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« Primaire » de Hélène Angel. Critique cinéma

Synopsis: Florence est une professeure des écoles dévouée à ses élèves. Quand elle rencontre le petit Sacha, un enfant en difficulté, elle va tout faire pour le sauver, quitte à délaisser sa vie de mère, de femme et même remettre en cause sa vocation.

La fiche du film

Le film : "Primaire"
De : Hélène Angel
Avec : Sara Forestier, Vincent Elbaz
Sortie le : 04/01/2017
Distribution : StudioCanal
Durée : 105 Minutes
Genre : Comédie dramatique
Type : Long-métrage
Le film

Le genre de film dont je me méfie. Un brin corporatiste, enfermé sur lui-même, aucune ouverture. Les intéressés y trouvent leur compte, les autres sont des laissés pour compte. Ces remarques, ces pièges, la réalisatrice Hélène Angel les évite assez bien en s’appuyant sur une histoire « presque vraie » aux ramifications insoupçonnées.

Florence, l’héroïne, se demande s’il est normal qu’un adulte passe toute une journée, seul, avec des enfants . Chacun est une particularité, chaque personne une singularité. Le mélange des genres amène la cinéaste à pénétrer dans un univers dont le huis-clos formaté par l’institution se fissure au fur et à mesure que les comportements n’ont plus rien à voir avec l’éducation, et le sens civique du lieu.

Quand la responsabilité d’une enseignante est par exemple confrontée à son devoir de femme, de mère et de citoyenne à part entière. Quand ses mots ne trouvent plus d’écho face à la détresse sourde et muette d’un garçon venu pour quelques heures dans sa classe. Délaissée par sa mère, Sacha est en dehors du système, seul et abandonné, autonome du n’importe quoi. Sa maman lui laisse de l’argent et puis basta, débrouille-toi ! Ghillas Bendjoudi  est juste, suprenant. Il mange « des chips au barbecue » et le reste l’indiffère. Ses vêtements sentent mauvais. Sacha pue.

Toute une vie au coeur du système expliquera très intelligemment la prof au monsieur venu l’inspecter…

L’école, la place du discours de Florence, est-elle celle de ce gamin que les autres vont rejeter ? Surtout Denis, son fils qui voit d’un très mauvais l’œil l’attention de sa mère pour cet étranger. Ce que Téchiné racontait déjà dans « Quand on a dix-sept ans » prend une autre dimension à l’âge du CM 2, des jalousies terribles, et du cordon dont on ne sait plus quoi faire.

Denis ( magnifique Albert Cousi ) est un petit bonhomme, sympathique, farceur, joueur, mais Sacha est quasiment son contraire. Sacha cherche une mère que Denis rejette à force de la voir tous les jours sur les bancs de l’école. Pas facile d’avoir une maman institutrice quand le métier du papa l’envoie très loin. L’évasion, l’exotisme, voilà à quoi il pense quand sa maman -maîtresse s’escrime à l’ignorer, quand il lève la main, « parce que je sais que tu sais ».

Florence préfère s’arrêter sur le malaise. Venir en aide au plus démuni, elle n’en finit pas de rabâcher auprès des enfants en difficulté. Un travail exténuant, pierre angulaire de toute une vocation comme l’affirme l’héroïne haut et fort, et violemment devant ses collègues, plus distants, plus indifférents à l’événement. L’enseignement n’est pas qu’une question de vacances scolaires rappelle perfidement la réalisatrice qui à force de vouloir bien faire, en rajoute un peu sur le pathétique et l’angélisme de certaines situations.

C’est pourquoi la venue du livreur de pizzas dont je vous laisse découvrir la portée, est salvatrice. Pour le spectateur, mais aussi pour l’équilibre de l’héroïne. Vincent Elbaz s’amuse comme un petit fou dans ce personnage qui a bien vite compris où pouvait mener l’engagement personnel d’une femme étouffée sous les cris et les bagarres, et les vannes Carambar qui n’en finissent pas.

Sara Forestier qui renoue un peu avec la femme de « La Tête haute » d’Emmanuelle Bercot ne baisse jamais la garde, bravache et convaincue de l’intérêt de sa mission. Une comédienne qui se retrouve totalement dans cet engagement qui semble  dépasser le cadre du grand écran. Ce qui la rend éblouissante.

 

Le genre de film dont je me méfie. Un brin corporatiste, enfermé sur lui-même, aucune ouverture. Les intéressés y trouvent leur compte, les autres sont des laissés pour compte. Ces remarques, ces pièges, la réalisatrice Hélène Angel les évite assez bien en s’appuyant sur une histoire « presque vraie » aux ramifications insoupçonnées. Florence, l’héroïne, se demande s’il est normal qu’un adulte passe toute une journée, seul, avec des enfants . Chacun est une particularité, chaque personne une singularité. Le mélange des genres amène la cinéaste à pénétrer dans un univers dont le huis-clos formaté par l’institution se fissure au fur et à mesure…
Le film

L’école n’en finit pas, à juste titre, de fournir au cinéma des sujets de réflexions inépuisables. L’école, donc l’éducation que la réalisatrice place ici au cœur d’une thématique aux ramifications parfois inattendues. En déviant le cours de sa trajectoire professionnelle, Florence, une professeure des écoles va se consacrer énormément à un élève qu’elle trouve particulièrement en difficulté. Florence a pourtant déjà beaucoup donné auprès de ses petits pensionnaires parmi les plus démunis, mais cette fois sa passion, son engagement sont confrontés à son devoir de femme, de mère et de citoyenne à part entière. Un nouveau combat qu’elle engage au milieu d’un univers qui n’est pas forcément prêt à la suivre à cent pour cent. Ses collègues, ses proches mais aussi son gamin qui lui reproche secrètement d’avoir adopté un autre enfant. Pour dire tout le bien qu’elle pense du corps enseignant, qui n’est pas seulement une question de vacances scolaires, rappelle-t-elle assez perfidement, la réalisatrice tire un peu parfois sur la corde qui pourtant jamais ne cède. Sara Forestier est trop solide dans son interprétation, un engagement total qui semble dépasser le cadre du grand écran. Ce qui la rend éblouissante.

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