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« Muriel ou le temps du retour » d’Alain Resnais. Critique Blu-ray

Jean-Pierre Kérien, Delphine Seyrig
  • Dvd : 3 novembre 2020
  • RéalisateurAlain Resnais
  • ActeursDelphine Seyrig, Jean-Pierre Kérien, Nita Klein, Jean-Baptiste Thiérrée, Claude Sain
  • Studio  : Potemkine Films
  • Durée116 minutes

L’histoire : Septembre 1962. Hélène Aughain antiquaire, vit à Boulogne-sur-Mer avec son beau-fils Bernard, rentré d’Algérie. Alphonse, l’amour de sa jeunesse lui rend visite. Il est accompagné de Françoise, une jeune actrice débutante, qu’il dit être sa nièce. La cohabitation de l’ancien couple et des jeunes gens s’avère source de nombreuses tensions.

  • Film :
  • Bonus :

Un vieux couple, Hélène et Alphonse, se reforme quelques jours à Boulogne-sur-Mer, où Bernard, le beau-fils de la dame, fréquente discrètement celle qu’il appelle Muriel. Hélène ne la connait pas. Etrange indifférence dans ce monde qui chuchote ses secrets.

 Alphonse a longtemps vécu en Algérie. Bernard en revient démobilisé, après des mois de guerre dont il ne veut pas parler.

Les deux hommes s’affrontent du regard, de leurs silences entendus. L’interdit est tacite, le sujet tabou.

Entre l’Histoire et ce passé si présent, Hélène se souvient comment elle a aimé Alphonse (Jean-Pierre Kerien ci-dessus) .

Cet homme qui lui revient au premier appel, accompagné d’une jeune femme qu’il présente comme sa nièce. Françoise (Nita Klein ) débute dans le métier d’actrice, son talent est patent. Elle ment parfaitement . Elle n’est donc pas la seule !

Elle cornaque le beau-fils dans une ville qui lui parait si familière. Boulogne aussi traumatisée que ses habitants en quête de leur propre histoire. Alain Resnais fond l’un dans l’autre, pour un décor unique, un seul personnage.

Françoise fait du gringue à Bernard terré dans ses souvenirs et l’amour qu’il porte à celle qu’il appelle Muriel ( Martine Vatel)

Subjuguant, déroutant. La forme, novatrice à l’époque, je suppose, joue sur une scénographie stylisée et un mode théâtral affirmé. Delphine Seyrig s’y complait plus qu’elle n’affirme son personnage. Jean-Baptiste Thierree, en prend toute la mesure et révèle en Bernard ce que Resnais raconte réellement.

Il le fait lors d’une séquence mémorable au cours de laquelle le jeune homme projette à son vieil ami, palefrenier, (Julien Verdier ) un petit film en super 8 . Souvenirs d’Algérie, où ses copains vont et viennent sur des images indistinctes parfois, mais riantes et sans conséquence.

Bernard les commente en racontant une autre histoire, complice malgré lui des agissements de son ami Robert (Philippe Laudenbach). Il révèle le supplice, la torture, cette guerre qui le taraude et qu’il censure dans ses souvenirs que le pouvoir gaulliste refuse d’évoquer également.

Quand Resnais aborde le sujet, la guerre est finie mais l’Histoire demeure, mutique. Il faut contourner l’interdit et prendre la mémoire à témoin.

Recherche cinématographique, introspection psychologique ,le film s’écarte encore aujourd’hui de son apparente dramaturgie sentimentale pour cette réflexion temporelle sur le monde que nous contemplons en marche arrière.

 

LES SUPPLEMENTS

  •  Delphine Seyrig et Muriel par Alexandre Moussa (28’) . Il éloigne le profil de la comédienne de la Nouvelle Vague car «  on sent son jeu, sa théâtralité , elle crée une distanciation (…) alors que les comédiens de la Nouvelle Vague savent qu’ils sont dans un film… ».

Alain Resnais a construit le personnage sans elle , mais les repérages se sont faits avec Delphine Seyrig «  et là les attentions ont pu être calées ». Le réalisateur ne laisse rien au hasard, anticipe les problèmes «  ce qui laisse de l’espace sur le tournage. Il respecte beaucoup les acteurs et si besoin les laisse improviser ».

 

  •  « Boulogne ou le temps d’un retour » par François Thomas, de la revue Positif (25’) . Le critique explique les raisons du choix de la ville, préférée à Brest qui surtout n’avait pas de Casino. «  Et Jean Cayrol, le scénariste, connaissait très bien cette ville traumatisée après la seconde guerre mondiale. Elle a été à moitié reconstruite et conserve malgré tout une partie de l’ancienne ville, ce que montre très bien le film. C’est un personnage à part entière ».

 

  •  « La guerre d’Algérie au cinéma » par Mouloud Mimoun, journaliste (28’) . Un chapitre très intéressant qui rappelle les premiers films sur le sujet traité de façon indirecte, en raison de la censure politique et économique. «  Les producteurs n’allaient pas s’engager sur un thème qu’il était interdit par ailleurs de montrer au cinéma ».

Avec Jean-Luc Godard («  Le Petit Soldat » ) Alain Resnais transgresse à sa façon l’interdit avec «  Muriel ». Dans la foulée et plus directement cette fois on aura droit à «  L’insoumis » d’Alan Cavalier, avec Alain Delon et «  Adieu Philippine » de Jacques Rozier.

Le cinéma algérien s’engage à son tour sur cette voix «  mais de façon très militante » remarque Mouloud Mimoun « des films héroïques, avec de la gloriole  et des confrontations tout aussi importantes. L’aspect analytique viendra un peu plus tard ».

Bien évidemment René Vautier fait l’objet d’un traitement particulier «  cinéaste militant, anti-colonialiste (…) un réalisateur dans le maquis » à qui l’on doit notamment «  Avoir vingt ans dans les Aurès ».

Plus proche de nous,  le journaliste relève «  Ce que le jour doit à la nuit » de Alexandre Arcady et l’excellent ( NDLR ) «  Loin des hommes » de David Oelhoffen avec Viggo Mortensen, Reda Kateb

 

  • Entretien avec Philippe Faucon, cinéaste (25’)

La transition avec le chapitre précédent est évident, Faucon est l’auteur de «  La trahison » ( 2006 ), un film qui démontre les contradictions et l’absurdité de cette guerre dite sans nom. «  J’ai rencontré des gens qui pendant 40 ans se sont tus sur ce qu’ils avaient vécu. Il n’y avait alors plus de censure d’état, mais une autre censure qui consistait à dire que ce sujet n’intéressait plus personne ».

Il fait le parallèle avec la manière dont les américains ont pu traiter de leur guerre, alors qu’elles étaient encore en cours. «  Ce ne sont pas les studios qui incitaient à les faire, mais des réalisateurs assez puissants pour les imposer ».

Dvd : 3 novembre 2020 Réalisateur : Alain Resnais Acteurs : Delphine Seyrig, Jean-Pierre Kérien, Nita Klein, Jean-Baptiste Thiérrée, Claude Sain Studio  : Potemkine Films Durée : 116 minutes L'histoire : Septembre 1962. Hélène Aughain antiquaire, vit à Boulogne-sur-Mer avec son beau-fils Bernard, rentré d'Algérie. Alphonse, l'amour de sa jeunesse lui rend visite. Il est accompagné de Françoise, une jeune actrice débutante, qu'il dit être sa nièce. La cohabitation de l'ancien couple et des jeunes gens s'avère source de nombreuses tensions. Film : Bonus : Un vieux couple, Hélène et Alphonse, se reforme quelques jours à Boulogne-sur-Mer, où Bernard, le beau-fils de la dame,…
Le film
Les bonus

Décor principal, Boulogne-sur-Mer, une ville aussi traumatisée que ses habitants en quête de leur propre histoire. Alain Resnais fond l’un dans l’autre pour mettre en exergue une réflexion sur notre passé à travers un vieux couple qui se retrouve quelques jours et un autre qui tente d’exister. Plein de liens invisibles entre les deux, dont celui des hommes qui d’une manière bien différente ont connu la guerre d’Algérie. C’est le véritable sujet de ce film , censuré à l’époque, et que Alain Resnais contourne en poursuivant sa propre analyse sur le cinéma et donc sur le monde que nous laissons derrière nous. La forme, novatrice à l’époque, je suppose, joue sur une scénographie stylisée et un mode théâtral affirmé. Le fond, en apparence, est plus conventionnel. Il parle d’amours passées quand un autre tente d’exister. Recherche cinématographique, introspection psychologique ,le film s’écarte encore aujourd’hui de son apparente dramaturgie sentimentale pour cette réflexion temporelle…
AVIS BONUS Plusieurs chapitres très intéressants, mais en particulier je vous conseille celui consacré à la guerre d'Algérie au cinéma est particulièrement passionnant.

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