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« Cold War » de Pawel Pawlikowski. Critique cinéma

Synopsis: Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.

La fiche du film

Le film : "Cold War"
De : Pawel Pawlikowski
Avec : Joanna Kulig, Tomasz Kot
Sortie le : 24/10/2018
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 87 Minutes
Genre : Drame, Romance
Type : Long-métrage
le film

Ce retour aux années noires du bloc de l’Est (bientôt l’excellent « Leto » de Kirill Serebrennikov) fleure la nostalgie, à défaut de situer une réelle perspective sociale ou politique, dans une mise en scène éminemment esthétique.

Depuis « Ida » Pawel Pawlikowski maîtrise sa palette en noir et blanc pour en accentuer les contrastes et raviver le souvenir. Une technique à nouveau déployée cette fois au service d’un romantisme cafardeux.

Sélectionnée par les responsables d’une école nationale de musique populaire, Zula intègre un système où sa beauté et son indépendance d’esprit heurtent l’inflexible ambiance. Mais Wiktor, le pianiste et directeur artistique des lieux, a repéré cette jeune femme dont il tombe éperdument amoureux.

Dans la froideur des paysages polonais, un couple se forme, discret, éperdu d’une liberté que le pays leur refuse. La guerre froide interdit tout déplacement hors du bloc soviétique où Zula se produit de plus en plus régulièrement.

Elle danse follement à l’image de ce corps qui ne demande qu’à s’évader, sous le regard complice de son amant qui lui aussi rêve de l’ailleurs occidental.

Pawel Pawlikowski les filme tout en retenue et donne à leurs élans les premiers accents de cet occident désespéré, où ils vont se retrouver et se perdre par trop d’illusions contenues. Aux années de plomb tendues sur une toile de fond indistincte succède la tendre insouciance d’une France qui s’éveille au be-bop.

Zula danse encore mais cette fois loin du folklore de son pays, dans l’ivresse du jazz et de ses tourbillons où l’alcool et l’abandon l’entraînent dans un mauvais rêve.  A nouveau prisonnière d’une idéologie peu conforme à sa culture et à ses racines qu’elle imaginait tout autre.

Pawel Pawlikowski les révèle dans le déchirement d’un amour qui paraît impossible. Quelle que soit la frontière. A la volonté indestructible de la jeune femme répond la retenue d’un homme sombre et secret. « J’ai confiance en moi, pas en toi » lui dira-t-elle comme un au revoir à tous leurs espoirs déçus.

Et pourtant nous dit le cinéaste l’amour existe, et demeure le plus fort. C’est un dernier appel sans issue, l’ultime consécration pour deux êtres emportés par l’interprétation sans équivoque de Joanna Kulig et Tomasz Kot. Ils se fondent dans le très beau noir et blanc avec grâce et distinction. Ils nous évitent le mélo. Le pathétique.

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Cannes 2018 : Prix de la mise en scène .-  Ce retour aux années noires du bloc de l’Est (bientôt l’excellent « Leto » de Kirill Serebrennikov) fleure la nostalgie, à défaut de situer une réelle perspective sociale ou politique, dans une mise en scène éminemment esthétique. Depuis « Ida » Pawel Pawlikowski maîtrise sa palette en noir et blanc pour en accentuer les contrastes et raviver le souvenir. Une technique à nouveau déployée cette fois au service d’un romantisme cafardeux. Sélectionnée par les responsables d’une école nationale de musique populaire, Zula intègre un système où sa beauté et son indépendance d’esprit heurtent l'inflexible ambiance.…
le film

S’il nous parle des années de plomb, Pawel Pawlikowski en fait surtout un décor, une toile de fond sur laquelle se pose l’histoire émouvante et romantique de deux êtres qui pensaient pouvoir s’aimer dans la patrie de Victor Hugo. Zula et Wiktor se sont unis secrètement derrière le rideau de fer, à l’abri des interdictions avant de franchir l’impossible et de se retrouver pleinement libres et malgré tout contraints par une culture à laquelle Zula n’arrive pas à s’adapter. C’est le déracinement plus que le désamour que filme dans un noir et blanc à l’esthétique irréprochable un cinéaste peu enclin à reprendre l’Histoire là où le mur s’est arrêté. Un choix narratif qui édulcore un brin la puissance de sa mise en scène. L’interprétation de Joanna Kulig et Tomasz Kot est sans reproche. Ils nous évitent le mélodrame. Le pathétique.

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