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« Benedetta » de Paul Verhoeven. Critique cinéma-dvd

Synopsis: Interdit aux moins de 12 ans Au 17ème siècle, alors que la peste se propage en Italie, Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des sœurs.

La fiche du film

Le film : "Benedetta"
De : Paul Verhoeven
Avec : Virginie Efira, Charlotte Rampling
Sortie le : 09/07/2021
Distribution : Pathé
Durée : 131 Minutes
Genre : Drame, Historique, Romance
Type : Long-métrage
Le film
Le bonus
  • DVD : 17 Novembre 2021

D’après l’œuvre de Judith C. Brown.

Ce film, éminemment historique, se détache de la réalité des faits pour ne conserver que la profondeur intemporelle d’un monde en proie au déclin. La peste ici en est la cause, comme tout autre épidémie d’hier et d’aujourd’hui, colportée par le vent, la peur, les gens…

L’autorité suprême semble contenir rumeurs et fausses nouvelles sur le mal du moment, fort de son pouvoir divin qui au XVII ème siècle fait office de gouvernance naturelle.

Dans le couvent de Pescia en Toscane, la mère supérieure représente cet état de droit qui régit l’accueil des futures nonnes au son de la dote parentale. Les tractations sont sans appel, l’abbesse reçoit les cadeaux, mais n’en fait aucun.

La nuit Benedetta cauchemarde, poursuivie par ses démons …

Si bien que Giulinao Carlini (David Clavel) se plie à deux reprises à l’injonction monacale. Benedetta, sa petite fille au cœur de l’institution, le supplie en effet de venir en aide à une malheureuse persécutée par son père.

L’irruption dans sa vie de Bartolomea, sale, ignorante, prête à croquer le monde entier. Leurs regards se croisent, longuement, intensément. Ils ne se quitteront plus.

Celui de Paul Verhoeven, non plus. A 80 printemps assumés, le cinéaste prend à cœur cette histoire d’amours féminines que le nonce Cecchi devant ses pairs , juge impossible. Il est là le mystère de la foi dit sérieusement Verhoeven, témoin lui aussi de ces altérations imperceptibles au cœur de la communauté religieuse, peu à peu bringuebalée par l’attachement de la jeune Bartolomea à cette religieuse aux révélations divines.

Benedetta parle avec la Sainte-Vierge, entend des voix et rencontre son Dieu. Des stigmates sur son visage, ceux du Christ cloué sur la croix… L’abbesse est sceptique mais les preuves sont là quand une sœur lui révèle ce qu’elle croit être une supercherie.

L’accusatrice est pourtant désavouée et entame un calvaire que Benedetta parsème de ses petits miracles inattendus. Son emprise sur la congrégation est totale, la voici mère supérieure.

Elle est aux anges, Bartolomea aussi, de plus en plus intime avec sa supérieure, relogée dans sa nouvelle chambre à l’abri des regards et des rumeurs. Elles vont s’aimer à la folie, amours charnelles, torrides, que Verhoeven filme jusqu’à l’incandescence, insouciantes du monde qui les entoure, les observe, les condamne.

L’ancienne abbesse est aux aguets.

Elle est interprétée par Charlotte Rampling, exemplaire dans sa bure monacale à l’image de ses consœurs : la rayonnante Virginie Efira, l’intrigante Daphne Parakia, Louise Chevillotte, la désespérance faite femme …

Lambert Wilson, Olivier Rabourdin, Hervé Pierre, David Clavel, les hommes ne sont pas en reste…

Le cinéaste non plus. Il parcourt l’Histoire sur des parchemins d’époque et des pages romanesques puissantes où les rues de Florence se perdent sous l’amas de corps purulents.

Le décor est construit, la mise en scène fiévreuse, modulée par ces événements dramatiques qu’il exhausse dans leur flamboyance.

Peut-être plus classique dans sa formulation, le final n’en demeure pas moins épique et glorieux. Une vision de l’Histoire que le cinéma a maintes fois célébré. Verhoeven y ajoute son regard. Intense et généreux.

LE SUPPLEMENT

  • Entretien avec le réalisateur et les interventions de Virginie Efira (41 mn) – Des extraits de films et de scènes de tournage enrichissent l’entretien par ailleurs très instructif.

Gerard Soeteman lui apporte le livre de J. Brown. Ils travaillent quelques temps ensemble, mais quand le scénariste voit avant tout la prise de pouvoir de la religieuse au sein de sa communauté, Verhoeven dit qu’il faut aussi privilégier les relations lesbiennes. Après deux ébauches de scénario, le désaccord est profond, le réalisateur appelle David Brick (« Elle »).

 

 Verhoeven est triste. « Dingue de se quitter ainsi après cinquante années de collaboration »

Le réalisateur raconte aussi la manière dont la romancière a découvert à Florence les minutes du procès de Benedetta. Depuis quatre siècles personne ne s’y était intéressé. « On comprend avec les ratures du scribe qu’il était très choqué par les détails sexuels rapportés par Bartolomea ».

Virginie Efira : « En lisant le scénario j’y ai vu une œuvre majeure. Paul Verhoeven m’a bien demandé si quelques scènes allaient me gêner, j’ai répondu chaque fois : no problem ».

Elle revient sur la personnalité très forte de son personnage, et le choix de Verhoeven, pense-t-elle après avoir joué aux côtés d’Isabelle Huppert dans « Elle ».

DVD : 17 Novembre 2021 D’après l’œuvre de Judith C. Brown. Ce film, éminemment historique, se détache de la réalité des faits pour ne conserver que la profondeur intemporelle d’un monde en proie au déclin. La peste ici en est la cause, comme tout autre épidémie d’hier et d’aujourd’hui, colportée par le vent, la peur, les gens… L’autorité suprême semble contenir rumeurs et fausses nouvelles sur le mal du moment, fort de son pouvoir divin qui au XVII ème siècle fait office de gouvernance naturelle. Dans le couvent de Pescia en Toscane, la mère supérieure représente cet état de droit…
Le film
Le bonus

Dans la complexité d’un récit historique, flamboyant et contesté, Paul Verhoeven expose avec une maîtrise totale, les tenants et aboutissants d’une mise en scène qui ne se contente pas de reproduire, voire même de montrer. Il se détache de la réalité des faits pour n’en conserver que la profondeur intemporelle d’un monde en proie au déclin. La peste ici en est la cause, comme tout autre épidémie d’hier et d’aujourd’hui, colportée par le vent, la peur, les gens… On y verra les allusions que l’on voudra, mais le film demeure une grande aventure cinématographie nourrie au cœur de la grande Histoire. Le réalisateur la réécrit à sa guise à partir des parchemins d’époque et de pages romanesques puissantes imaginées par des scénaristes inspirés (David Birke et lui-même) d’après l’œuvre de Judith C. Brown. Le décor est construit, la mise en scène fiévreuse, modulée par ces événements dramatiques qu’il exhausse dans leur flamboyance. L’affiche est remarquable. Charlotte Rampling, est exemplaire dans sa bure monacale, Virginie Efira rayonnante, Daphne Parakia intrigante, Louise Chevillotte, désespérante … Et puis Lambert Wilson, Olivier Rabourdin, Hervé Pierre, David Clavel… Verhoeven y ajoute sa patte.  Intense et généreuse.

AVIS BONUS Entretien avec le réalisateur et les interventions de Virginie Efira - Des extraits de films et de scènes de tournage enrichissent l’entretien par ailleurs très instructif.

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