L'éventail de Lady Windermere

[Critique DVD] L’éventail de Lady Windermere

La Lady en question vit dans l'insouciance jusqu'au jour où elle apprend que son mari remet de l'argent à une aventurière au passé scandaleux. Sur l'idée théâtrale d'Oscar Wilde, Lubitsch sans dialogue ( il fallait le faire ) en rajoute dans la tartuferie et la critique sociale

Un film d’Ernst Lubitsch d’après une pièce d’Oscar Wilde (1925)
Sortie le 7 septembre 2010
Le film : ★★★★☆ Les bonus : ★★★★☆

Avec : May McAvoy (Lady Windermere), Irene Rich (Mrs Edith Erlynne), Bert Lytell (Lord Windermere), Ronald Colman (Lord Darlington), Edward Martindel (Lord Augustus)

Il y a d’abord une histoire à tiroirs qui en quelques plans et moins de cinq minutes vous situe parfaitement l’enjeu de ce marivaudage. Et puis, une caméra judicieuse,  au plus près des comédiens, qui en l’absence de dialogues, font montre de toute leur compétence afin de restituer le verbe et son complément. J’ai particulièrement apprécié ,Irene Rich qui n’a pas forcément le rôle le plus facile .Laisser parler les corps, les mouvements. Une mimique, une œillade, un plissement du front, un regard qui s’attarde, il en faut du talent pour susciter ainsi l’émotion, la crainte, l’envie.

Et ici les hommes et les femmes n’en manquent pas, qui sur un quiproquo pour les uns, une attention déviante pour les autres, se retrouvent au cœur d’une mauvaise farce, d’une comédie amère. Quand Lord Windermere est contacté par une mystérieuse Lady Erlynne, ( peut-être une intrigante, de mauvaise  réputation, c’est certain ) qui prétend être la mère, disparue, de sa jeune épouse, elle-même courtisée par un autre dandy , c’est toute la bonne société anglaise qui se prend les pieds dans le tapis , avec les encouragements d’Oscar Wilde, l’auteur de la pièce originelle . Le mari tait la nouvelle à son épouse qui se méprend alors de son étrangement comportement , vis à vis d’une femme que tout le monde répudie. Et à qui il fait des chèques !

La belle confrontée aux regards de la bonne société

Lubitsch en rajoute par une mise en scène aux décors grandiloquents, des appartements hauts de plafond (et les portes alors !) histoire peut-être de rapetisser un peu, ce  monde qui se croit si grand. Et pourtant si minable de mesquineries et de tartuferies paumadées. Et comment démêler le vrai du faux , d’une intrigante supposée à une véritable mère ?

Dans le silence de l’époque, le piano accompagne malicieusement les imaginations visuelles du réalisateur ; ce sont des scènes merveilleuses comme celles du champ de course ou de l’oubli du fameux éventail sur le canapé d’un célibataire. Avec le recul il semble incroyable que l’adaptation de la scène au cinéma muet soit une telle réussite ( une gageure !) , et que le fond social du propos d’Oscar Wilde soit aussi bien tendu. On y parle de rejet, d’exclusion, et de bêtise toute pure, avec une  condescendance presque feinte.  Ernst Lubitsch était un sacré voyeur.  Son film, un grand régal.

_COMPLEMENTS DVD

- LUBITSCH, le patron (52 minutes)

Ernst Lubitsch fut quasiment l’inventeur de ce que l’on appelle aujourd’hui la comédie américaine. Pour préserver sa patte de metteur en scène, baptisée la Lubitsch touch, il ne trouva qu’un moyen : être le patron à toutes les étapes de réalisation de ses projets.

Ce film perce avec détails et plusieurs spécialistes les secrets de cette Lubitsch touch, en évoquant précisément son travail à chaque phase de fabrication de son oeuvre. Fils d’un tailleur , on parle alors de haute-couture et de patron  ( la forme à venir d’un costume ) taillé sur mesure . Un excellent documentaire.

- OSCAR WILDE, de la scène à l’écran (7 minutes)

Conversations avecGeneviève Casile , comédienne qui interpréta il y a quelques années Lady Erlynne au théâtre. Son point de vue est fort intéressant.

Version originale sous-titrée en français et en anglais

15€

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