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« Une Vie secrète » de J.Garaño, A.Arregi, J.M.Goenaga. Critique cinéma

Synopsis: Espagne, 1936. Higinio, partisan républicain, voit sa vie menacée par l’arrivée des troupes franquistes. Avec l’aide de sa femme Rosa, il décide de se cacher dans leur propre maison. La crainte des représailles et l’amour qu’ils éprouvent l’un pour l’autre condamnent le couple à la captivité.

La fiche du film

Le film : "Une vie secrète"
De : Jon Garaño, Aitor Arregi, José Mari Goenaga
Avec : Antonio de la Torre, Belén Cuesta
Sortie le : 28/10/2020
Distribution : Epicentre Films
Durée : 147 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film
  • Festival international du film de Saint-Sébastien 2019 .Coquille d’argent du meilleur réalisateur . Prix du jury pour le meilleur scénario
  • Goya de la meilleure actrice Belén Cuesta

 

Au début de la guerre civile espagnole, des résistants républicains se terrent au cœur de leur propre foyer. A l’image d’Higinio, reclus quelques mois pense-t-il, avec son épouse qui n’a pas voulu fuir.

Longtemps suspectée de cacher son mari, Rosa affronte aussi les soupçons vengeurs de Rodrigo, à la solde de l’armée franquiste. Ce voisin, délateur, accuse Higinio d’avoir tué son frère.

Quand on annonce sa mort, Rodrigo n’y croit pas. Il espionnera sans relâche les allées et venues de Rosa, son comportement, ses fréquentations. Tout est sujet à suspicion …

« On vous a vu laver une chemise au lavoir » …

Higinio observe ce petit théâtre du quotidien, par l’interstice de sa cachette. Hasardeux, risqué. Il distingue avec parcimonie, entend mais ne voit pas et se fait la mise en scène que lui concède les réalisateurs, à travers le peu de lumière échappée de la rue.

Au théâtre des ombres succède celui de la parole.

Dans le trou du souffleur, Higinio conduit les gestes sa femme.  Lui souffle les mots. Un rapport particulier pour ces deux êtres qui s’aiment, mais dont l’amour a du mal à supporter le poids d’un tel engagement.

Elle lui annonce que sa tête est mise à prix, lui raconte les rumeurs du village, les bruits de la politique . Le monde tourne maintenant sans eux, et ne connaît plus que Rosa la couturière, une veuve que bien des hommes regardent de près.

La guerre civile est finie, la seconde guerre mondiale s’achève, mais le Caudillo ne lâche pas ses ennemis. A en devenir fou et parano. Hidiago tourne en rond, petitement, secrètement, lit des livres et des magazines, et ne fait plus rien d’autre.

Un enfant peut-être à Rosa, mais doute que ce soit le sien. Au retour de son exil natal, il voit les difficultés, quand l’avenir lui ouvre les bras. Muet trop longtemps, le voici presque aveugle.

Les relations sont de plus en plus tendues, elle lui reproche de n’être pas là en tant que mari, homme et père. Elle endure sa peine …

 

C’est le récit d’un homme prisonnier de lui-même que nous livre l’Histoire de cette Espagne peu à peu réhabilitée aux yeux de ses voisins.

Le cinéaste la reprend dans le grave et l’intensité d’une dramaturgie éloquente pour dire leur combat souterrain et vain. On les appellera «  les taupes » .

Morts-vivants, clandestins, entre le sombre, le noir et la lumière, et puis au grand jour qui se traîne comme ces années écornées à travers les pages des magazines. Transfert elliptique superbe, configuration plus que temporelle, les réalisateurs (*) filment la puissance des rêves à l’aune des sentiments qu’on leur porte.

Il n’est plus question de lutte, ni de résistance, il s’endort sur ses rêves d’humanité, et de collectivité partagée.

Pour ces hommes de « 36 » , entre vivre et mourir, la résistance s’impose comme un devoir d’état. Hidiago l’incarnre très bien dans l’interprétation pleine de maîtrise et de vérité d’Antonio de la Torre. Belèn Cuesta l’accompagne de manière toute aussi magistrale.

  • (*) Jon Garaño et  José Mari Goenaga ont déjà travaillé ensemble :   » 80 jours » , un film bardé de récompenses et porté par des interprètes formidables qui parlent de l’homosexualité féminine et de la vieillesse dans un bel élan de tendresse…
Festival international du film de Saint-Sébastien 2019 .Coquille d'argent du meilleur réalisateur . Prix du jury pour le meilleur scénario Goya de la meilleure actrice Belén Cuesta   Au début de la guerre civile espagnole, des résistants républicains se terrent au cœur de leur propre foyer. A l’image d’Higinio, reclus quelques mois pense-t-il, avec son épouse qui n’a pas voulu fuir. Longtemps suspectée de cacher son mari, Rosa affronte aussi les soupçons vengeurs de Rodrigo, à la solde de l’armée franquiste. Ce voisin, délateur, accuse Higinio d’avoir tué son frère. Quand on annonce sa mort, Rodrigo n’y croit pas. Il espionnera…
Le film

C’est un long combat, douloureux par le secret qu’il exige, exigeant pour ses contraintes et l’abnégation de celui qui le mène. Aussi n’est-il pas vain à l’égard des sacrifices endurés pendant toutes ces années ? Au début de la guerre civile espagnole, en 1936, des résistants républicains se terrent au cœur de leur propre foyer. A l’image du héros de ce récit historique, Higinio, reclus quelques mois pense-t-il, auprès de son épouse qui n’a pas voulu fuir. Dix ans après, toujours prisonnier dans sa propre maison, l’homme espère que la victoire des alliés sera la défaite de Franco. Il n’en est rien et Higinio prolonge son enfermement auprès de son épouse, veuve exemplaire le jour, et messagère sur le monde qui désormais tourne sans eux. C’est l'aventure d’un homme prisonnier de lui-même que nous livre l’Histoire de cette Espagne peu à peu réhabilitée aux yeux de ses voisins. Le cinéaste la reprend dans le grave et l’intensité d’une dramaturgie éloquente pour dire leur combat vain et souterrain. On les appellera «  les taupes ». L’interprétation pleine de maîtrise et de vérité d’Antonio de la Torre, accompagne le jeu tout aussi magistral de Belén Cuesta.

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Si le film ne retient pas vraiment mon intention, les suppléments, aie, aie, aie, que du bonheur !

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