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« Youth » de Paolo Sorrentino. Critique cinéma

Synopsis: Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble.

La fiche du film

Le film : "Youth"
De : Paolo Sorrentino
Avec : Michael Caine, Harvey Keitel
Sortie le : 09/09/2015
Distribution : Pathé Distribution
Durée : 118 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Sur le nombrilisme hollywoodien, et plus généralement les avatars du cinéma mondial, il est des films plus intéressants. « Birdman » de Alejandro González Iñárritu  le plus récent, mais «Maps to the stars» de David Cronenberg, «Fedora» de Billy Wilder  ou  «Le grand couteau» de Robert Aldrich forment une jolie brochette.

Que Jane Fonda en star toute décatie ânonne que dans le monde du cinéma  personne n’est sincère et que l’avenir désormais c’est la Télévision, n’a rien de révolutionnaire. L’affaire est entendue «  puisque même sans le cinéma, la vie continue » dit-elle encore.

Le ton désabusé du discours résonne dans les couloirs d’un hôtel de luxe où deux amis de toujours ressassent des souvenirs qui s’émiettent. L’un est réalisateur, l’autre compositeur. Des artistes qui, au-dessus de toutes contingences matérielles et infiniment distants des obligations familiales, s’octroient des plaisirs par procuration.

youth

Ils vivent dans une machine à bien être, aussi factice que standardisée . Paolo Sorrentino ne se prive pas de faire du bien là où ça fait mal. Massage, relaxation et boue à volonté pour entretenir l’illusion d’une éternelle jeunesse. Ce que le réalisateur dévoile sans empressement, me semble-t-il (il lui tarde de dégommer sa famille) ne concédant au fatalisme que le soin de régler les détails de cette fin de vie.

Alors il nous entretient d’effets esthétiques, des rêves cauchemardesques d’une jet set lobotomisée au milieu de laquelle surnagerait l’exception qui confirme la règle. J’ai beaucoup aimé le personnage de Jimmy Tree (Paul Dano, excellent) en  acteur montant de la nouvelle génération, retiré dans cet hôtel pour préparer son prochain film.

Sorrentino ne perd donc pas de vue son argument final. Michael Caine très bien dans le rôle me fait parfois penser à Woody Allen en moins cabot. Harvey Keitel ( Mick ) mérite lui aussi une palme pour sa déglingue du milieu auprès de Rachel Weisz, qui joue très bien son rôle de pauvre petite fille riche. Elle est même excellente dans une scène subliminale qui voit l’ancien chef d’orchestre refuser à l’envoyé de la Reine sa participation à concert.

Paul Dano , la relève en compagnie de la vieille garde du cinéma, une image bien symbolique
Paul Dano , la relève, en compagnie de la vieille garde du cinéma…

Comme quoi quand il ne fait pas du remplissage Sorrentino retrouve lui aussi le goût du cinéma. Le mauvais goût parfois comme ce final en forme de rétrospective de l’œuvre de Mick. Tous ces personnages d’opérette réunis dans un champ alpin, que des femmes, qu’il a aimées, qu’il a filmées. Comme un hommage au cinéma qu’il vient de démolir pendant plus d’une heure. L’homme est un paradoxe vivant. Ce n’est pas une affirmation gratuite retenue dans le film, mais ça aurait pu.

Sur le nombrilisme hollywoodien, et plus généralement les avatars du cinéma mondial, il est des films plus intéressants. « Birdman » de Alejandro González Iñárritu  le plus récent, mais «Maps to the stars» de David Cronenberg, «Fedora» de Billy Wilder  ou  «Le grand couteau» de Robert Aldrich forment une jolie brochette. Que Jane Fonda en star toute décatie ânonne que dans le monde du cinéma  personne n’est sincère et que l’avenir désormais c’est la Télévision, n’a rien de révolutionnaire. L’affaire est entendue «  puisque même sans le cinéma, la vie continue » dit-elle encore. Le ton désabusé du discours résonne dans les couloirs…
Le film

Entre «  Il divo » et «  This must be the place », Sorrentino laisse une marge conséquente à un art qu’il maîtrise avec trop de facilité me semble-t-il. C’est le résultat de ce nouveau film qui plein d’apprêts et d’aisance scénique ne dit pas grand-chose de nouveau sur le fond. Il dégomme la famille du septième art avec de gros sabots, et filme avec élégance l’illusion de l’éternelle jeunesse. Elle prend place dans un hôtel de luxe, machine à bien-être factice où deux amis de toujours ressassent des souvenirs qui s’émiettent. Des artistes qui, au-dessus de toutes contingences matérielles et infiniment distants des obligations familiales, s’octroient des plaisirs par procuration. Des scénaristes en pagaille viennent en aide à l’un d’entre eux qui n’arrive pas à boucler l’histoire de son film-testament «  Mais nous ne sommes que des figurants » prévient le réalisateur. Des affirmations du genre, le film en regorge. Le casting sauve un peu la mise : Michael Caine me fait parfois penser à Woody Allen en moins cabot. Harvey Keitel mérite lui aussi une palme pour sa déglingue du milieu auprès de Rachel Weisz, et Paul Duno, qui a peut-être le personnage le plus intéressant, bien que secondaire. Allez comprendre quelque chose …

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