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« L’Ombre de Staline » de Agnieszka Holland. Critique cinéma-dvd

Synopsis: Journaliste débutant, Gareth Jones ne manque pas de culot. Après avoir décroché une interview d’Hitler il débarque en 1933 à Moscou, afin d'interviewer Staline sur le fameux miracle soviétique. A son arrivée, il déchante : anesthésiés par la propagande, ses contacts occidentaux se dérobent, il se retrouve surveillé jour et nuit, et son principal intermédiaire disparaît. 

La fiche du film

Le film : "L'Ombre de Staline"
De : Agnieszka Holland
Avec : James Norton, Vanessa Kirby
Sortie le : 22/06/2020
Distribution : Condor Distribution
Durée : 119 Minutes
Genre : Biopic, Drame
Type : Long-métrage
Le film
Les bonus

DVD : 04 novembre 2020

Un jeune journaliste gallois Gareth Jones révèle en 1933 les horreurs du régime stalinien. C’est encore à l’époque, un pigiste, un gratte-papier de l’ombre qui capte la lumière. Hitler arrive au pouvoir, il l’interview dans la foulée. Staline fait des miracles, il veut le rencontrer. Un nouveau cheval de bataille qu’il enfourche malgré les préventions des autorités britanniques.

Gareth Jones n’entend que sa conscience et celle de son métier qui exige à l’époque honneur et indépendance. Pour raconter, il faut savoir dit-il en prenant clandestinement le train pour Moscou où il découvre la gabegie des élites, leurs folles soirées, la drogue.

Une première alerte suivie de plusieurs révélations . La mort mystérieuse d’un journaliste étranger, les secrets entretenus autour de l’Ukraine, la terre nourricière, les trains à deux vitesses . Les convois confortables pour les apparatchiks, les wagons à bestiaux pour le peuple … .

Un tableau contraire aux écrits du correspondant américain du New York Times à Moscou, Walter Duranty ( Peter Sarsgaard ). Prix Pulitzer en 1932 pour ses reportages sur l’Union soviétique l’homme est aussi secret que le pays qui le protège et qu’il protège en cachant la vérité.

Celle que Jones découvre les pieds dans la neige où reposent pèle-mêle des corps à moitié nus. Des orphelins affamés, des villages désertés…

Un  » Pulitzer » qui cache son jeu et la vérité

Le pays n’a rien du paradis des travailleurs heureux et Staline n’a fait aucun miracle sinon tuer des milliers de gens. Voilà ce que murmure le journaliste en herbe à une journaliste étrangère ( Vanessa Kirby ) en poste à Moscou, avant de le crier à la face d’un Duranty imperturbable.

Son écho est aussi mal perçu une fois de retour au pays . On le désavoue publiquement. Il ne faut pas froisser les soviétiques… Même George Orwell (Joseph Mawle) encore peu connu ne croit pas à son histoire . Elle lui inspirera pourtant une dizaine d’années plus tard, l’un de ses plus beaux romans «  La ferme des animaux ».

Le romancier George Orwell (Joseph Mawle ) rencontre  Gareth Jones à son retour d’Ukraine. Il est sceptique sur ce qu’il raconte.

Agnieszka Holland y fait plusieurs fois référence , doublant par des extraits du livre que l’auteur compose sous nos yeux, le récit de Gareth Jones. Une fable pour dire la vérité, un film pour la rappeler.

Il ne faut pas oublier comment ils en sont arrivés là nous rappelle très simplement, mais posément la réalisatrice, comment ce pays s’est construit pour imposer sa tutelle, puis sa dictature.

Un réquisitoire très fort pour la liberté,  de la presse et des consciences. James Norton en est le porte-parole salutaire.

LES SUPPLEMENTS

  • Rencontre avec Agnieszka Holland  . Pourquoi ce film ? « L’opinion publique a oublié, ou même ne savait rien des crimes staliniens. (… ). Mettre la lumière sur ces victimes, sans nom, sans voix » rappelant qu’elle l’a fait souvent dans ses précédents films.

Le scénario écrit par une journaliste américaine, Andrea Chalupa, très engagée politiquement . « Quand je l’ai lu , ce qui m’a séduit, c’est un courant actuel , pourquoi ces événements se passent , la corruption des médias, la lâcheté des gouvernements, la montée du populisme, le fascisme qui renait , les fausses nouvelles … ».

Les lectures qui ont pu enrichir sa démarche . Sur la famine en Russie et ses millions de morts, très peu d’écrits.

« Je ne suis pas partisane de conceptualiser, (… ) alors comment représenter une telle époque , le choix du noir et blanc ( trois mondes différents Londres, Moscou et la campagne ukrainienne, trois modes de couleur … ) ».

La présence de  George Orwell, l’expérience ukrainienne à travers «  La Ferme des animaux », sa dimension métaphorique , « l’auteur a vraiment rencontré notre personnage à Londres , mais on ne sait pas ce qui s’est passé, de quoi ils ont parlé … ».

« Dans ce qu’on vit aujourd’hui je trouve que c’est un peu mal venu de faire des films qui n’ont pas de rapport avec la réalité, ou qui évitent les dangers qui existent. (…) Le cinéma qui m’intéresse c’est celui qui brûle les doigts, dans des sujets, dans des affaires, le cinéma qui sort de sa zone de confort ».

  • Iryna Dmytrychyn. Historienne, traductrice et maître de conférences à l’Institut national des langues et civilisations orientales .

Cette spécialiste de l’Ukraine raconte l’Histoire simplement, clairement . « Si l’Union Soviétique a pu à l’époque propager une image radieuse de son régime, c’est que toutes les forces de gauche en Europe la relayaient ».

Evoque tous les témoignages recueillis depuis des années sur la famine en Ukraine, et le silence d’alors est encore plus pesant , « les chancelleries étaient au courant, mais plus intéressées par la coopération, et la mort des paysans devenait excusable (…) On avait en 1933 besoin de l’Union Soviétique face à l’Allemagne nazie ». 

Le travail de mémoire a commencé il y a une vingtaine d’années sur cette famine , et une journée est consacrée chaque année pour honorer les morts.

« La revanche de l’Histoire , on ne tait plus les crimes, les méfaits, ils se verront  juger par les générations futures à la lumière des révélations qui sont découvertes encore aujourd’hui ».

DVD : 04 novembre 2020 Un jeune journaliste gallois Gareth Jones révèle en 1933 les horreurs du régime stalinien. C’est encore à l’époque, un pigiste, un gratte-papier de l’ombre qui capte la lumière. Hitler arrive au pouvoir, il l’interview dans la foulée. Staline fait des miracles, il veut le rencontrer. Un nouveau cheval de bataille qu’il enfourche malgré les préventions des autorités britanniques. Gareth Jones n’entend que sa conscience et celle de son métier qui exige à l’époque honneur et indépendance. Pour raconter, il faut savoir dit-il en prenant clandestinement le train pour Moscou où il découvre la gabegie des…
Le film
Les bonus

L'histoire vraie du jeune journaliste gallois Gareth Jones, qui suite à ses révélations sur le régime stalinien en 1933, fût assassiné par la police politique soviétique à la veille de ses 30 ans, en 1935 en Mongolie. Le film d’ Agnieszka Holland se termine un an avant cette date quand la terre entière commence à comprendre que le paradis de Staline ne ressemble pas à ce que l’on raconte. Une vérité que l’on doit en grande partie à ce journaliste dont sa découverte en Ukraine va lever le voile sur l'épisode le plus terrible de l'Histoire soviétique de l'entre-deux guerres. C’est toujours magnifique la façon dont Agnieszka Holland raconte les histoires de la grande Histoire . " Sacrifice", " Sous la ville " " Le Complot" et maintenant ce très beau réquisitoire pour la liberté, de la presse et des consciences. James Norton dans le rôle principal en est le porte-parole salutaire.

AVIS BONUS La réalisatrice et une spécialiste de l'Ukraine poursuive le voyage historique de très belle manière

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