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« Leila et ses frères » de Saeed Roustaee. Critique cinéma

  • 24 août 2022 en salle
  • 2h 39 mn
  • Avec Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Payman Maadi

L’histoire : Leila a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles. Leila élabore alors un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais leur père Esmail promet une importante somme d’argent à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain. C’est la plus haute distinction de la tradition persane.

  • Film :

« J’ai vécu soixante dix ans dans ce pays et je n’ai jamais vu un prix baissé »

Sur un autre continent, une autre planète, là où les grands ont retiré leurs  banderilles, un cinéaste iranien Saeed Roustaee écrit, après «  La loi de Téhéran« , un nouveau chapitre de la Leçon de cinéma à l’intention des thuriféraires cinéphiles.

Messieurs vous n’avez encore rien vu et entendu leur dit-il quand pour conter l’histoire de la famille de Leila, il vous faut mettre en réserve une culture qui  vous échappe . L’Iran demeure toujours aussi hermétique à notre connaissance . Et vous laissez porter par cette résonnance élémentaire d’une parole qui gomme, sans bavardage inutile, des scories invisibles à l’œil nu.

Pourtant auteur du scénario, Saeed Roustaee  filme avant tout à l’instinct une famille en proie à la dislocation. Les fils n’ont pas de vrais travails, et Alireza vient de perdre le sien. Leila (Taraneh Alidoosti) qui a toujours soutenu frères et parents rebondit sur ce désœuvrement général pour en faire une force collective : l’achat d’une boutique dans la galerie commerçante où elle travaille.

Et c’est autour de la figure tutélaire du père, Esmail, que le réalisateur fixe  son objectif!  Le portrait qu’il en fait est admirablement cadré par son interprète Saeed Poursamimi qui parait jouer sa propre survie.

Patriarche attaché aux honneurs de sa communauté, il peut en devenir le parrain, suprême et ultime distinction pour un vieillard de sa trempe.

Mais les contreparties risquent d’obérer le projet familial. Elles sont financières, elles sont énormes.  Le débat qui s’engage alors ne fait pas mystère de la vision militante et politique de Saeed Roustaee  sur un pays en déséquilibre constant . Qui s’essouffle …

Entre l’avenir du clan, et le père arc-bouté à ses  traditions , le réalisateur s’immisce pleinement dans cette famille gangrénée de l’intérieur où les divisions de plus en plus marquées, risquent d’anéantir à tout jamais les efforts consentis.

Il est question d’humiliation, de déchéance et de rebondissements salutaires pour garder la tête haute et sauver l’honneur d’une famille. Pour des acteurs prodigieux, aux registres bien épars, mais si étroitement liés par la rage constructive de la mise en scène.

Derrière son auteur, Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Payman Maadi, ( il faudrait tous les citer) dégagent force et conviction, puissance et émotions.

Dans un film qui n’en manque pas. Un très grand film.

24 août 2022 en salle 2h 39 mn Avec Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Payman Maadi L'histoire : Leila a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles. Leila élabore alors un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais leur père Esmail promet une importante somme d’argent à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain. C’est la plus haute distinction de la tradition persane.…
Le film

Sur un autre continent, une autre planète, là où les grands ont retiré leurs  banderilles, un cinéaste iranien Saeed Roustaee écrit  un nouveau chapitre de la Leçon de cinéma à l’intention des thuriféraires cinéphiles. Pourtant auteur du scénario, il  ne le filme pas à la virgule près, laissant à sa caméra le soin de prendre le pouls de son histoire, de s’y installer sans prévention pour mieux cerner cette famille iranienne au bord de la décomposition. Il la filme à l’instinct  et l’accompagne dans ses égarements sur lesquels  Leila, la seule fille de la famille, tente de mettre le holà. Sa solution est pragmatique , mais le poids de la tradition enraie la belle mécanique. Saeed Roustaee  ne fait pas mystère de sa vision militante et politique  d’un  pays en déséquilibre constant . Un pays qui s’essouffle … Mais il le fait avec une telle rage, une vision si pertinente, que l’image et le verbe laissent à la fiction le soin de la faire exister pleinement. Il est question d’humiliation, de déchéance et de rebondissements salutaires pour garder la tête haute et sauver l’honneur d’une famille. Pour des acteurs prodigieux, aux registres bien épars, mais si étroitement liés par la rage constructive de la mise en scène. Derrière son auteur, Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Payman Maadi, ( il faudrait tous les citer) dégagent force et conviction, puissance et émotions.  Dans un film qui n’en manque pas . Un très grand film .

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