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« Saint-Omer » d’Alice Diop. Critique cinéma

Synopsis: Rama, jeune romancière, assiste au procès de Laurence Coly à la cour d’assises de Saint-Omer. Cette dernière est accusée d’avoir tué sa fille de quinze mois en l’abandonnant à la marée montante sur une plage du nord de la France. Mais au cours du procès, la parole de l’accusée, l’écoute des témoignages font vaciller les certitudes de Rama et interrogent notre jugement.

La fiche du film

Le film : "Saint Omer"
De : Alice Diop
Avec : Kayije Kagame, Guslagie Malanda
Sortie le : 23/11/2022
Distribution : Les Films du Losange
Durée : 122 Minutes
Genre : Drame, Judiciaire
Type : Long-métrage
Le Film
  • Lion d’argent Mostra de Venise 2022 . –
  • Festival 2 Cinéma 2 Valenciennes : prix du jury
  • 2022 : Prix Jean-Vigo
  • Représente la France aux Oscars 2023 . –

D’après une histoire vraie . –

Dans sa forme, ce film s’apparente à beaucoup de films à prétoire , dans un décorum immuable avec ses protagonistes figés par l’ordonnancement des débats.

Celui-ci varie quelque peu sous l’œil d’Alice Diop, sans engager un moment,  la fonction même de sa mise en scène.

Sur ce cinéma de justice, le fond retient l’attention. L’affaire jugée.  Un infanticide. Inutile d’ y ajouter les qualificatifs déjà entendus à son encontre, rien que le mot suffit à le rendre abjecte. Et incompréhensible. Ce à quoi le tribunal tente d’opposer une explication possible, là où la réalisatrice entrevoit l’élaboration de son projet.

. Un prétexte habile à l’origine : une  romancière ( Kayije Kagame) qui entrevoit d’écrire quelques pages sur ce fait-divers assiste au procès. Très vite elle parait en phase avec l’accusée (Guslagie Malanda), ou alors très proche…

Le portrait de Laurence Coty est celui d’une traditionnelle ouverture d’un procès d’assises . L’enfance et les témoignages plus ou moins fiables.  Face à la juge elle demeure calme, réservée,  pleine d’humilité. Mais elle ne cesse de se dérober et charge tranquillement son compagnon de l’époque.

Un autre cadre s’accroche alors dans la salle d’audience, dans lequel un homme plus âgé, (Xavier Maly) se dit dépassé par les événement et l’amour qu’il pensait recevoir de la jeune femme.

L’enfance de Rama ressurgit subrepticement au fil du procès …

Antagonisme coutumier, sans éclat, ni retour de vengeance cette fois. L’évidence d’une histoire qui tournait mal et que Laurence dévide sans émotion particulière.

Elle s’est toujours retenue et poursuit là  à distance ses ombres qu’elle n’a jamais pu fuir. Alice Diop maintenant les éclaire et leur donne enfin l’intensité qui manquait à sa mise en scène. Elle interroge la force de la  maternité,  le sens de la famille, et de cette autre culture, exportée, où la romancière pense elle aussi avoir trouvé sa raison d’être.

Leurs sorts ne sont peut-être pas liés, mais l’union entre les deux femmes est désormais scellée. Une appropriation pour Rama, une reconnaissance pour Laurence.

Cette scène d’engagement mutuel est magnifique, symptomatique de l’écriture d’Alice Diop en quête cette fois de silences éloquents et de regards puissants. L’empreinte d’un film auréolé bien malgré lui . Les Oscars 2023 lui donneront ils raison ? Personnellement j’irais «  Revoir Paris » .

 

Lion d’argent Mostra de Venise 2022 . - Festival 2 Cinéma 2 Valenciennes : prix du jury 2022 : Prix Jean-Vigo Représente la France aux Oscars 2023 . - D'après une histoire vraie . - Dans sa forme, ce film s’apparente à beaucoup de films à prétoire , dans un décorum immuable avec ses protagonistes figés par l’ordonnancement des débats. Celui-ci varie quelque peu sous l’œil d’Alice Diop, sans engager un moment,  la fonction même de sa mise en scène. Sur ce cinéma de justice, le fond retient l’attention. L’affaire jugée.  Un infanticide. Inutile d’ y ajouter les qualificatifs déjà entendus à son…
Le Film

Je suis un peu surpris par l’envolée lyrique autour de ce film et de son auréole transalpine quand il nous resitue assez classiquement les débats d’un prétoire judiciaire. Au niveau supérieur, une affaire d’assises, à travers un dossier dont la seule prononciation interdit tout qualificatif horrifié. Infanticide, le mot suffit à le rendre abjecte. Ce dont la réalisatrice se préserve en retenant du fait-divers la personnalité de l’accusée,  à travers son histoire que remonte le tribunal en quête de compréhension. Alice Diop révise un peu les fondements scénaristique de ce type de cinéma en invitant dans la salle d’audience , une romancière intriguée par l’affaire . Elle est particulièrement attentive aux débats qui s’engagent et Diop la filme si près que la jeune femme parait se livrer à une introspection, ou à sa propre psychanalyse. On aborde là enfin l’intérêt du processus judiciaire , pour quelques séquences furtives aux silences éloquents, aux regards puissants. Ce sont de véritables propositions de cinéma au cœur d’un dispositif narratif et scénique qui cependant n'engage jamais la fonction même de la mise en scène. Que penseront les Oscars 2023 de notre ambassadrice. ? Personnellement j’irais «  Revoir Paris » .

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