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« Menocchio » de Alberto Fasulo. Critique cinéma

Synopsis: Italie. Fin du XVI ème. Menocchio, meunier têtu et autodidacte d’un petit village perdu des montagnes du Frioul est accusé d’hérésie pour avoir défendu ses idéaux de pauvreté et d’amour. Menocchio raconte le combat d’un homme contre le pouvoir en place.

La fiche du film

Le film : "Menocchio"
De : Alberto Fasulo
Avec : Marcello Martini, Maurizio Fanin
Sortie le : 17/04/2019
Distribution : Rouge Distribution
Durée : 103 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Filmer avec une telle exigence, une telle endurance. A l’image du calvaire de ce pauvre homme riche de ses idées, de sa foi, de son obstination. Aux yeux de la hiérarchie romaine,  Menocchio est un meunier analphabète. Elle dépêche cependant deux émissaires chargés de faire la lumière sur le rayonnement de cet homme au cœur de son petit village oublié dans le Frioul.

Un abandon qui a peut-être facilité son discours . Peu conforme à la religion officielle, il a contaminé toute la vallée et les montagnes alentours. Une aisance qui étonne les envoyés du Pape. Les dignitaires des lieux ont fermé les yeux et surtout les oreilles, leur reprochent-ils.

Dissension au sein de l’inquisition dans laquelle s’immisce avec une acuité insistante Alberto Fasulo. A l’exigence de sa démarche il requiert une attention de tous les instants. Pour tous ces gens prisonniers d’un système qu’il enferme encore un peu plus dans un cadre restreint, inamovible, silencieux. Sans avenir…

Les sillons qui creusent le visage de Menocchio ( Marcello Martini, extraordinaire) nous parlent des années de lumière que le vieil homme a forgé dans ses rencontres, avant de tomber dans la pénombre de son cachot. Tout ce qui se trame dans le village et autour des conciliabules des religieux lui est maintenant interdit.

Dans un petit village oublié du monde

Témoignages accordés, aveux concédés, on le traque, on le torture. Moralement . Mais l’hérétique demeure droit et fidèle à sa foi qui renie l’existence d’une vierge mère et d’un Christ sauveur du monde. La vraie torture ne va pas plus l’atteindre quand la caméra de Fasulo le traque de la même manière dans le silence et la nuit du cachot.

Un filmage sans exaltation comme le sujet peut pourtant y prêter. Seule, la belle séquence de l’érection d’une croix et d’un petit édifice révèle les tourments des villageois. Ils triment pour un dieu qui ne leur appartient plus, pour une cause qu’ils ne peuvent plus défendre. Les moines sont devenus bourreaux.

Mais parler, c’est avouer, se condamner. Ce que Menocchio se refuse toujours à faire alors que les menaces sur ses proches se font plus pressantes. Et que la sentence est déjà tombée, bien avant le procès sans fard que le réalisateur exécute sommairement.

Faste et décorum pour les notables et dignitaires de l’église, Fasulo n’insiste pas. Il a la parole de son héros, un réquisitoire sans faille pour le dieu des pauvres, une sentence plus forte que celle des hommes. C’est le sens donné à son regard sur l’Histoire. Une exigence absolue.

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Le film

Inspirée d’une histoire vraie, ce procès de l’Inquisition contre un meunier du Frioul à la fin du XVI ème, questionne frontalement la religion catholique d’aujourd’hui sur les attendus d’une vérité sans fondement. Pour mener à bien sa réflexion, le cinéaste évite les grands épanchements épiques de la situation, pour resserrer toute son attention sur son héros, ce personnage de fable qui a su forger dans son village et alentour une autre alternative. Le cadre et la lumière conjuguent admirablement les intentions du cinéaste. Malgré la torture morale puis physique Menocchio ne renie pas un mot d’une pensée jugée hérétique. C’est tout son combat qui se révèle dans la pénombre d’un cachot. Un filmage particulier, qui emprisonne à son tour ses protagonistes, et leur donne alors une grandeur d’âme inestimable.

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