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« Carol » de Todd Haynes. Critique cinéma-bluray

Synopsis: Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d'un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d'une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d'un mariage peu heureux.  À l'étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond.  Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

La fiche du film

Le film : "Carol"
De : Todd Haynes
Avec : Cate Blanchett, Rooney Mara
Sortie le : 13/01/2016
Distribution : UGC Distribution
Durée : 118 Minutes
Genre : Drame, Romance
Type : Long-métrage
Le film
Les bonus

Le meilleur dvd Mai 2016

J’ai eu l’impression de voir un beau vieux meuble, à la patine parfaite. Rien de classique,pas vraiment, mais plutôt à l’ancienne ce film, comme un reliquat cinématographique des années trente, ripoliné pour l’occasion. Bien agréable à regarder et puis un rien captivant au fil des rencontres, et d’une écriture empruntée à Patricia Highsmith. Elles ne sont pas très nombreuses : la cliente et la petite employée, la bourgeoise et la prolétaire, les mêmes donc qui par le truchement d’une secrète amitié se prennent de passion.

Nous sommes à la fin des années cinquante et l’affaire à New-York ne s’ébruite pas. Le mari, en instance de divorce, n’ignore rien des amours de sa femme. Bien au contraire, dans l’espoir de la reconquérir, il en joue et puis les brandit comme des menaces. Une enfant est l’enjeu de ce jeu de dupe. Devant le juge, l’argument pourrait être déterminant.

Todd Haynes le sait pertinnement. Le réalisateur donne ainsi du fil à retordre à une mise en scène apparemment sage et convenue. On est loin de « Velvet Goldmine ». L’héroïne l’occupe avec élégance, portée par la grâce de ses amours prohibées, tiraillée par la morale et l’opprobre. Cate Blanchett dans toute sa splendeur, toujours aussi rayonnante, expressive, ou l’allant d’un personnage qui lutte et souffre profondément. Si Carol est dominatrice, par nature et par alliance, l’aura de son amoureuse, la simplicité que sa classe lui confère, la confond dans son dénuement.

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Ce sont deux femmes que tout oppose, quasiment, des extrêmes aux parfums contraires, et qui pourtant vont s’aimer à perdre la raison. Carol ouvre à Thérèse des paradis inconnus, et inespérés, mais cet ange tombé du ciel, cette  petite marchande de poupées ne vit que pour l’amour et l’exclusif. Aucun calcul, ni stratagème dans ce cœur abandonné à l’autre.

L’interprétation de Rooney Mara joue bien sur la subtilité des sentiments de son personnage, sur leur fragilité aussi. Il y a moins d’éclats, plus de vérité chez Thérèse quand la tristesse fragile de son amante la renvoie à de futiles considérations.  «  Quand on pense avoir touché le fond, on tombe en panne de cigarettes » murmure la belle dégrisée par une vie que son mari enregistre maintenant sur des bandes magnétiques accusatrices. Tombé bien bas, l’époux a toujours été minable, mais amoureux. Un amoureux fou, lui aussi.

LES SUPPLEMENTS

  • Making of. Un vrai de vrai, sans aucun commentaire annexe, mais les indications du réalisateur sur plusieurs scènes de tournage, les répétitions, l’écoute des comédiens.
  • Les interviews.Elles sont toutes individuelles mais chapitrées de la même manière : l’histoire, le scénario, le personnage…

Cate Blanchett qui connaît bien la littérature de Patricia Highsmith souligne l’audace du roman «  à l’époque où il a été écrit ». Ce qu’il y a de bien chez cette romancière poursuit-elle «  c’est que les personnages ont une vie intérieure très riche. Elle maîtrise parfaitement leur gestion (sic !) à travers laquelle elle démontre que tout adulte a un secret ».

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Comédiens, comédiennes, on le voit dans le making of, sont toujours attentifs aux indications de leur réalisateur Todd Haynes, par ailleurs très précis semble-t-il dans sa direction.

Rooney Mara relève le fait que «  bien qu’il ne s’agisse pas d’un fait criminel », elle assimile le fait amoureux «  à des réflexes criminels, du genre et si ça allait mal tourner.. ». Un point de vue que le réalisateur reprendra à son tour dans le chapitre Cannes. «  L’approche entre l’imagination des criminels et celle des jeunes amants est intéressante. (…) A quel point les esprits s’échauffent lorsque vous tombez amoureux ? La même intensité que l’on retrouve dans l’élaboration d’un crime ».

Edward Lachman, le directeur de la photographie évoque le tournage dans l’Ohio, à Cincinnati «  une ville figée dans le temps, qui ressemble encore de nos jours à New-York dans les années 50. ». Il évoque le style photoréalisme qui a été appliqué dans le film au détriment d’un point de vue purement cinématographique des années 50. Des photographes tels que Louis Farrow, Robert Frank ou Saul Leiter ont été passés à la loupe. «  Ils possèdent un regard très subjectif et poétique, ancré dans le monde qui les entourait. Ils photographiaient une rue mais c’est leur point de vue qu’ils donnaient. »

  • Todd Haynes à Cannes. Ou la poursuite de son interview précédente…
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Le film
Les bonus

C’est un drame amoureux, universel qui prend pour décor un New York parfaitement retranscrit dans le milieu du XX ème siècle ( une ambiance, des couleurs … ) et pour lequel deux comédiennes de premiers plans interprètent avec beaucoup d’élégance et de convictions des rôles peu aisés. Elles s'aiment, l’une à l’autre , en dépit de la morale et des clivages sociaux. Cate Blanchett n’a pas été récompensée à Cannes et c’est surprenant, mais Rooney Mara dans un rôle plus discret, qui exige plus de retenue est tout aussi présente sous le feu des projecteurs de Todd Haynes qui aborde son sujet avec délicatesse et classicisme. L’histoire est assez forte, très bien écrite, et le casting parfait, doit-il penser, pour ne pas en rajouter. Mais du classique de ce tonneau-là, j’en redemande encore.

Avis bonus Des interview intéressantes, et un making of qui va à l'essentiel

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7 Commentaires

  1. Fil académique dirai-je mais tout y est très bon : scénario, actrices, décors. Même si on a peu de surprises, on déguste ce film du début à la fin. 4 étoiles pour moi aussi.

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