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« Vers sa destinée » de John Ford. Critique dvd

Avant d’être président des Etats-Unis, Lincoln fut donc cet avocat que John Ford révèle dans sa jeunesse. Les premiers pas hésitants d’un homme qui ne sait vraiment pas vers quoi se destiner. On le voit populaire au milieu des petites gens qu’il aime côtoyer et rudoyer tout autant. On le devine faussement humble à la veille de se lancer dans ses joutes oratoires dont la plus fameuse sera celle du procès des deux frères, dont l’un est assurément le meurtrier d’un homme.

Dans le doute, et le mutisme des accusés, le tribunal s’apprête à leur passer la corde au cou. La mère qui a assisté à la bagarre funeste est tout aussi réservée sur le nom du coupable. Il n’est pas question qu’elle dénonce.

On a déjà dépassé le cas Lincoln, et sa destinée possible, pour donner au cinéma quelques lettres de noblesse supplémentaires.

Nous sommes en 1939 quand John Ford entreprend cette entreprise de démolition patriotique pour dire que la réussite se fait aussi par le mensonge et la duperie. Avec un brin d’humour et d’humanité pour faire passer la pilule que Henri Fonda digère sans problème. Fier et altier dans sa longiligne perspective, et bien que maladroit avec les femmes, il est déjà ce futur président qui défend la veuve et l’orphelin.

Opposé à l’auto-défense, dans un pays où le lynchage est chose commune, on ne fait pas justice soit même affirme-t-il en choisissant ses jurés . Bien souvent de fieffés coquins et des menteurs. « Car il faut être courageux pour avouer que l’on ne dit pas la vérité » explique-t-il au président du tribunal qui passe lui pour un joyeux drille (Spencer Charters).

Pour des voyageurs qui n’ont pas le sou, Lincoln échange quelques produits contre des livres. Il va ainsi découvrir le droit …

Ce qui n’empêche John Ford de célébrer la démocratie et l’institution du droit à l’issue d’un procès dont le dénouement ne manque pas de panache. A l’image d’un homme qui « ne sait danser que derrière les charrues » avoue-t-il à la femme qui le courtise et qu’il ne sait comment repousser. Il le fera avec grâce et distinction, le futur président est déjà bien élevé…

LES SUPPLEMENTS

  • Le point de vue de Jean Collet. L’écrivain et théoricien écarte de ce film toute idée du thème du pouvoir, préférant y voir le rapport entretenu par la politique avec  la morale

La question de l’autorité est à ses yeux primordiale dans ce film qui à travers la scène du meurtre nous assène « une magistrale leçon de cinéma, on croit le voir et la conclusion qui vient un peu plus tard nous prouve que non. (.. ) John Ford triche comme Lincoln lors du tire à la corde, c’est un film sur le mensonge et la solitude d’un homme ».

Jean Collet pointe aussi du doigt les différents degrés de violence du film, jusqu’aux mots employés pour ridiculiser un témoin…

  • L’analyse de Jean DouchetLe critique décortique comme à son habitude les scènes phares d’un film qui sous « son air tranquille, demeure un film de propagande ».

Et comment Ford « se sert du corps de Lincoln, de sa gaucherie, pour montrer son évolution. (… )  Il est rêvé comme l’arbre de vie de la nation américaine ». Jean Douchet rappelle alors la scène de Lincoln étudiant le droit, près d’un lac, les pieds sur un arbre majestueux, « comme s’il en était une ramification ».

Il est intéressant aussi de l’entendre décrypter la valeur symbolique du bal…

Avant d’être président des Etats-Unis, Lincoln fut donc cet avocat que John Ford révèle dans sa jeunesse. Les premiers pas hésitants d’un homme qui ne sait vraiment pas vers quoi se destiner. On le voit populaire au milieu des petites gens qu’il aime côtoyer et rudoyer tout autant. On le devine faussement humble à la veille de se lancer dans ses joutes oratoires dont la plus fameuse sera celle du procès des deux frères, dont l’un est assurément le meurtrier d’un homme. Dans le doute, et le mutisme des accusés, le tribunal s’apprête à leur passer la corde au cou.…
le film
Les bonus

Les premiers pas de l’avocat Lincoln avant qu’il ne se dirige vers la présidence des Etats-Unis. C’est à la fois un portrait de l’homme que John Ford engage dans la première partie, évoquant une jeunesse studieuse mais déjà contrariée par des événements qu’il ne peut contrôler. Ce qui suggère que le mensonge et la trahison peuvent faire partie de l’argumentaire humain s’ils sont au service de la vérité. Celle que Lincoln va tenter de faire éclater lors d’un procès où pourtant sur les deux frères accusés de meurtre, l’un est bien le coupable. Dans le genre du film à procès que les américains adorent, c’est encore un exemple particulier que nous fournit John Ford à l’époque où la justice américaine n’est pas encore aussi stricte dans un pays où le lynchage est pratique courante. AVIS BONUS Deux points de vue éclairants mais pas forcément déterminants

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