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« Fille du diable » de Henri Decoin. Critique DVD

Synopsis: Criminel en fuite, Saget est pris en voiture par Ludovic Mercier, un homme qui revient dans son village natal après 25 ans d’exil fructueux aux Etats-Unis. Mais le véhicule dérape. Si l’automobiliste meurt dans l’accident, Saget survit et décide d’usurper l’identité du mort. Accueilli en fanfare, il trompe tous ses compatriotes , ou presque …

La fiche du film

Le film : "La Fille du diable"
De : Henri Decoin
Avec : Pierre Fresnay, Fernand Ledoux
Sortie le : 17/04/1946
Distribution :
Durée : 105 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film
Les bonus
  • DVD : 30 Mars 2022

A la manière de François le facteur dans « Jour de fête » de Jacques Tati , Henri Decoin fait son film à l’américaine. La fusillade en préambule porte l’empreinte d’un style très marqué, sans la technique . On  s’impatiente ainsi beaucoup le long de cette route qu’emprunte notre fuyard aux côtés d’un chauffeur ivre.

Mais le fait accompli, la mort du conducteur, l’usurpation du passager, le récit prend toute sa dimension. Saget le criminel est accueilli comme un héros dans son soi-disant village qui acclame Ludovic Mercier, de retour des USA, riche comme Crésus.

Tout le monde n’y voit que du feu à commencer par sa nièce qui le cajole et le poupoune à l’accès.

Le héros fait bonne figure et répond aux sollicitations du toubib de plus en plus nombreuses pour fournir à la commune les subsides nécessaires. Le docteur a-t-il découvert le secret de son bienfaiteur ? Qui lui-même renifle derrière ses bonnes paroles, de sombres affaires.

« Il a trop de vertu, ça cache quelque chose » …

A ce stade, dans l’atmosphère populaire d’un village de campagne Henri Decoin a déjà bien respecté les charges d’un scénario ( Alex Joffé-Marc-Gilbert Sauvajon) joliment calibré par deux experts de la répartie.

Pourtant Pierre Fresnay me parait un brin sur la réserve quand Fernand Ledoux donne de son énigmatique personnage un semblant de vérité. L’intrusion de la « fille du diable » sous les jupes d’Andrée Clément dynamite un peu l’ensemble avec son mystère sauvage engoncé dans sa posture atrabilaire.

Le village la rejette, mais pas Ludovic Mercier qui voit dans les yeux d’Isabelle et sa hargne cadenassée le Saget d’autrefois. Il devine ses failles, comprend sa révolte…

Le scénario est à nouveau mis à contribution sur ce passé indistinct quand la mise en scène peine à l’évoquer. Défaillance passagère dans le cœur d’un récit autrement porté par la verve d’un film noir à l’époque inconnu au bataillon. La maréchaussée était alors franchouillarde. Le brigadier chef, bon enfant…

LES SUPPLEMENTS

  • – Entre l’Occupation et l’après-guerre : Entretiens avec Yves Desrichard et Didier Griselain (32 min)

On revient un moment sur la Continentale qui pendant la guerre dominait le cinéma français. C’était un organisme de contrôle affilié à l’occupant. Henri Decoin tournera six films avec eux.

L’aspect choral est mis en avant à travers « la générosité des personnages dans les scènes collectives, le bistrot particulièrement . (…) Il a gardé cette idée qu’il venait du peuple, et a une tendresse particulière vis-à-vis de lui ».

Andrée Clément, il est beaucoup question de cette comédienne qui s’impose dans un registre que le cinéma lui a souvent proposé. Voyant le danger elle va s’en retirer pendant quelques années pour le théâtre. Elle accorde peu d’interviews, vit assez recluse et souffre de la tuberculose ( comme dans le film ) dont elle va mourir.

On évoque aussi l’histoire de François Patrice ( George, le fils du bistrotier) , un comédien qui rejeté par la Nouvelle Vague deviendra le directeur de célèbres boîtes de nuit où il rencontre les gens de cinéma. Robert Hossein lui montre alors à nouveau le chemin des studios …

DVD : 30 Mars 2022 A la manière de François le facteur dans « Jour de fête » de Jacques Tati , Henri Decoin fait son film à l’américaine. La fusillade en préambule porte l’empreinte d’un style très marqué, sans la technique . On  s’impatiente ainsi beaucoup le long de cette route qu’emprunte notre fuyard aux côtés d’un chauffeur ivre. Mais le fait accompli, la mort du conducteur, l’usurpation du passager, le récit prend toute sa dimension. Saget le criminel est accueilli comme un héros dans son soi-disant village qui acclame Ludovic Mercier, de retour des USA, riche comme Crésus. Tout le…
Le film
Les bonus

Sur le thème de l’usurpation d’identité, Henri Decoin réussit assez bien son affaire, avec ce petit doute de ma part quant à ses réelles intentions. On sort à peine de la seconde guerre mondiale, les traitres se ravisent, les collabos se font oublier et le changement d’air pour certains devient un sauf-conduit. Le cinéaste ne leur renvoie-t-il pas la pierre dans la peau de ce personnage douteux et criminel qui réussit à se faire passer pour cet autre homme, qui après vingt-cinq ans d’absence revient au pays, riche et vertueux ? L’occasion en tout cas d’évoquer la vie dans une petite ville de province où le cinéma adore montrer les édiles mal pensants, malfaisants. Ce dont ne se prive pas Decoin pour mettre à jour leurs turpitudes, au détriment des plus démunis. Si la mise en scène flanche parfois dans la résolution des nombreux mystères qui planent autour de l’usurpateur, le scénario me parait rattraper chaque fois les écarts .

AVIS BONUS Deux spécialistes de Decoin reviennent sur le film et son auteur, avec une fin alternative plus optimiste ...

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