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« Swagger » d’Olivier Babinet. Critique cinéma

Synopsis: Onze enfants et adolescents aux personnalités surprenantes, au cœur des cités les plus défavorisées de France. A travers leurs regards singuliers et inattendus, on entend leurs réflexions drôles et percutantes. Swagger donne vie aux propos et aux fantasmes de ces enfants d'Aulnay et de Sevran. Car, malgré les difficultés de leur vie, ils ont des rêves et de l'ambition. Et ça, personne ne leur enlèvera.

La fiche du film

Le film : "Swagger"
De : Olivier Babinet
Avec : Aïssatou Dia, Mariyama Diallo
Sortie le : 16/11/2016
Distribution : Rezo Films
Durée : 84 Minutes
Genre : Documentaire
Type : Long-métrage
Le documentaire

La  banlieue, gommée de ses a priori. Ils y vivent leur adolescence et claironnent un autre discours. Face à la caméra, frontalement, seuls, ils répondent à des questions que l’on n’entend pas. Des grands que l’on ne voit pas.

Le documentaire gommé de ses artifices, de sa technique. Avec une pointe de fiction quand l’objectif se met à gambader entre les barres des HLM où des drones intergalactiques déchirent le ciel plombé. Et tout ce qui vient de se dire, en aparté.

Du très commun, frappé au coin du bon sens d’une jeunesse déterminée, réaliste. Le sens des nuances et des responsabilités. Pour parler d’amour, de politique, de racisme ou d’amitié. Le discours est étonnamment spontané, d’une simplicité naturelle.

Toujours les mêmes que l'on choisit en dernier pour faire partie de l'équipe...
Toujours les mêmes que l’on choisit en dernier pour faire partie de l’équipe…

Naïla est la plus étonnante, la plus mûre aussi, quand elle réfléchit à la place de Mickey dans un dessin animé (« ils l’ont mis là pour que ce soit un gentil ») et au stéréotype des poupées Barbie : même taille, même chevelure, même couleur… Elle se demande pourquoi les architectes qui imaginent les tours des cités vivent toujours loin de là, dans les grandes villes…

L’identité est au cœur de ces petits cœurs qui ne battent pas à l’unisson. Régis se dit très fier d’être français, un gros balourd dandy, sympa comme tout qui rêve prêt à porter et  paillettes. Il sera styliste dit-il et on veut bien le croire. Régis est déterminé. Il se démarque du reste du monde, des mêmes survêtements, mêmes baskets, et ce noir de la tête au pied. Ses copains le moquent, il détonne et s’en moque, et trace son chemin au milieu de la cité où les guetteurs ont arrêté le temps.

Astan en a un peu peur, elle les connaît ( « certains sont de ma famille » ) et ne veut pas tomber dans leur travers. Paul aussi craint ces grands garçons qu’il tente d’éviter en adoptant une ligne de conduite irréprochable. D’origine indienne, il vit pour la musique et le respect de sa famille. « Je suis leur modèle » dit-il en rappelant la manière dont sa grand-mère tirait à la main une charrue.

La famille, c’est important. La mère surtout, qui revient dans les conversations, des garçons comme des filles. Tels un phare, un roc, un espoir. Astan ne pourra pas continuer le récit de la saga familiale, trop de souvenirs, d’émotions et les larmes qui l’envahissent. La caméra ne s’attarde pas.

Olivier Babinet les laisse parler ou ne rien dire. Ils s’écoutent et se répondent par la grâce d’une mise en scène qui renvoie leur image, dans l’intimité de l’interview solitaire. Quand ils se retrouvent au milieu de la cour, sur le bord d’une route en attendant le bus, Aïssatou, Abou, Nazario, Astan, Salimata parlent de tout et de rien. Du beau film qu’ils sont en train de vivre, comédiens pour un jour dans une comédie qui leur ressemble. Veste de fourrure, lunettes de soleil, nœud papillon, Régis s’y voit déjà et son sourire fait plaisir à voir. Un beau swagger ! (*)

(*) Le terme Swag ou Swagg vient à l’origine du terme ‘Swagger’ en anglais qui signifie globalement « la manière de se présenter au monde avec confiance et avec style ». C’est la sophistication du style vestimentaire associé à une attitude « cool ». ( Merci à Dope Swagg )

  • Dans la même veine :

« Divines » de Houda  Benyamina

« Bande de filles » de Céline Sciamma

« La cité rose » de Julien Abraham

 

La  banlieue, gommée de ses a priori. Ils y vivent leur adolescence et claironnent un autre discours. Face à la caméra, frontalement, seuls, ils répondent à des questions que l’on n’entend pas. Des grands que l’on ne voit pas. Le documentaire gommé de ses artifices, de sa technique. Avec une pointe de fiction quand l’objectif se met à gambader entre les barres des HLM où des drones intergalactiques déchirent le ciel plombé. Et tout ce qui vient de se dire, en aparté. Du très commun, frappé au coin du bon sens d’une jeunesse déterminée, réaliste. Le sens des nuances et…
Le documentaire

Il y a beaucoup de choses qui tonnent et détonnent dans ce très beau documentaire loin des a priori du genre. L’intelligence spontanée de ces garçons et filles qui connaissent trop bien leur cité pour ne pas s’en méfier. Mais tout heureux aussi d’y vivre loin du moule formaté par la rumeur, les médias, l’actualité. Ce qu’évite à son tour Olivier Babinet qui explore une forme d’interview assez originale, solitaire, mais avec un répondant visuel qui allume encore un peu plus les yeux de tous ces jeunes. Plein de projets pour l’avenir (le rêve n’est plus de mise), ils profitent visiblement de ce temps de bonheur, de liberté et de vie que leur propose le réalisateur. Comédiens pour un jour dans une comédie qui leur ressemble.

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