- 1h 54min
- Drame
- Par Oliver Laxe, Santiago Fillol
Acteurs : Bruno Núñez Arjona, Joshua Liam Herderson, Richard ‘Bigui’ Bellamy, Sergi López, Stefania Gadda
- Sous-titres : : Français
- Langue : Espagnol, Français
- Studio : Pyramide Vidéo
Cannes 2025, Prix du Jury
L’histoire : Au cœur des montagnes du sud du Maroc, Luis, accompagné de son fils Estéban, recherche sa fille aînée qui a disparu. Ils rallient un groupe de raveurs en route vers une énième fête dans les profondeurs du désert.
Si les étoiles n’apparaissent pas, reportez-vous à la fin de l’article
La quête familiale au cinéma est déjà bien perçue dans « Les Cowboys » de Thomas Bidegain. Une jeune femme radicalisée, s’évanouit dans la nature. Sa famille part à l’aventure .
Ici on ne sait rien de l’absence . Et la démarche est tout autre. Luis recherche sa fille aînée, disparue depuis cinq mois. En compagnie de son fils Esteban, encore minot, c’est dans les rave parties étrangères que ses pas le conduisent.
Le Maroc, son désert, terre incertaine, à mille lieues de ses certitudes et du monde qu’il va croiser. Des teuffeurs, des raveurs dont le réalisateur introduit les codes de manière sidérante.
On s’interroge ici sur la notion de danse, hypnotique jusqu’à la transe .Le même rythme, le même son, monocorde, jusqu’à l’obsession. Celle de Luis est bien différente et pourtant elle va se fondre dans cette communauté bienveillante, qui après de nombreuses préventions, l’accepte dans son nouveau périple .
Une autre fête, encore plus loin, aux confins de la Mauritanie, là où la frontière avec le Maroc est peu sûre. Luis n’imagine pas un instant ce qu’il va endurer, les ennuis mécaniques, les chemins escarpés à flan de montagne pour éviter les contrôles militaires, les rivières à franchir dans sa petite voiture , nullement tout terrain.
Luis n’imagine pas , c’est déjà un autre homme que celui qui errait dans la rave, la photo de sa fille à la main. Sergi Lopez, au sommet de son art. Entraide, solidarité, amitié, l’horizon s’élargit, sans partis pris , ni jugement .
C’est une remise en question fracturée par des aléas dramatiques, qui s’inscrivent dans la continuité de ce road-movie sans repère, ni balise, pour une expérience sensorielle, inédite, inattendue.
Crispante dans ce final aussi terrible que magnifique, ultime étape où chacun trouvera « l’inaccessible étoile » comme le chantait Jacques Brel.
« Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d′une possible fièvre
Partir où personne ne part » …
LES SUPPLEMENTS
- Entretien avec Oliver Laxe (22 min) – La vie ne te donne pas ce que tu cherches, mais ce dont tu as besoin . L’idée du film tourne un peu autour de ça …
« Un imaginaire que j’avais (…) les premières versions étaient radicalement ésotériques , le voyage physique était présent , mais moins que le métaphysique . (… ) Bien qu’il n’y ait pas beaucoup de dialogues c’est un scénario que l’on a travaillé pendant plus de dix ans ».
« Une tempête de sable que l’on n’attendait pas, cadeau, on filme , mais on casse plusieurs optiques . (… ) On voulait de vrais teuffeurs, pas des gens qui se déguisent le Week end, mais que ce soit leur mode de vie »
« Je ne donne pas forcément du sens à toutes mes images, je m’arrête à temps, et si le spectateur se pose des questions c’est qu’on a fait du mauvais boulot».
- Entretien avec Sergi López (13 min) « En lisant le scénario, je suis dérouté, et je voyais un film qui allait ressembler à aucun autre. (… ) On a beaucoup répété et une fois dans le vrai désert, la chaleur, la soif, les tempêtes, ça nous a nourris »
Il est le seul acteur professionnel . En parlant de ses partenaires du moment il salue leur sens du collectif et leur savoir-faire écologique , « une conscience collective très forte… »

- Sur le tournage de Sirāt, entretiens avec l’équipe du film (16 min) – Le réalisateur évoque l’histoire et l’esprit des raveurs face à ce qu’ils estiment être l’effondrement du monde . L’utilisation de la musique , vers quoi elle mène , la culture rave , mouvement alternatif né après 68 nous explique-t-on
Sergi Lopez s’interroge une fois encore sur son métier , « croire que c’est vrai alors que l’on sait que tout est faux , on a simplement besoin d’inspiration » Il le dit avec beaucoup de conviction et joint le geste à la parole. Quelle santé !
Le gamin Bruno Núñez Arjona ,lui aussi parle très bien de son métier d’acteur et de la peur qu’il a rencontrée, la cachant à ses parents qui étaient vraiment inquiets ( montagnes, précipices … )
Le film
Les bonus
Le Sirat, c’est un passage étroit, entre l’enfer et le paradis. Celui que s’apprête à franchir presque logiquement des hommes et des femmes pour qui l’horizon s’apparente à la fin du monde . A leurs yeux, dans le chaos économique du moment, elle est proche. Ils s’y préparent, au cœur de fêtes électroniques, où la transe les emporte dans cet ailleurs paradisiaque possible.
Luis et son fils Esteban complètement étrangers à cet univers vont les rejoindre . A l’origine , c’est pour chercher la fille aînée qui a disparu depuis des mois. Mais au fil du périple, vers une autre fête, plus lointaine, à la frontière de la Mauritanie, le voyage s’annonce tout autre.
Telle une remise en question fracturée par des aléas dramatiques, qui s’inscrivent dans la continuité de ce road-movie sans repère, ni balise. L’expérience devient sensorielle, inédite, inattendue.
On s’immerge ou pas , on les suit ou pas, mais l’issue ne peut nous laisser indifférent . Elle est crispante, terrible, magnifique, dans cette ultime étape où chacun trouvera « l’inaccessible étoile » comme le chantait Jacques Brel.
On n’en ressort pas indemne.
AVIS BONUS
Beaucoup de bonnes choses dans les commentaires de l’équipe, notamment sur l’esprit de la culture rave ou la raison d’être acteur selon Sergi Lopez très en verve dans son intervention


