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« La Machination » de David Grieco. Critique cinéma

  • Grand Prix du festival du film italien de Tours 2017
  • Réalisation : David Grieco
  • Scénario : Guido Bulla, David Grieco
  • Interprétation : Massimo Ranieri, Libero De Rienzo, Milena Vukotik, François-Xavier Demaison, Alessandro Sardelli 

Pier Paolo Pasolini est mort écrasé sous les roues de sa voiture. Au volant, Pino Pelosi, son jeune amant,est condamné à neuf ans de prison. Une version que rapporte le cinéaste et ami du poète David Grieco, sans omettre quelques « détails » qui depuis les faits, le 2 novembre 1975, attestent d’une autre vision de cet assassinat.

Une époque transalpine singulière : le parti communiste est en passe de remporter les élections après des années de troubles et de terrorisme. Pasolini est communiste, mais la manière dont le mouvement se profile ne correspond pas à son point de vue. Il entrevoit une dérive droitière « une dictature pire que le fascisme » écrit-il dans l’ouvrage qui n’en finit pas de noircir des centaines de pages. « Pétrole » est un roman d’investigation sur Eugenio Cefis, ponte de la finance italienne et de la fameuse loge maçonnique P2.

Son travail inquiète les milieux de l’économie, des finances et de la politique. Un autre auteur de l’affaire Cefis est déjà sur écoute, étroitement surveillé par les services secrets. Les deux hommes vont se rencontrer, Pasolini est mis en garde. Il passera outre, poursuivant ses recherches sur les implications mafieuses de Cefis.

Un journaliste français ( François-Xavier Demaison ) interroge le réalisateur sur son prochain film « Salo ou les 120 jours de Sodome »

Et la dénonciation d’un climat politique marqué par la prédominance bourgeoise « instituant le fascisme pour appauvrir le peuple« . C’est l’esprit de son prochain film « Salo ou les 120 jours de Sodome » alors en cours de montage. Une nuit, des individus s’emparent des bobines. Ils réclament une rançon. Pier Paolo Pasolini comprend la manœuvre, mais ne voit pas le piège se refermer sur lui.

Ce que David Grieco filme avec une force inouïe dans le mélange des genres. Du thriller au film d’espionnage, il donne à son récit militant et politique une authenticité sans faille dévoilant l’univers de ces petits malfrats prêts à tout pour gagner un peu d’oseille. Manipulés par les notables, ballottés par un autre gamin qui va bien involontairement jeter une passerelle entre ces deux univers noyés dans la masse, la corruption et le crime. Pino (Alessandro Sardelli) a beau clamé son innocence, son propre avocat, plus sale que la raison, la lui fera entendre.

C’est un film sans concession. Massimo Ranieri le porte avec le même et bel entêtement que son alter-ego dont il salue la mémoire avec maestria. Si Grieco apporte une pièce supplémentaire à la demande de révision du procès de Pino Pelosi, c’est par l’intermédiaire de ce sublime hommage, dont on ne ressort pas forcément indemne. 

Des films autour de Pasolini, son époque, la mafia, l’Italie : « Nos meilleures années » de Marco Tullio-« Suburra » de Stefano Sollima-« Les âmes noires » de Franceco Muzi-« Les Voyous » de Carlos Saura-« Piazza Fontana » de Marco Tullio-« L’ange du mal » de Michele Placido-« Fortapasc » de Marco Risi-« Il divo » de Paolo Sorrentino

Grand Prix du festival du film italien de Tours 2017 Réalisation : David Grieco Scénario : Guido Bulla, David Grieco Interprétation : Massimo Ranieri, Libero De Rienzo, Milena Vukotik, François-Xavier Demaison, Alessandro Sardelli  Pier Paolo Pasolini est mort écrasé sous les roues de sa voiture. Au volant, Pino Pelosi, son jeune amant,est condamné à neuf ans de prison. Une version que rapporte le cinéaste et ami du poète David Grieco, sans omettre quelques « détails » qui depuis les faits, le 2 novembre 1975, attestent d’une autre vision de cet assassinat. Une époque transalpine singulière : le parti communiste est en passe de…
Le film

Le 2 novembre 1975, sur une plage industrielle d'Ostie, Pier Paolo Pasolini est retrouvé écrasé par les roues de sa voiture. Si Pino, son jeune amant est accusé du crime, et condamné à neuf années de prison, d’autres théories ont depuis vu le jour. L’une d’elles, défendue avec fougue et brio par David Grieco évoque une collusion entre les notables maçonniques et des petits malfrats. Le cinéaste italien prend à témoin le travail du poète et romancier qui enquêtait sur l’affaire Cefis (loge P2) pour l’édition d’un roman qui ne verra pas le jour. Du thriller au film d’espionnage, Grieco donne à son récit militant et politique une authenticité sans faille, soutenue avec la même hardiesse par Massimo Ranieri. Un grand et beau film.

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4 Commentaires

  1. Cher critique,
    votre article me fait énormément plaisir, bien évidemment. Je vous remercie du fond de mon coeur. Non seulement à cause de ce que vous avez écrit, mais aussi pour le nom de ce blog très bien organisé.
    La sortie de la Machination en France est mon but principal, et « l’heure de la sortie » m’aide à penser que ce moment, même grâce à vous, s’approche. Pier Paolo Pasolini adorait la France. Il ne me pardonnerait pas de ne pas réussir à faire sortir son film en France.
    Encore merci.
    David Grieco

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