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« Baccalauréat » de Cristian Mungiu . Critique cinéma

Synopsis: Romeo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. La jeune fille doit maintenant obtenir son baccalauréat. Un événement dramatique va pourtant lui faire oublier tous les principes qu'il lui a inculqués, entre compromis et compromissions...

La fiche du film

Le film : "Baccalauréat"
De : Cristian Mungiu
Avec : Adrian Titieni, Maria Dr?gu?
Sortie le : 07/12/2016
Distribution : Le Pacte
Durée : 128 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Bien sûr, et pourquoi pas le scénario ! C’est un film totalement abouti dans la tradition de Christian Mungiu. Un film social et politique où la veine policière se mêle au film noir pour dresser un tableau de la Roumanie qui n’arrive toujours pas à se relever de l’ère Ceausescu.

Roméo évoque à plusieurs reprises ce combat qu’il a mené pour redonner au pays un peu de son âme et de son énergie. Mais l’héritage du passé a eu raison de sa bonne volonté et des compromissions qu’il n’a pas voulu faire. Son épouse, déprimée, aurait alors obtenu un autre poste que celui de bibliothécaire. Et lui aussi, peut-être, petite sommité dans l’hôpital de sa ville. Un beau personnage porté avec prestance par Adrian Titieni.

Ses espoirs déçus, il ne veut pas les transmettre à sa fille qui s’apprête à poursuivre ses études en Angleterre. Romeo a bataillé honnêtement pour lui offrir ce rêve d’évasion et de liberté au bout duquel Eliza reviendra pour faire vivre son pays, dit-il. Mais à la veille de passer son bac, dernier viatique avant le départ, un événement tragique va venir perturber le bon déroulement du scénario savamment élaboré par le papa.

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Lui dont l’intégrité faisait merveille auprès de ses confrères, le voici confronté aux doutes et aux compromissions dans ce monde qu’il repoussait naturellement, honnête et pragmatique. Un monde de magouilles et de petits arrangements entre amis. Le chef de la police qui lui tend la main, et le guide vers le centre d’examens dirigé par un bon copain. Un peu de bienveillance sur la copie de sa fille ne pourra pas nuire…

Un service, « rien que de l’entraide ». Mais un jour, la police enquêtant sur les malversations d’un autre « ami » remonte la filière dans laquelle il s’est engagé.

Roméo, n’a rien vu venir et le spectateur non plus. Sérieusement ébréchée, sa conscience bat la chamade, bringuebalée dans ses contradictions et son désir de faire encore plus pour sa fille. Surprotégée dans sa tour d’Ivoire Eliza va pourtant découvrir ce monde auquel il la soustrait.

La mésentente de ses parents, la maîtresse de son père, les combines auxquelles elle doit maintenant se plier, la corruption, le malaise devient un mal-être permanent pour cette jeunesse en quête d’amour et de liberté. « Mais elle ne devrait pas avoir à payer parce que l’on surveille mal nos voyous » serine-t-on encore à l’oreille du papa que le réalisateur abandonne presque maintenant à sa solitude et à son désespoir.

La Roumanie aurait encore peur de son ombre nous dit-il dans ce reliquat historique qui fait tâche. Il nous conforte dans l’idée que le monde, avec ou sans frontière, n’appartient plus aux hommes qui le peuplent. La petite lueur, le grand espoir, c’est à Eliza que Christian Mungiu les confie. Telle une passerelle .Maria-Victoria Dragus s’y engage avec simplicité. Déterminée, elle assume ce très beau cadeau de cinéma.

 

Festival de Cannes 2016, Grand prix de la mise en scène. Bien sûr, et pourquoi pas le scénario ! C’est un film totalement abouti dans la tradition de Christian Mungiu. Un film social et politique où la veine policière se mêle au film noir pour dresser un tableau de la Roumanie qui n’arrive toujours pas à se relever de l’ère Ceausescu. Roméo évoque à plusieurs reprises ce combat qu’il a mené pour redonner au pays un peu de son âme et de son énergie. Mais l’héritage du passé a eu raison de sa bonne volonté et des compromissions qu’il n’a pas…
Le film

Il y a beaucoup de portes d’entrée dans ce film qui parle de l’éducation parentale à travers la responsabilité que peuvent prendre les adultes pour l’avenir de leurs enfants. Un thème universel rapporté ici dans le climat social de l’après communisme roumain. L’ère Ceausescu n’a pas été digérée. Ce qui ressert le propos du réalisateur arc bouté sur son idée d’indépendance (sociale, économique, culturelle…) liée à une liberté encore timide que les générations de l’après Ceausescu n’ont pas su établir. Roméo, le papa héros de ce récit en est l’illustration parfaite, et assumée par un homme qui ne veut pas voir sa fille pâtir de ses échecs. Il fera tout, honnêtement et sincèrement pour lui permettre d’accéder à une autre vie jusqu’au jour où les circonstances le placeront devant les réalités de son monde fait de compromissions et de corruption. A la culpabilité individuelle d’un homme se joint celle de tout un peuple dont l’assistance à personne en danger demeure encore inexistante.Le réalisateur voit dans la jeunesse de son pays le seul exutoire à son désespoir. Le très beau sourire de Maria-Victoria Dragus, la jeune héroïne accompagne la fin de ce très grand film, social et politique, mais aussi film noir digne d’un beau film policier. Du bel ouvrage ….

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