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« Frère et soeur » d’Arnaud Desplechin. Critique cinéma

Synopsis: Un frère et une sœur à l’orée de la cinquantaine… Alice est actrice, Louis fut professeur et poète. Alice le hait depuis plus de vingt ans. Ils ne se sont pas vus depuis tout ce temps – quand Louis croisait la sœur par hasard dans la rue, celle-ci ne le saluait pas et fuyait… Ils vont être amenés à se revoir lors du décès de leurs parents

La fiche du film

Le film : "Frère et soeur"
De : Arnaud Desplechin
Avec : Marion Cotillard, Golshifteh Farahani
Sortie le : 20/05/2022
Distribution : Le Pacte
Durée : 108 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Les histoires de famille finissent mal en général. Arnaud Desplechin, en sait quelque chose, pour filmer aussi délicatement, les déchirements entre un frère et sa sœur.

Depuis des années, la famille assiste impuissante à cette séparation grandissante. Elle fait mal. Chacun colère, pense à l’autre, à l’évocation d’un souvenir, du commentaire d’un ami ou les mots écrits sur les pages des romans de Louis. Alice ne peut s’empêcher de les lire, même si ça la ravage. La tétanise.

Ce soir là, elle pense ne pas pouvoir monter sur scène , sa bulle de liberté, son échappatoire. Loin, très loin de ce frère qui lui aussi a pris le large, presque ermite dans un coin reculé des Pyrénées. A ses côtés, Faunia, sa compagne vit la même plénitude, solitaire.

Faunia ( Golshifteh Farahani) la compagne du frère . Leur rencontre inattendue dans un café parisien scellera une union complice et amoureuse

 

Elle est faite du même bois et c’est pourquoi elle ne se rend pas au chevet des parents de Louis, grièvement blessés dans un accident de la route. La jeune femme lui laisse le champ libre pour des retrouvailles possibles, que le cinéaste envisage tout autrement.

Même si proches l’un de l’autre désormais, la distance à ses yeux demeure le point d’ancrage d’une relation venimeuse qu’il est préférable d’éviter. Le comble pour le cinéaste qui se nourrit de ces absences et filme au plus près le besoin d’être et d’exister, de vivre à tout prix même si la mort vous a déjà côtoyé.

Pourquoi vit-on, et comment , se demande Desplechin ? Et pour qui au regard de ces protagonistes malmenés par des sentiments si peu contradictoires.

Cette histoire le raconte très bien, au style précis et fondateur d’une autre écriture, d’un style narratif que le réalisateur et sa co-scénariste Julie Peyr associent grandement à l’idée d’un autre filmage.

Le plaisir du cinéma, l’intensité d’un éclairage, ou pas, révélateur de l’instant, l’émotion du cadrage serré, dans lequel les personnages n’ont d’autre issue que de livrer la somme de leurs émotions, le constat d’une vie à rebours.

Plus évidente pour le romancier, exilé volontaire d’un monde dans lequel Melvil Poupaud donne une interprétation phénoménale. Marion Cotillard est tout aussi magnifique en artiste introvertie qui rencontre plus seule qu’elle (Cosmina Stratan) pour comprendre -semble-t-il- l’origine de son mal.

Zwy, un ami d’enfance de la famille, toujours très proche de Louis.

Tout autour d’eux papillonnent des amis, des vrais, qui là encore trouvent dans une distribution formidable le soin de ne pas biffer l’aventure : Golshifteh Farahani et Patrick Timsit en font la preuve .

Les histoires de famille finissent mal en général. Arnaud Desplechin, en sait quelque chose, pour filmer aussi délicatement, les déchirements entre un frère et sa sœur. Depuis des années, la famille assiste impuissante à cette séparation grandissante. Elle fait mal. Chacun colère, pense à l’autre, à l’évocation d’un souvenir, du commentaire d’un ami ou les mots écrits sur les pages des romans de Louis. Alice ne peut s’empêcher de les lire, même si ça la ravage. La tétanise. Ce soir là, elle pense ne pas pouvoir monter sur scène , sa bulle de liberté, son échappatoire. Loin, très loin de ce…
Le film

Arnaud Desplechin ne cesse de faire du cinéma, c’est-à-dire que chaque nouveau film est prétexte à une réflexion autant sur la forme que sur le fond. Ici l’évidence est quasiment de tous les plans, sur un style précis et fondateur d’une autre écriture, d’un style narratif qu’il associe avec sa co-scénariste Julie Peyr à l’idée d’un autre filmage. Le plaisir du cinéma, l’intensité d’un éclairage, ou pas, révélateur de l’instant, l’émotion du cadrage serré, dans lequel les personnages n’ont d’autre issue que de livrer la somme de leurs émotions, le constat d’une vie à rebours. Et ces personnages sont à la hauteur des enjeux scénographiques, un frère, une sœur pris dans le tourbillon d’un désamour dont la raison tient semble-t-il à une distorsion sentimentale au cœur d’une famille où se répand la colère. Ils se sont oubliés pendant des années avant de se retrouver autour d’un lit d’hôpital. L’occasion peut-être de donner une réponse à leur déchirement. Et répondre à la question que Desplechin ne cesse de poser sur le sens de la vie. Avec Melvil Poupaud, Marion Cotillard ,Golshifteh Farahani, et Patrick Timsit, une affiche aussi inattendue qu’exceptionnelle.

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