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« Illusions Perdues » de Xavier Giannoli. Critique cinéma

Synopsis: Lucien, poète inconnu dans la France du XIXème siècle, veut se forger un destin. Il quitte l’imprimerie familiale pour  Paris, au bras de sa protectrice. Il va découvrir les coulisses d’un monde voué à la loi du profit et des faux-semblants. Une comédie humaine où tout s’achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes.

La fiche du film

Le film : "Illusions Perdues"
De : Xavier Giannoli
Avec : Benjamin Voisin, Cécile de France
Sortie le : 20/10/2021
Distribution : Gaumont Distribution
Durée : 150 Minutes
Genre : Drame, Historique
Type : Long-métrage
Le Film

Dans son édition originale, le roman de Balzac comprend trois volumes publiés entre 1837 et 1843. Cette somme de littérature, Xavier Giannoli la reprend quasi intégralement dans son adaptation cinématographique qui souffre de ces longueurs.

Emporté par son élan, son inspiration et une veine littéraire indiscutable, le réalisateur retranscrit fidèlement l’œuvre balzacienne au sein de cette société soufflant sur les dernières braises d’une révolution sanglante au profit d’un libéralisme fou et débridé.

Un monde pris dans la tourmente de l’argent qui emportera le jeune Lucien, venu de sa province lointaine dans la capitale pour y trouver gloire et fortune. Les envieux, les jaloux, les puissants ne supporteront pas .

Lucien est un cœur pur.

Il croit en sa poésie, dans la vertu des mots et de l’amour que lui porte  Louise de Bargeton, une noble, protectrice des arts. Elle le présente à sa cousine la Marquise d’Espard, très influente dans le Faubourg Saint-Honoré  et les couloirs du palais royal.

Il se fait appeler Lucien de Rubempré, du nom de sa mère. La supercherie lui sera fatale.

Premier revers de situation, anicroche dans un parcours si bien tracé au milieu des fauves et des requins. Des journalistes, des critiques, des aboyeurs …

L’ambiance, la photo ( Christophe Beaucarne) le cadre, une apparenté passagère avec  « Edmond » de Alexis Michalik.

 

On n’imagine pas aujourd’hui la presse à l’époque de Balzac et ses avatars journalistiques. Talentueux de la plume, Lucien se fait très vite une place honorable auprès de ses collègues-là, peu soucieux d’une quelconque déontologie. Le mot d’ailleurs n’existe pas.

Tout n’est que tromperies, mensonges et fausses nouvelles , chaque fois monnayés au plus haut prix. Dans ce marigot le héros s’enfonce un peu plus, vendant son âme au diable, aveugle des enjeux qui le piègent. Un embrouillamini de situations parfaitement interprétées par Benjamin Voisin qui cinq ans après ses premiers pas au cinéma trouve là un rôle d’une grandeur inestimable.

Il le doit à son talent et à la patte d’un réalisateur qui a su conserver de l’écrivain tourangeau, l’art du portrait croqué dans sa Comédie Humaine. Aucun protagoniste ne sort de son cadre, de la composition au caractère, ils sont tous dignes de figurer sous sa plume.

Les personnages de la comédie humaine …

 

Vincent Lacoste , jubilatoire dans les frusques d’Etienne Lousteau scribouillard venimeux et entremetteur de fêtes libertines. Il sera la mauvaise conscience de Lucien

Cécile de France, ou Louise de Bargeton d’une belle tristesse dans son désarroi amoureux auprès du jeune Lucien qu’elle tente d’éduquer tout en découvrant elle-même les codes de la vie parisienne.

Salomé Dewaels, la Coralie dont s’éprend sérieusement et fidèlement le héros , quand celle-ci, sortie de la rue et des quolibets de théâtre fera tout pour rendre son compagnon digne et glorieux.

Jeanne Balibar, intrigante et féroce en marquise d’Espard qui  fait et défait les réputations dans le Paris des artistes.

Xavier Dolan, étonnant Nathan, journaliste, auteur dramatique et romancier qui prend sous son aile le jeune poète, pour en faire son meilleur ennemi. Il sera un intermédiaire précieux auprès de Louise de Bargeton qui après avoir rejeté Lucien, sur les conseils de sa cousine , se meurt d’amour pour lui.

Gérard Depardieu, enfin retrouvé dans la posture de Dauriat, l’ancien épicier devenu l’éditeur le plus réputé et redouté sur la place de Paris. Sublime personnage.

André Marcon, le baron du Châtelet, prétendant malheureux de Louise de Bargeton et qui fera tout pour nuire à ce jeune favori devenu un rival.

Louis-Do de Lencquesaing, excellent en directeur de presse véreux,  ( mais Finot c’est son nom ) qui très vite pressent que magouilles et fausses nouvelles ne suffiront plus à le faire vivre. Il envisage la création d’un groupe de presse, en y ajoutant le volet publicitaire très racoleur et rentable.

Jean-François Stévenin interprète joliment le rôle de Singali, manipulateur des salles qu’il fait applaudir ou siffler en fonction de l’argent reçu par les metteurs en scène, les comédiens et les protecteurs des uns et des autres. Une belle crapule dans la galerie d’exposition des personnages de Balzac où Xavier Giannoli accroche des portraits fidèles et respectueux. Le vernissage s’éternise, et c’est bien dommage.

Dans son édition originale, le roman de Balzac comprend trois volumes publiés entre 1837 et 1843. Cette somme de littérature, Xavier Giannoli la reprend quasi intégralement dans son adaptation cinématographique qui souffre de ces longueurs. Emporté par son élan, son inspiration et une veine littéraire indiscutable, le réalisateur retranscrit fidèlement l'œuvre balzacienne au sein de cette société soufflant sur les dernières braises d’une révolution sanglante au profit d’un libéralisme fou et débridé. Un monde pris dans la tourmente de l’argent qui emportera le jeune Lucien, venu de sa province lointaine dans la capitale pour y trouver gloire et fortune. Les…
Le Film

Balzac n’a pas inventé la fausse nouvelle et les réseaux sociaux, il ne les a pas pressentis. A son époque la société était déjà dans cet état d’esprit déviant et dangereux, qui usait de stratagèmes  honteux et malhonnêtes pour mettre à mal le concurrent, l’ennemi, le favori… Xavier Giannoli reprend fidèlement à son compte cette société soufflant sur les dernières braises d’une révolution sanglante, au profit d’un libéralisme fou et débridé. C’est le basculement dans ce monde nouveau qu’il met en scène en suivant le chemin de Lucien, poète de province imaginant Paris comme le réceptacle de son talent et de sa gloire à venir. De succès en désagréments, le jeune homme connaîtra bien des honneurs et des échecs cuisants, qui le mèneront à sa perte, illustrée dans celle d’un régime qui pensait pouvoir renaître des cendres révolutionnaires. Un embrouillamini de situations parfaitement jouées par Benjamin Voisin qui cinq ans après ses premiers pas au cinéma, trouve là un rôle d’une grandeur inestimable. Il le doit à son talent et à la patte d’un réalisateur qui a su conserver de l’écrivain tourangeau l’art du portrait croqué dans sa Comédie Humaine, de façon exemplaire. Aucun protagoniste ne sort de son cadre, de la composition au caractère, ils sont tous dignes de figurer sous sa plume.

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Un commentaire

  1. Je sors de la séance et je suis assez d’accord avec ce qui est dit mais moins avec le nombre d’étoiles (au moins 4,5 pour moi). Tout y est, un scénario (merci Balzac), une mise en scène, des décors et costumes, la tragédie, une résonance actuelle et une pléiade d’acteurs (mention spéciale à Jean-François Stévenin dont ça doit être le dernier rôle)
    La presse et la critique sont souvent injustement critiquées, c’est l’occasion de mesurer les progrès réalisés en comparaison de cette époque.

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