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« Gloria Mundi » de Robert Guédiguian. Critique cinéma

Synopsis: Daniel, incarcéré depuis de longues années, retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu  : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie…  En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. 

La fiche du film

Le film : "Gloria Mundi"
De : Robert Guédiguian
Avec : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin
Sortie le : 27/11/2019
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 107 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

A l’issue de la projection de «  Sorry, we missed you » je me demandais si un Ken Loach français existait. Oubliant Mr Guédiguian . Bien que variant les thématiques, le réalisateur marseillais a toujours su marquer sa fibre sociale et politique, d’une empreinte indélébile.

Il l’enfonce cette fois encore un peu plus dans le noir du désespoir où la ville soleil ne resplendit que de ses gigantesques façades plantées dans le ciel. Marseille est grand et ses habitants si petits. Du moins ceux de la périphérie où vit la famille de Sylvie, une femme de ménage autrefois mariée avec Daniel, qui vient tout juste de sortir de prison.

Les deux amours de Sylvie, Daniel et Richard, se rencontrent. Il vont s’entendre pour tenter de vivre en harmonie dans un monde de plus en plus individualiste.

L’homme encore fragile la rejoint un instant auprès de son nouveau compagnon Richard, et surtout de sa petite-fille Gloria, qu’il découvre dans les langes d’un bonheur précaire. Daniel  ( Gérard Meylan) demeure discret  mais se tient prêt à aider cette famille recomposée, qu’il sait si fragile.

Pour un CDD précaire dans une boutique de vêtements, un poste de chauffeur à l’ubérisation galopante, un monde en perte d’humanité. Aurore (Lola Naymark) la seconde fille de Sylvie en fixe les contours dans le confort tranquille de son couple à qui tout semble réussir. Bruno ( Grégoire Leprince-Ringuet) son compagnon est un entrepreneur sans foi ni loi qui ne cache rien de ses ambitions et de son pouvoir.

Une faille dans l’univers familial que Sylvie et Richard (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin ) entretiennent avec un amour sans limite. Mais les coups du sort et les aléas du quotidien bousculent trop la parenté  pour ne pas sombrer dans un désenchantement rebelle.

Celui que le réalisateur peint discrètement, de manière aléatoire en promenant sa caméra sur la Canebière des sans-abris et dans les arcanes d’un système social dévoyé pour de nouveaux esclaves. Avant de tout lâcher, en colère,  du plus profond de son être abîmé …

Je n’ai jamais connu Guédiguian aussi désespéré, jusqu’aux sentiments qu’il relègue dans des contreparties amoureuses déviantes. Comme l’ultime recours à la survie, l’illusion d’un échappatoire.

Le couple formé par Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Naymark, où l’univers ultra-libéral que dénonce sans ménagement Robert Guédiguian

Tous les acteurs de cette comédie humaine l’entretiennent avec une force et une distinction qui tient de cette rage entretenue par leur propre histoire. Une interprétation à la hauteur des enjeux fixés par le réalisateur. Ou plutôt par le présent d’aujourd’hui, si imparfait.

Mostra de Venise 2019, prix d’interprétation Ariane Ascaride . --- A l’issue de la projection de «  Sorry, we missed you » je me demandais si un Ken Loach français existait. Oubliant Mr Guédiguian . Bien que variant les thématiques, le réalisateur marseillais a toujours su marquer sa fibre sociale et politique, d’une empreinte indélébile. Il l’enfonce cette fois encore un peu plus dans le noir du désespoir où la ville soleil ne resplendit que de ses gigantesques façades plantées dans le ciel. Marseille est grand et ses habitants si petits. Du moins ceux de la périphérie où vit la famille…
Le film

Rapports de force plutôt que luttes des classes, soumission et compromission, je n’ai jamais connu Robert Guédiguian aussi désespéré dans cette vision du monde où le noir et le pessimisme s’accoquinent pour le créditer d’un avenir emblématique. Si le monde adulte tente ici de préserver une sérénité à toute épreuve, un amour familial de tous les instants, on voit l’humanité se déchirer sous les coups de rabots d’un système économique en pleine déconfiture. La naissance d’un bébé est une illusion pour ce bonheur qui s’effiloche et auquel pourtant chacun tente de se raccrocher dans un sauve qui peut cruel et désordonné. Les comédiens sont exceptionnels dans l’interprétation de cette comédie humaine qui peut rebuter, certes, mais bien réelle et surtout prémonitoire d’enjeux qui ne sont pas encore tous sur la table de nos négociations à venir.

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Voir aussi

« Manta Ray » de Phuttiphong Aroonpheng. Critique dvd .

Un OVNI comme on dit, complètement barré dans les étoiles …

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