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« Sibel » de Çağla Zencirci, Guillaume Giovanetti . Critique cinéma

Synopsis: Sibel, 25 ans, vit avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Muette elle communique grâce à la langue sifflée ancestrale de la région. Rejetée par les habitants, elle traque un loup dans la forêt voisine, objet de fantasmes des femmes du village. C’est là que sa route croise un fugitif. Blessé, menaçant et vulnérable, il pose, pour la première fois, un regard neuf sur elle.

La fiche du film

Le film : "Sibel"
De : Ça?la Zencirci, Guillaume Giovanetti
Avec : Damla Sönmez, Emin Gürsoy
Sortie le : 06/03/2019
Distribution : Pyramide Distribution
Durée : 95 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

La langue sifflée des oiseaux. Depuis une forte fièvre à cinq ans, Sibel ne parle plus que cet idiome traditionnellement resté dans cette région de Turquie, près de la Mer Noire.

Mais son handicap l’éloigne aujourd’hui de son village où d’autres traditions évoquent son mal et sa contagion.

Même sa petite sœur ( Elit İşcan) ne lui fait pas de cadeau, tandis que le père tente d’adoucir son quotidien tout en lui demandant de pallier l’absence de la mère. Sibel fait la cuisine, la lessive et travaille aux champs, à l’écart des villageoises. Aucune tendresse de leur part, beaucoup de méchanceté affleure.

Une relative bonne entente préside à la vie familiale.

Sibel est belle, magnifique madone à la lueur de la torche qui la guide la nuit dans la montagne où elle se réfugie. Pour venir en aide à Narin (Meral Çetinkaya) qui depuis des années attend le retour de son homme oublié, disparu. Elle chasse aussi le loup qui dit-on rôde encore au sommet de la montagne.

Là où un jour elle découvre dans les fourrés, un homme blessé (Erkan Kolçak Köstendil). Les premiers échanges ne sont pas les plus tendres, ni les plus compréhensifs, mais la sauvageonne est dans son royaume.

Elle le soigne, et le ravitaille tant bien que mal, pour ne pas éveiller les soupçons de la famille.

On apprend sa fuite, on découvre son identité et le monde tout en bas commence à cancaner. Pour l’étrange conduite de Sibel et le veuvage du père qui se prolonge. L’entremetteuse qui vient de trouver un homme pour la petite sœur a maintenant son idée pour le papa ( Emin Gürsoy). Le maire du village ne peut ainsi rester seul.

Comme un diktat ,pour l’honneur du pays et de sa famille, il doit se soumettre ou alors elles sauront s’en souvenir. Les traditions sont fortes, présentes, menaçantes quand la force publique l’est tout autant devant le fuyard repéré.

Sibel dit n’en rien savoir et paie pour son silence, cette liberté assumée. Sibel n’a jamais été aussi heureuse.

Dans cet univers violent et contenu, la lumière douce et apaisante, dessine le portrait d’une jeune femme assise sur le rebord du Monde. Prête à sauter comme Ree Dolly dans « Winter’s Bone » pour l’ajuster à sa hauteur.

Un personnage entier de cinéma que Çağla Zencirci, et Guillaume Giovanetti ramènent joliment au passé d’une langue oubliée, à l’histoire d’une guerre larvée.

Une légende de la forêt dans laquelle une jeune femme presque abandonnée va se battre contre les traditions et le pouvoir ancestral. Cette fois c’est « Fish Tank » qui me vient à l’esprit, tout un cinéma de lutte et d’indépendance pour la femme à qui chaque année on accorde une journée. Et des droits ! A elle seule, Sibel en fait beaucoup plus ! et Damla Sönmez son interprète, encore plus !

  • Un peu dans le même esprit :

 » Winter’s Bone » de Debra Granik, avec Jennifer Lawrence

« Fish Tank » d’Andrea Arnold

« Sauvages » de Tom Geens

 

La langue sifflée des oiseaux. Depuis une forte fièvre à cinq ans, Sibel ne parle plus que cet idiome traditionnellement resté dans cette région de Turquie, près de la Mer Noire. Mais son handicap l’éloigne aujourd’hui de son village où d’autres traditions évoquent son mal et sa contagion. Même sa petite sœur ( Elit İşcan) ne lui fait pas de cadeau, tandis que le père tente d’adoucir son quotidien tout en lui demandant de pallier l’absence de la mère. Sibel fait la cuisine, la lessive et travaille aux champs, à l’écart des villageoises. Aucune tendresse de leur part, beaucoup de méchanceté…
Le film

On imagine une ode à la nature , puis aux traditions des langages multiples ( ici celui des oiseaux) avant de plonger dans le cœur bien présent d’un petit village turque perdu dans les montagnes près de la mer noire. Autre temps pourtant, autre mœurs où le pouvoir patriarcal est conjoint à celui des femmes dont l’autorité sur l’honneur et la moralité du village n’est pas remise en cause. C’est pour fuir cet univers que Sibel une jeune femme muette se réfugie dans la forêt, auprès d’une vieille dame qui a perdu la raison et dans sa cabane d’où elle traque le loup dont les femmes ont peur. Sa rencontre avec un homme blessé va la ramener à des réalités plus contraignantes mais tout aussi réelles quant à la situation géopolitique de la Turquie. Ce nouveau sujet amplifie la violence contenue dans cet environnement hostile où paradoxalement la lumière douce et apaisante, dessine le portrait d’une madone. Damla Sönmez en personne, une grande personne !

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