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« Peu m’importe si l’histoire nous considère comme des barbares » de Radu Jude. Critique dvd

  • Date de sortie du DVD : 4 février 2020.—
  • Acteurs : Ioana Iacob, Alexandru Dabija, Alexandru Bogdan .—
  • Réalisateurs : Radu Jude . —
  • Audio : Roumain
  • Sous-titres : Français, Anglais
  • Studio : JHR Films
  • Durée : 139 minutes

L’histoire : En 1941, l’armée roumaine a massacré 20 000 Juifs à Odessa. De nos jours, une jeune metteuse en scène veut retranscrire cet épisode douloureux, par une reconstitution militaire, dans le cadre d’un évènement public. La mise en scène sera-t-elle possible ?

  • Film : 4/5
  • Bonus : 4/5

Maria une jeune artiste désire mettre en scène une période historique douloureuse que son pays édulcore : le massacre des juifs à Odessa par l’armée roumaine. Aujourd’hui plus ou moins occulté, l’événement pourrait faire l’objet d’une représentation public en vue d’une réhabilitation des faits.

La figure du maréchal Antonescu est particulièrement entachée par les reproches qu’elle adresse à ce passé peu glorieux, validé par les écrits de Goebbels .En 1941 le militaire nazi estimait que le maréchal avait dépassé en déportation les projets d’Hitler.

Le genre d’affirmation que l’attaché culturel de la ville (Alexandru Dabija) ne souhaite pas entendre. Et ce n’est pas la seule censure envisagée lors des nombreux entretiens engagé in-situ. Les discussions très animées et des scènes ad-hoc fixent les grandes lignes du spectacle qui sont autant de repères pour Radu Jude, pour son scénario et sa réalisation.

La belle originalité de ce cinéma d’intervention qui, du film au théâtre de  rue joue le double sens avec une parfaite unité de ton. Maria écrit l’Histoire, ses figurants l’accompagnent.

Pas un seul professionnel dans le lot, mais des civils de tout âge, au milieu desquels des vétérans contestent à leur tour, la vision de la jeune femme. Les empoignades sont franches, les positions tranchées, mais l’art réussit toujours in-extremis à conserver l’esprit de la reconstitution.

« Les Roumains incompétents tuaient plus vite qu’ils n’enterraient affirmaient les allemands » lance un brin provocante Maria pour galvaniser une répétition qui s’étiole sous les coups de boutoir des négationnistes.

C’est toute la responsabilité historique de ses pairs qu’elle engage au même titre que le cinéaste, tous deux confondus dans ce même élan patriotique que le censeur municipal freine à nouveau des quatre fers.

Il lui suggère plutôt de parler des crimes communistes « et surtout de ne pas horrifier les gens aux frais du contribuable. Faites quelque chose de beau, pas d’historique, quant à les éduquer quelle illusion !… ».

L’attaché culturel ne lâche pas son affaire : épique !

Un discours conforté par la réaction du publique qui prend souvent pour argent comptant, pillage et massacres, et applaudit franchement à l’incendie d’un baraquement où des juifs viennent d’être entassés.

Une scène qui n’est pas sans rappeler l’un des moments  mémorables de «  Requiem pour un massacre  » de Elem Klimov.

Maria a bien regardé «  son histoire en face. On est du côté des criminels pas des victimes ». Mais il semble que l’aveu soit encore difficile à entendre.

LES SUPPLEMENTS

  • « The Dead nation » de Radu Jude (87 mn) . Ce long métrage est essentiellement constitué des photographies prises dans la petite ville roumaine de Slobozia, entre 1930 et 1940. Une mine de renseignements iconographiques enrichie par la lecture du journal d’un médecin juif.

On suit sur ses écrits la montée de l’antisémitisme, ses ressorts, son ignominie, toute son horreur.

Ce qui heurte le plus, c’est la confrontation entre le paisible environnement du cadre photographique et la résonance des mots. Une démonstration éloquente de ce que peut nous laisser l’Histoire sur ces familles paisibles de la petite ville polonaise, qui pose sans se soucier semble-t-il de la bête brune qui hante maintenant leurs contrées.

Extraits du journal :

« Des enfants de Juda élevés sous notre aile se réjouissent dans la rue, regardez les rire alors que notre patrie saigne… »

Alors que le médecin note  « les mensonges de la radio romaine qui attise la haine » il suit la remarque d’un commentaire horrifié : « Je peux comprendre que la frustration pousse l’armée à la cruauté, mais tuer dans un paisible village des juifs rassemblés pour un enterrement est d’une inconcevable sauvagerie ».

  • « La mise à mort du maréchal Antonescu » (9 mn).Elle a été filmée en 1946 par Ovidiu Gologan. En 1994 Sergiu Nicolaescu réalise «  The Mirror » un biopic dans lequel il tente de le réhabiliter l’ancien homme fort du pays.

Ce court métrage compare les deux exécutions …

Date de sortie du DVD : 4 février 2020.--- Acteurs : Ioana Iacob, Alexandru Dabija, Alexandru Bogdan .--- Réalisateurs : Radu Jude . --- Audio : Roumain Sous-titres : Français, Anglais Studio : JHR Films Durée : 139 minutes L'histoire : En 1941, l’armée roumaine a massacré 20 000 Juifs à Odessa. De nos jours, une jeune metteuse en scène veut retranscrire cet épisode douloureux, par une reconstitution militaire, dans le cadre d’un évènement public. La mise en scène sera-t-elle possible ? Film : 4/5 Bonus : 4/5 Maria une jeune artiste désire mettre en scène une période historique douloureuse que son pays édulcore : le massacre…
Le film
Les bonus

Pour rappeler à ses concitoyens l’Histoire de son pays pendant la seconde guerre mondiale, et l’attitude des roumains vis-à-vis de la question juive, le réalisateur Radu Jude use d’un scénario diaboliquement malin. Il dirige une jeune metteuse en scène souhaitant reconstituer sur la place publique le massacre d’Odessa. Autour du Maréchal Antonescu, responsable de la mort de milliers de juifs s’organise une répétition dans laquelle certains vieux de la vieille remettent en cause la vision de l’artiste. Marina doit ainsi lutter contre le pouvoir masculin, et une mémoire toujours aussi défaillante pour des faits avérés. Un attaché culturel de la ville se mêle d’apporter sa contribution au débat, arguant que des massacres il y en a toujours eu, et qu’il y en aura encore. Alors à quoi bon se focaliser sur celui d’Odessa ? C’est tout le combat de la metteuse en scène qui réussit à mener son projet jusqu’à la représentation publique. Mais là encore elle n’est pas au bout de ses peines. C’est pourtant bien là que le réalisateur souhaitait l’entraîner, instituant la création dans la création pour donner à partir de la théâtralité du faux une vérité historique. C’est extrêmement bien fait et bien interprété.

AVIS BONUS Un court métrage sur l'exécution du maréchal Antonescu, et un long métrage sur le témoignage photographique des années 30 dans un petit village roumain, mis en parallèle avec les écrits d'un médecin juif. C'est glaçant...

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