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« A peine j’ouvre les yeux » de Leyla Bouzid. Critique cinéma

Synopsis: Tunis, été 2010, quelques mois avant la Révolution, Farah 18 ans passe son bac et sa famille l’imagine déjà médecin… mais elle ne voit pas les choses de la même manière. Elle chante au sein d¹un groupe de rock engagé. Elle vibre, s’enivre, découvre l’amour et sa ville de nuit contre la volonté d’Hayet, sa mère, qui connaît la Tunisie et ses interdits.

La fiche du film

Le film : "À peine j'ouvre les yeux"
De : Leyla Bouzid
Avec : Baya Medhaffar, Ghalia Benali
Sortie le : 23/12/2015
Distribution : Shellac
Durée : 102 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

« Ils traversent la Méditerranée en pèlerinage jusqu’à la mort, et sur leur dos on construit des châteaux ».

Ils étaient jeunes, idéalistes. Ils ont fondé un foyer, ils sont devenus parents. Des parents inquiets aujourd’hui par l’image que leur renvoie leur enfant. Farah aspire aux mêmes libertés qu’ils revendiquaient autrefois. Mais le pays a bien changé. La police au plein pouvoir les surveille, les traque, les emprisonne.

Farah n’y croit pas trop, totalement investie dans sa jeunesse, sa fougue et une détermination qui surprend même ses copains et copines qu’elle retrouve pour jouer de la musique. Une activité suspecte aux yeux des autorités. D’autant plus de la part d’une femme. A la double peine, le double combat. Il est difficile de répéter, et se produire en public devient de plus en plus risqué.

Surtout que la jeune femme n’hésite pas à chanter haut et fort son opposition au pouvoir en place. Farah est la petite sœur des Chats Persans. A Bagdad comme à Tunis, les prisons sont parfois à ciel ouvert. Sa mère, pour la protéger, participe aussi à ce carcan institutionnel, lui interdisant maintenant de retrouver sa petite bande.

Une mère et sa fille très proches l'une de l'autre et pourtant tout maintenant les sépare...
Une mère et sa fille très proches l’une de l’autre.Tout maintenant va les séparer…

Une mère prisonnière elle aussi de son passé, et des traditions tunisiennes. « Tes portes sont fermées et portent mon malheur » chante sa fille qu’elle ne peut plus combattre ; le rapport des forces s’inverse. Le père travaille ailleurs, et n’obtient pas sa mutation. Il n’est pas inscrit au parti.

Leyla Bouzid filme ce décor au rythme du désenchantement et de la  révolte des jeunes. La politique, la religion interfèrent peu dans ces portraits. Ce sont avant tout des vies pleines et entières que la réalisatrice appréhende elle aussi avec une énergie dévastatrice. On absorbe très vite ce quotidien où la délation, les trahisons, les indics prennent  le pas sur les espérances bafouées.

Comme un étau qui se resserre, des arrestations suivent, puis la torture. Des concerts sont annulés, le répertoire amputé. Farah déchante mais Baya Medhaffar qui l’interprète reprend à son tour le flambeau. Une alchimie surprenante entre l’être et le paraître, l’actrice et le personnage, comme emportés par la véhémence des événements. Ghalia Benali la mère, est tout aussi déterminante dans cette vision instinctive d’un sauve-qui-peut.

à peine j'ouvre les yeux

Un regard encore plus perçant que tous ces yeux braqués depuis des mois sur ces pays en charivari. On a parlé des Printemps arabes, mais Leyla Bouzid veut aussi les Hiver et toutes les saisons. La liberté, toute l’année.

« Ils traversent la Méditerranée en pèlerinage jusqu’à la mort, et sur leur dos on construit des châteaux ». Ils étaient jeunes, idéalistes. Ils ont fondé un foyer, ils sont devenus parents. Des parents inquiets aujourd’hui par l’image que leur renvoie leur enfant. Farah aspire aux mêmes libertés qu’ils revendiquaient autrefois. Mais le pays a bien changé. La police au plein pouvoir les surveille, les traque, les emprisonne. Farah n’y croit pas trop, totalement investie dans sa jeunesse, sa fougue et une détermination qui surprend même ses copains et copines qu’elle retrouve pour jouer de la musique. Une activité suspecte aux yeux des…
Le film

Après Venise (prix du public, et du meilleur film européen), Leyla Bouzid est allée aux Journées Cinématographiques de Carthage à Tunis .Une salle de 1800 personnes. Le film a obtenu  le Tanit de bronze, le prix du jury pour la première œuvre et le prix Fipresci de la critique internationale. Je m’accroche rarement aux prix, mais pour ce film peu commun, ils font bien écho à une réalité cinématographique autrement plus puissante et moins démonstrative que certains autres titres du genre. La jeunesse qui réclame sa liberté est incarnée par une femme ce qui à Tunis renforce le message d’une autre femme, réalisatrice, qui possède une telle énergie qu’elle la transmet très vite à travers un spectateur fasciné par tant de vérité projetée. Alors qu’un autre très grand film du genre « Les chats persans » focalisait le propos sur celui des musiciens iraniens, « A peine j’ouvre les yeux » prend prétexte de la musique et de la censure qui l’entoure pour filmer le quotidien étouffant, les pleins pouvoirs de la police, la délation, la traque, les indics, et la paranoïa obligée qui en découle. Baya Medhaffar, la jeune fille et  Ghalia Benali sa mère forcent l’admiration. Un très, très grand film.

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