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« Les fraises sauvages » d’Ingmar Bergman. Critique cinéma

Synopsis: La veille de la cérémonie qui doit honorer et célébrer sa longue carrière de médecin, le professeur Isak Borg fait un rêve étrange où il est confronté à sa propre mort. Le lendemain, il décide de partir en voiture à l'université de Lund en compagnie de Marianne, sa belle-fille. Durant le trajet, le vieux professeur fait le bilan d'une vie gâchée par l'égoïsme.

La fiche du film

Le film : "Les Fraises sauvages"
De : Ingmar Bergman
Avec : Victor Sjöstrom, Bibi Andersson
Sortie le : 05/03/2014
Distribution :
Durée : 92 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film
Les bonus

Beaucoup de  cinéastes se réfèrent à Bergman et abordent son œuvre avec des pincettes. Comme ces vieux documents, précieux, dans les Bibliothèques nationales qu’il faut découvrir avec précaution. On y met des gants. Heureux de nous  alors que de pouvoir visionner sans lentilles le cinéma d’un homme  profondément humain.

Il le rappelle à nouveau dans ce film, qui pour parler de la vie, de l’amour, de la liberté, et de la jeunesse, le fait malicieusement en compagnie d’un homme très âgé, un vénérable scientifique que ses pairs s’apprêtent à honorer.

Sur le principe du retour en arrière, plus que celui du flash-back, notre héros toise son environnement avec une telle bienveillance, qu’il va lui jouer des tours, au fil d’un périple automobile (road-movie) singulièrement bien mené. Bergman sait piloter lui aussi en jetant un œil dans le rétro, où la nostalgie est empreinte de beaucoup de scepticisme.

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Respecté par tous,  le docteur est un vieillard que sa belle-fille (Ingrid Thulin ) va remettre à sa place, jetant les bases d’une série de règlements de comptes, entre les différents protagonistes de cette aventure routière. En allant rendre visite à sa très vieille mère, celle-ci ne se gêne pas pour regretter vivement qu’elle ne voit plus personne, mais qu’elle continue  toujours à faire des cadeaux à des arrières petits enfants qu’elle n’a jamais vus. Je peux vous assurer que la manière de filmer vaut autant que le discours peu amène de la dame. Avec cette conclusion superbe « Je n’ai qu’un seul défaut, je ne me meurs pas, l’héritage retarde les projets… »

Il y a aussi un accident assez particulier, voire bizarre, où les victimes se confondent en excuse, pour ne pas avoir respecté le code de la route. Ce qui apparait totalement erroné (le docteur roulait à gauche) mais parfaitement dans l’ordre d’une querelle de ce couple étrange qui n’arrête pas de s’engueuler, avec un mari particulièrement odieux, à moins que sa femme, une comédienne, joue vraiment bien la comédie.

Bergman multiplie et brouille ainsi les pistes pour établir son diagnostic bienveillant malgré tout, sur l’humanité du moment. Elle n’apparait réjouissante que dans les rêves de l’enfance ou les rencontres que notre docteur effectue tout au long de son parcours, avec une jeunesse insouciante, mais déterminée à assurer la relève.

les fraises sauvages

Victor Sjöstom est une fois encore aux commandes de cette revue d’effectifs. De son œil inquisiteur ou malicieux, il mène tout son petit monde au milieu duquel Bibi Andersson répond elle aussi présente. Elle se dédouble même selon les bons vouloirs d’un scénario qui effectivement peut faire envie à plus d’un scénariste, réalisateur ou producteur.

  • Les autres films au programme.Scène de la vie conjugale-La Source-Sonate d’automne-Sourires d’une nuit d’été-Persona-Le septième sceau

LES SUPPLEMENTS ( version DVD )

  •  « Jeu de rêves » par Winfried  Günther (45.10 mn) .A travers plusieurs séquences, c’est quasiment le film commenté que nous donne à voir et à entendre ce spécialiste.Ca peut paraître parfois un peu alambiqué, mais dans l’ensemble c’est souvent très bien vu, et raconté de manière très attrayante.
  • Interview de Bibi Anderson.Elle parle de son métier, des relations que Bergman entretenait avec  Victor Sjöstom («  il y avait des incompréhensions entre eux »), le respect qu’elle avait devant un tel acteur (« il était fatigué, on lui parlait peu »). Pour le film, elle évoque la manière dont elle a abordé les deux rôles de femmes, la jeune fille réelle, et celle du rêve du docteur, et la manière de travailler de Bergman, peu directive. «  Je pense qu’il écrivait un peu en fonction des gens auxquels ils pensaient alors. »

Et quand elle parle du travail des acteurs américains, genre Al Pacino, Hoffman … c’est une véritable déclaration d’amour.

Beaucoup de  cinéastes se réfèrent à Bergman et abordent son œuvre avec des pincettes. Comme ces vieux documents, précieux, dans les Bibliothèques nationales qu’il faut découvrir avec précaution. On y met des gants. Heureux de nous  alors que de pouvoir visionner sans lentilles le cinéma d’un homme  profondément humain. Il le rappelle à nouveau dans ce film, qui pour parler de la vie, de l’amour, de la liberté, et de la jeunesse, le fait malicieusement en compagnie d’un homme très âgé, un vénérable scientifique que ses pairs s'apprêtent à honorer. Sur le principe du retour en arrière, plus que celui du flash-back,…

Review Overview

Le film
Les bonus

En reprenant ses thèmes de prédilection autour de la mort, donc de la vie (il est beaucoup question ici de la jeunesse) Bergman montre toute l’étendue de sa vista en matière de réalisation, liée à un scénario écrit avec un cœur gros comme ça. Alors que l’empreinte de la nostalgie marque le tempo, c’est un film chaleureux que Bergman signe au final en donnant les clés de la vie à une jeunesse insouciante mais déterminée à s’en saisir. Beaucoup d’humanité et de tendresse dans ce qui en apparence donnerait plutôt dans la gérontologie.

Avis bonus Une interview instructive de Bibi Andersson, des commentaires sur le film, c'est à voir et à entendre

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