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« Allemagne année zéro » de Roberto Rossellini. Critique dvd

Synopsis: En 1945. L'Allemagne nazie a capitulé devant les armées alliées. Berlin n'est plus qu'un champ de ruines fumantes. Edmund Koehler, un garçon de 12 ans, parcourt les décombres à la recherche d'un peu de nourriture avant de rentrer dans l'immeuble à demi effondré où sa famille a trouvé un refuge précaire. Son père, malade, s'enferre dans ses souvenirs. Son frère aîné, Karl, ancien nazi, vit traqué. Sa sœur, Eva, tente de subvenir aux besoins des siens par des ménages et en fréquentant l'occupant.

La fiche du DVD / Blu-Ray

Le film : "Allemagne année zéro"
De : Roberto Rossellini
Avec : Edmund Moeschke, Ernst Pittschau, Franz Kruger, Ingetraud Hinze, Barbara Hintz
Sortie le : 12 avril 2016
Distribution : Rimini Editions
Durée : 70 minutes
Film classé : Tous publics
Nombre de DVD / Blu-Ray : 1
Le film
Le bonus

Meilleur dvd du mois d’Avril

La guerre, à peine terminée (on parle d’immédiate après-guerre), Rossellini débarque au cœur de Berlin en ruines. Plus de trois millions d’habitants y survivent dans des conditions précaires. Le simple fait de se retrouver dans ce cloaque inhumain, jonché de pierres, de gravats et de poutrelles informes est déjà en soi un acte de résistance.

Le réalisateur témoigne et participe presque dans l’anecdotique à rendre viable ce qui n’existe plus. Il nous parle du quotidien d’un gamin échappé aux bombes, mais pas à ses conséquences. Dégâts collatéraux. Edmund se débrouille, chaparde, les adultes grugent les plus jeunes, qui se battent entre eux, pour un coin de trottoir et y vendre n’importe quoi.

Edmund vit dans un immeuble totalement délabré, dans un appartement où cinq familles cohabitent. Le gamin n’a qu’une pièce pour son père alité, sa sœur et son frère qui demeure terré, de peur que la police ne rattrape son passé dans la Wermacht. Il n’y a pas vraiment de solidarité entre les voisins, et si l’un pouvait chasser l’autre…

allemagne année zéro

Cette sourde violence hante le film de Rossellini qui charge ses images de la même agressivité formelle. « On a vu venir la catastrophe et on n’a rien fait pour l’arrêter » dit le père malade, dans une diatribe à la fois défaitiste et lucide, sur la manière dont la guerre a été menée. Le scénario se nourrit de cet état d’esprit par une écriture à la fois discursive et didactique.

Pour dénoncer la spoliation généralisée au milieu de l’abandon, là où les braises du nazisme couvent encore sous les décombres. On comprend le désarroi de Rossellini, teinté d’un fort pessimisme vis-à-vis des lendemains très incertains. Edmund est un enfant de la guerre, mais surtout celui du nazisme, une création d’Hitler. Victime de son entourage, il doit coûte que coûte leur venir en aide et atteindre des points de non-retour.

Tout aussi détestable, l’ancien professeur ( Erich Guhne ) qui profite à la fois de la jeunesse et de l’innocence de ces bandes de jeunes laissés à eux-mêmes. Un vivier dans lequel il puise aussi pour son ami et ancien général de « petits anges blonds ». Rossellini n’en dit pas plus, à l’image de sa mise en scène assez distante. Il observe plus qu’il ne commente, et c’est peut-être suffisant à cette époque. Aujourd’hui ça le demeure tout autant, terriblement suffisant…

Le frère se cache, la sœur danse avec les américain pour quelques cigarettes ...
Le frère se cache, la sœur danse avec les américain pour quelques cigarettes …
  • Autour du film (30 mn). Avec Enrique Seknadje, maître de conférences en cinéma, auteur de «  Roberto Rossellini et la seconde guerre mondiale, un cinéaste entre propagande et réalisme ».

Des extraits de différents films, des photos d’archives ou de films c’est un documentaire très vivant sur le réalisateur, sa vie son œuvre qui défile en compagnie d’un spécialiste qui explique plus qu’il n’analyse ce qui rend son point de vue encore plus compréhensif.

Je ferais simplement remarquer que le final n’est pas celui qu’il rapporte: la scène évoquée n’a rien à voir avec celle de La Pietà. Je m’étonne aussi qu’il n’évoque jamais dans ses réflexions le portrait assez particulier de l’ancien professeur qui racole pour un ancien général des petits garçons …

Le documentaire s’ouvre sur « Rome ville ouverte », le fleuron du néo réalisme, un manifeste de la résistance contre la barbarie nazie, mais surtout fasciste,  «  les italiens ont l’impression de découvrir leur pays, un peu de ce que l’on leur avait caché ».

Même entre eux, les enfants ne se font pas de cadeau...
Même entre eux, les enfants ne se font pas de cadeau…

« On demandera à Rossellini de faire des films pour le régime fasciste, ce ne sont pas des films de propagande, mais ils mettent néanmoins en valeur les forces armées italiennes. A la fin de la guerre Rossellini  essaiera de faire oublier cette trilogie sur la marine, l’aviation et les blindés, mais quand il en parle il dit que c’était déjà du néo-réalisme, une approche très réaliste des choses ».

L’idée d’aller filmer à Berlin sur l’immédiate après-guerre a commencé en mars 1947 : premiers repérages et aller-retour avec Paris où il tourne l’adaptation de « La voix humaine » de Jean Cocteau. Le réalisateur à «  l’impression que le nazisme n’a pas été complètement anéanti, comme si une guerre civile pouvait sortir de ces décombres où les alliés font pression sur les Allemands, mais aussi sur les Italiens ».

Pour Enrique Seknadje, l’aspect angoissé de la réalisation, sa noirceur provient aussi du fait qu’en août 1946 le réalisateur a perdu un enfant de neuf ans, « même si le fait n’a rien à voir avec l’évolution de son jeune héros ».

Meilleur dvd du mois d'Avril La guerre, à peine terminée (on parle d’immédiate après-guerre), Rossellini débarque au cœur de Berlin en ruines. Plus de trois millions d’habitants y survivent dans des conditions précaires. Le simple fait de se retrouver dans ce cloaque inhumain, jonché de pierres, de gravats et de poutrelles informes est déjà en soi un acte de résistance. Le réalisateur témoigne et participe presque dans l’anecdotique à rendre viable ce qui n’existe plus. Il nous parle du quotidien d’un gamin échappé aux bombes, mais pas à ses conséquences. Dégâts collatéraux. Edmund se débrouille, chaparde, les adultes grugent les…
Le film
Le bonus

« Une image objective et fidèle de cette immense ville à moitié détruite, trois millions et demi de personnes y traînent une existence épouvantable, désespérée. » C’est par cet avertissement que débute le film qui nous immerge sans ménagement dans le cloaque inhumain d’un Berlin dévasté  par la misère et l’abandon. Pour survivre débrouilles et marché noir sont le quotidien des gens que figure le jeune Edmund enfanté par le nazisme, et qui pour Rossellini pourrait être l’incarnation du mal à renaître. Pour l’heure c’est l’innocence bafouée qui se rebelle pour venir en aide à sa famille cloisonnée dans une minuscule pièce au milieu de voisins hostiles. La sourde violence qui se dégage de ces immeubles sans toits ni murs se répercute dans la mise en scène du réalisateur, une violence formelle, des images sans concession bien que Rossellini se garde de commenter. Il observe et garde une distance raisonnable vis-à-vis de ses personnages. Le cinéasterelate des faits, établit un constat, portant un regard froid sur un désastre mondial. C’est terriblement réaliste.

Avis bonus Un très beau documentaire avec les commentaires d'un spécialiste sur l'oeuvre et son auteur

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