier pour une bonne école et la titularisation d’un poste. Ce que s’épuise à faire le père dont la rectitude et la morale n’arrivent plus à combler les vides d’une éducation qui lui échappe. Bien qu’en dehors des bandes qui s’affrontent dans la rue, son fils Si’r est la source de beaucoup d’ennuis. Une situation familiale que le réalisateur étale sans complaisance, mais avec insistance dans un film aux multiples facettes. Familiale et amoureuse,  mais aussi musicale et militante dans cette perspective de repousser en rêve comme en image le voisin communiste chinois… L’arrière décor d’une histoire qui n’en finit pas de s’écrire entre Pékin et Tokyo quand la jeunesse rêve d’Elvis Presley. C’est magnifiquement écrit par un cinéaste totalement investi .

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