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« Ouistreham » d’Emmanuel Carrère. Critique cinéma-dvd

Synopsis: Marianne Winckler, écrivaine reconnue, entreprend un livre sur le travail précaire. Elle s’installe près de Caen et, sans révéler son identité, rejoint une équipe de femmes de ménage. Confrontée à la fragilité économique et à l’invisibilité sociale, elle découvre aussi l’entraide et la solidarité qui unissent ces travailleuses de l’ombre.

La fiche du film

Le film : "Ouistreham"
De : Emmanuel Carrère
Avec : Juliette Binoche, Hélène Lambert
Sortie le : 12/01/2022
Distribution : Memento Distribution
Durée : 106 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film
  • DVD : 17 Mai 2022
  • Ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs – Cannes 2021
  • Meilleur Film Européen – Festival du Film de San Sebastian
  • D’après le livre de Florence Aubenas « Le quai de Ouistreham » (2010)

 

Il y a dix ans, le livre de Florence Aubenas a fait beaucoup d’effets. Anonyme au cœur des travailleurs précaires, la grande reporter s’est immergée dans un monde où l’humiliation et la peine vont de pair.

Ce qu’elle découvre au moment où la crise économique écrase davantage les plus démunis. Le temps d’en disséquer les rouages, elle s’en rapproche et rapporte dans son roman, ce terrible vécu de l’intérieur.

Aujourd’hui, Emmanuel Carrère l’illustre fidèlement à l’écran sur lequel Juliette Binoche adopte sans coup férir le profil de la romancière. Au milieu de ses nouvelles collègues, bien souvent des femmes de ménage, dans leur propre rôle, la comédienne s’efface très vite pour devenir en transparence, Marianne cette autre silhouette confondue au petit matin avec les intérimaires de Pôle Emploi.

Il y a là Christèle, Marilou, Nadège … enrôlées pour nettoyer les cabines des ferries que les voyageurs laissent parfois dans des conditions lamentables. Irrespectueux, je m’en foutisme Marianne retient la leçon et trime avec elles dans les toilettes, où les employés masculins refusent d’y mettre les mains.

La discrimination est à tous les étages, mais l’entente est au beau fixe. L’équipe est parfois même très joyeuse.

Ce que note à nouveau la journaliste, impressionnée par l’entraide et la solidarité qui se dégagent de ces matins de galère, de ces journées à rallonge pour deux, voire trois petits boulots dans la foulée.


Marianne et Christèle vont devenir très amies. A la fin d’une journée de travail, Marianne propose d’aller sur la plage.  « Mais je n’ai pas le temps de regarder la mer » lui dit Christèle

 

Une complicité parfaitement relayée par l’attention que porte le réalisateur à ses femmes de l’ombre, qui dans la froidure des quais d’Ouistreham se réchauffent à l’amitié. Marianne y apporte sa part de camaraderie, excitée dit-elle de « ne plus exister pour personne ».

Dans ce jeu de miroir, la mise en abîme légitime sa présence dans un lieu qui n’est pas le sien. Comment peut-elle s’en relever ? Et prendre la place d’une véritable chômeuse ! Marianne a bien anticipé sa démarche, mais rien prévu sur le proche avenir…

Quand il faudra se révéler à toutes ses nouvelles amies qu’elle a foncièrement trompées. Trahies. Le dernier enjeu d’une aventure peu commune, portée par la littérature et le cinéma et des femmes qui jusqu’au bout se sont battues pour conserver le vrai rôle de leur vie. 

  • Pas de bonus vidéo
DVD : 17 Mai 2022 Ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs - Cannes 2021 Meilleur Film Européen - Festival du Film de San Sebastian D’après le livre de Florence Aubenas « Le quai de Ouistreham » (2010)   Il y a dix ans, le livre de Florence Aubenas a fait beaucoup d’effets. Anonyme au cœur des travailleurs précaires, la grande reporter s’est immergée dans un monde où l’humiliation et la peine vont de pair. Ce qu’elle découvre au moment où la crise économique écrase davantage les plus démunis. Le temps d’en disséquer les rouages, elle s’en rapproche et rapporte dans son…
Le film

Ce film devrait être déclaré d’utilité publique. Il soulève le travail harassant des femmes de ménage dans les cabines des ferries que les voyageurs abandonnent parfois dans des conditions lamentables. Ce que note la petite dernière de l’équipe Marianne, subjuguée par l’entraide et la solidarité de ces femmes qu’elle accompagne désormais, dans l’anonymat de son véritable métier : journaliste. Pour les besoins d’un reportage, la voici au cœur du système où l’humiliation et la peine vont de pair.   De quel droit prend-elle la place d’une véritable chômeuse ? L’excitation de « ne plus exister pour personne » est-il un alibi suffisant pour assumer ce jeu de miroir ? Cette mise en abîme de laquelle il faudra un jour se relever pour avouer le subterfuge, la duplicité, la trahison … Ce qu’a dû assumer il y a une dizaine d’années la grande reporter Florence Aubenas, à l’origine d’une telle démarche. Ce qu’illustre aujourd’hui fidèlement Emmanuel Carrère entouré des véritables femmes de ménage de la compagnie de Ferry qui dans leur propre rôle se révèlent tout aussi fières et solidaires. Juliette Binoche se fond dans le paysage. On oublie la comédienne, on vit avec elle !

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