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« Manille » de Lino Brocka . Critique cinéma

Synopsis: Julio, 21 ans, quitte son village afin de retrouver sa fiancée, Ligaya à Manille,où du travail l’attendait. Elle a cessé de donner des nouvelles. Bientôt à court d’argent, il se fait embaucher comme ouvrier sur un chantier. Julio découvre peu à peu l’univers du sous-prolétariat à Manille entre prostitution, corruption et pauvreté extrême…

La fiche du film

Le film : "Manille"
De : Lino Brocka
Avec : Hilda Koronel, Bembol Roco
Sortie le : 07/12/2016
Distribution : Carlotta Films
Durée : 125 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film
  • D’après le roman d’Edgardo Reyes « Dans les griffes du néon »

Pour Lino Brocka, Manille « attire les provinciaux comme des papillons de nuit qui viennent se brûler aux lampes ». Un Sodome et Gomorrhe des temps modernes où le vice est à chaque coin de rue.

On considère ce film comme l’un des meilleurs de la cinémathèque philippine. Possible. Il est révélateur d’un état d’esprit à la fois esthétique et social qui donne de la période dictatoriale de Marcos un aperçu édifiant. En prime, les bruits de la rue, le vrombissement des voitures, le harcèlement des machines accompagnent des  images très expressives, particulièrement celles de la nuit. La musique, parfois criarde, participe à cet univers sonore, cette descente aux enfers pour un jeune garçon à la recherche de sa fiancée partie travailler dans la grande ville.

Le reflet du miroir aux alouettes renvoie Julio vers des communautés d’ouvriers qui bien que miséreux et exploités, se serrent les coudes pour sceller l’amitié et la solidarité. « Le plaisir va de pair avec les souffrances » dit l’un d’entre eux en racontant comment de riches personnes ont confisqué la terre de ses parents. « Nous n’avions aucun document, eux ils en avaient, mon père a résisté, on lui a tiré dessus et depuis il est paralysé ».

Un couple qui ne s'est jamais reformé, ou alors à la sauvette, en secret...
Un couple qui ne s’est jamais reformé, ou alors à la sauvette, en secret…

La maltraitance est de tous les plans, ou presque, pour les femmes en particulier, encore plus vulnérables. Mais aussi, les ouvriers renvoyés à la fin du chantier. Ils ne peuvent plus y dormir, c’est le retour à la rue.

Julio qui s’est jeté dans la gueule du loup comprend que la bête sera toujours plus forte que lui. Son amie est prisonnière d’un système dont les codes lui sont étrangers : les bas-fonds de Manille grouillant de voyous et de voyeurs, ses milieux interlopes où la prostitution masculine plus discrète que son homologue féminin n’en demeure pas moins un commerce libidineux.

Brocka en parle autant qu’il le montre, une autre façon de mettre en scène dont le pouvoir suggestif est assez impressionnant. Voir et entendre la manière dont Lugalia raconte son arrivée à Manille, une confession d’une puissance émotionnelle très dure pour dire l’impuissance et la soumission des petites gens.

C'est alors le bon temps dans ce village de pêcheurs qu'ils n'auraient jamais dû quitter
Le bon temps dans ce village de pêcheurs qu’ils n’auraient jamais dû quitter

Hilda Koronel, l’actrice fétiche de  Brocka ne force pas son talent pour assumer le poids de cet héritage dans un pays qui dit-on doit beaucoup au réalisateur lors de la chute du du dictateur. Son amoureux Rafael Roco Jr pour la première fois à l’écran est exceptionnel. Il deviendra bientôt une star du cinéma philippin sous le nom de Bembol Roco.

 

 

D’après le roman d’Edgardo Reyes « Dans les griffes du néon » Pour Lino Brocka, Manille « attire les provinciaux comme des papillons de nuit qui viennent se brûler aux lampes ». Un Sodome et Gomorrhe des temps modernes où le vice est à chaque coin de rue. On considère ce film comme l’un des meilleurs de la cinémathèque philippine. Possible. Il est révélateur d’un état d’esprit à la fois esthétique et social qui donne de la période dictatoriale de Marcos un aperçu édifiant. En prime, les bruits de la rue, le vrombissement des voitures, le harcèlement des machines accompagnent des  images très expressives, particulièrement…
Le film

Orphée et Eurydice, le mythe que l’on rejoue dans les bas fonds de Manille où Julio recherche désespérément son grand amour. Le message politique et social de Brocka n’a rien perdu de sa vigueur dans une mise en scène dont la beauté, la puissance contrastent avec un regard sans équivoque sur les bas-fonds de la capitale philippine. La maltraitance est de tous les plans, ou presque, pour les femmes en particulier, encore plus vulnérables. Mais aussi les ouvriers renvoyés à la fin du chantier. Ils ne peuvent plus y dormir, c’est le retour à la rue. Si la solidarité ne manque pas un instant, la soumission et l’abandon scellent le destin de cette population. Loin de son petit village de pêcheurs, ignorant les codes de la grande ville, le héros devient imprudent, maladroit, dans un monde où il faut se prévenir du moindre faux pas. Hilda Koronel, et Rafael Roco Jr (Bembol Roco, par la suite) , le duo est parfait .

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