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« Trois couleurs : Bleu » de Krzysztof Kieslowski. Critique Blu-ray

Synopsis: Après la mort de son mari Patrice, un grand compositeur, et de leur fille Anna dans un accident de voiture, Julie commence une nouvelle vie, anonyme et indépendante. Olivier, l'assistant de Patrice, amoureux d'elle, tente de la sortir de son isolement en terminant le Concerto pour l'Europe, laissé inachevé par le compositeur.

La fiche du film

Le film : "Trois couleurs - Bleu"
De : Krzysztof Kieslowski
Avec : Juliette Binoche, Hélène Vincent
Sortie le : 08/09/1993
Distribution : Potemkine Films
Durée : 100 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film
Les bonus
  • De la trilogie « Bleu »-« Blanc-« Rouge » . –
  • DVD : 07 décembre 2021.-
  • Mostra de Venise 1993Lion d’Or. Meilleure actrice Juliette Binoche. Meilleure photographie :Slawomir Idziak . –

Trente ans bientôt. J’avais oublié ce genre de film dont je ne retrouve pas trace aujourd’hui dans une filmographie contemporaine. Très conceptuel dans son projet, celui d’une trilogie sur la devise républicaine, Krzysztof Kieslowski aborde en premier lieu la liberté à travers l’émancipation d’une jeune veuve, après un accident de voiture.

Julie disparait du jour au lendemain, laissant sans nouvelle ses proches, fuyante, indépendante. Elle revit un autre monde et délaisse tout de son histoire ancienne. Au point de jeter à la poubelle les partitions inachevées de son mari Patrice, un célèbre compositeur, qui travaillait sur une pièce sublimant l’Europe.

Un joueur de flûte (Jacek Ostaszewski) dans la rue reprend le morceau, étrangement, mais l’œuvre demeure à jamais disparue. Son assistant Olivier (Benoit Régent) tente de la reprendre dans l’esprit originel pour ramener auprès de lui celle qu’il aime et qui pour l’heure se nourrit d’une autre vie.

Des rencontres, des femmes surtout, comme sa voisine Lucille (Charlotte Véry) à l’existence légère, au comportement douteux à ses yeux, mais si libre, si vraie. Krzysztof Kieslowski en esquisse seulement les contours mais l’approche formelle de sa mise en scène accentue l’émotion.

L’histoire racontée à demi-mots, dans un cadre dédoublé souvent, où les images se voilent, les portraits s’effacent, participent à ce procédé narratif délaissé de nos jours. Les intentions y sont plus intenses, la narration plus expressive. Agnieszka Holland est co-scénariste.

Une vision paradoxale de la réalisation que Juliette Binoche porte déjà à cette époque avec une intelligence et un panache discret. Elle exprime autant du regard que de la voix et donne ainsi à son personnage toute l’étrangeté et la force requise.

Comment le joueur de flûte a-t-il pu connaître une partition encore inachevée, jamais publiée.

Qu’elle porte attention à la copiste de son mari (Florence Vignon) ou secours à sa vieille mère en maison de retraite, Julie exalte le droit de vivre en toute circonstance. Ce que Kieslowski exprime magnifiquement auprès de Zbigniew Preisner l’auteur de cette ode chorale à l’Europe, auréole sur le « Bleu » de sa trilogie. A la liberté, l’espoir se mêle.

LES SUPPLEMENTS

  • Entretien avec Martin Karmitz- En évoquant le rôle du cinéma dans la société, le producteur dit avoir « toujours cherché les caractères humanistes chez les réalisateurs. Le projet de Kieslowski avec -La double vie de Véronique- sur -Liberté, égalité, fraternité- me concernait au plus haut point. Moi l’émigré, et au moment de la chute du mur de Berlin. (…) Tout un schéma de l’Histoire de l’Europe s’est transformé, et je voulais voir comment les artistes allaient répondre à ça ».

  •  Le regard d’Alain Martin  – Le journaliste écrivain, spécialiste de Krzysztof Kieslowski évoque les origines du réalisateur polonais dans le réalisme socialiste inhérent à son époque. « Pour s’y opposer, pour montrer la vraie Pologne, il se tourne vers le documentaire ».

Un exercice qu’il met si bien à profit que ses interlocuteurs se mettent souvent en danger, et lui avec eux. Kieslowski a lui-même bloqué certaines réalisations pour que la censure et la police ne s’en emparent.

Il se tourne alors vers la fiction et débute avec « Le décalogue ». « Il a toujours été attentif aux autres, à ses personnages, et aux seconds rôles comme on peut le voir par exemple dans -Bleu- » poursuit Alain Martin qui passe en revue « quelques bricolages artistiques » dont le réalisateur était coutumier.

  • Une leçon par le maître- « Que veut dire cette obsession des gros plans ? » interroge Krzysztof Kieslowski en ouverture de ce chapitre où il se concentre sur la scène du morceau de sucre au-dessus de la tasse de café. La réponse il la donne en expliquant la technique de prise de vue. Ahurissant (5,5 secondes pour qu’il s’imprègne, pas 3, pas 8…) passionnant. Un assistant passera une demi-journée pour arriver au bon chronométrage.
  • Les commentaires de Juliette Binoche-Sur des scènes qu’elle commente, la comédienne raconte la bonne entente avec le réalisateur « une relation toujours directe » avec qui elle était pressentie pour « La double vie de Véronique ».

Mais retenue pour « Les Amants du Pont Neuf » elle décline et dit tout le bonheur de voir Irène Jacob à sa place. Pour le projet de la trilogie, elle hésite un instant avec la proposition de Spielberg en préparation pour « Jurassic Park », « mais au dinosaure j’ai préféré l’être humain. (…) J’avais toujours l’impression qu’il avait entièrement le film dans sa tête. Il me guidait beaucoup au point que parfois je lui disais tu ne peux pas me laisser jouer. (…) Il était très ouvert, très facile de travailler avec lui ».

  • Jacques Witta, monteur. Il parle très bien de son travail et du rapport qu’il a avec les autres techniciens sur la lumière, les couleurs… « Krzysztof Kieslowski changeait de chef opérateur à chaque fois, pour une autre humeur, une autre ambiance ».

Sur la trilogie il remarque aussi le souci du réalisateur de travailler collectivement. « On faisait des projections avec l’équipe, et qu’elle émette ses avis sur les différents montages. C’est agréable de travailler ainsi, et pour -Bleu- je crois avoir monté une quinzaine de versions différentes ».

De la trilogie "Bleu"-"Blanc-"Rouge" . - DVD : 07 décembre 2021.- Mostra de Venise 1993 :  Lion d'Or. Meilleure actrice Juliette Binoche. Meilleure photographie :Slawomir Idziak . - Trente ans bientôt. J’avais oublié ce genre de film dont je ne retrouve pas trace aujourd’hui dans une filmographie contemporaine. Très conceptuel dans son projet, celui d’une trilogie sur la devise républicaine, Krzysztof Kieslowski aborde en premier lieu la liberté à travers l’émancipation d’une jeune veuve, après un accident de voiture. Julie disparait du jour au lendemain, laissant sans nouvelle ses proches, fuyante, indépendante. Elle revit un autre monde et délaisse tout…
Le film
Les bonus

Bleu est la première composante de la trilogie imaginée par Kieslowski autour de la devise républicaine (Liberté, égalité, fraternité) mais aussi dans ce premier volet celle d’une Europe en voie de construction. Il l’évoque à travers la femme d’un compositeur décédé récemment dans un accident de voiture avec sa fille. Elle va à la fois s’enfermer dans son monde en allant vivre à l’écart de ses proches, et découvrir un autre univers, des gens plus simples, très certainement, qui vont lui apprendre autrement la vie. Krzysztof Kieslowski esquisse les contours de toutes ses rencontres, des femmes surtout, mais l’approche formelle de sa mise en scène accentue chaque fois l’émotion. L’histoire racontée à demi-mots dans un cadre dédoublé souvent, où les images se voilent, les portraits s’effacent, participent à ce procédé narratif délaissé de nos jours. Les intentions y sont plus intenses, la narration plus expressive. Dans un tel cadre, Juliette Binoche pose avec intelligence et un panache discret. Elle exprime autant du regard que de la voix et donne ainsi à son personnage toute l’étrangeté et la force requise.

AVIS BONUS Du réalisateur à la comédienne principale, via l’avis des spécialistes, et d’un technicien (le monteur Jacques Witta) il n’y a que du plaisir à découvrir les secrets et les articulations d’un tel film.

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