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« Le Chat » de Pierre Granier-Deferre. Critique Blu-ray. Coffret

  • DVD : 04 décembre 2020
  • Cinéma  :  24 avril 1971
  • Réalisateur : Pierre Granier-Deferre
  • ActeursJean Gabin, Simone Signoret, Annie Cordy, Jacques Rispal, Yves Barsacq
  • Durée : 90 minutes

L’histoire : Dans le huis clos étouffant d’un petit pavillon de banlieue épargné par la démolition, un vieux couple sans enfants se déchire. Julien, ouvrier à la retraite, n’aime plus Clémence, ancienne trapéziste qui a dû abandonner sa carrière suite à une chute. Lorsque Julien recueille un chat à qui il donne toute son affection, la jalousie commence à s’emparer de Clémence.

  • Film :
  • Bonus :

 

  • D’après le roman de Simenon

«  Tu sais que je pourrais très bien retrouver du travail … » dit l’ancienne trapéziste.

«  Dans la parade des clowns ou comme caissière ? » répond le mari .

Avec le temps, la facture parait classique, mais quelle mise en scène ! L’évidence de chaque plan, particulièrement celui qui revient tel un leitmotiv entêtant : une impasse dans laquelle Clémence et Julien Bouin vont et viennent jusqu’à leur maison, la seule désormais encore debout, quand tout autour les ouvriers bousculent le paysage.

Granier-Deferre la filme à l’envie, le jour et la nuit, où l’ennui perce la monotonie assourdissante des pelleteuses. Mais le couple résiste à l’expropriation, comme il résiste à la haine qui le mine depuis que Clémence a commis l’irréparable. Tuer le chat de Julien.

Cette petite bête qui lui volait toute la tendresse qu’elle attendait encore de leur couple vieillissant. Depuis, Julien ne lui parle plus et prend ses repas seul, après avoir fait ses courses.

Ambiance ! Ce que Granier-Deferre traduit avec beaucoup de simplicité dans sa mise en scène. L’évidence prend le pas sur les apparences . Un ton résolument sobre, deux grands artistes s’affrontent sans jamais paraître.

Jean Gabin et Simone Signoret, un duo déjà consacré et pourtant à nouveau remis au goût du jour de cet entre-deux qui nous fixe l’époque et ses saisons. Aux portes de Paris où la banlieue prend racine, où les immeubles montent au ciel, mais où les Bouin se terrent, dans cet environnement carcéral, prisonniers de leurs propres turpitudes.

Ils s’épient, s’interrogent du regard, muets et suspicieux, délaissant les face à face d’autrefois où les défis étaient tout aussi terribles et dramatiques.

Granier-Deferre relate bien ces deux périodes, d’une déclaration de désamour à l’attente vaine et solitaire sur le banc d’un square, l’inexorable déclin de l’amour et de ses passions . Même si à l’ultime moment de la séparation les sentiments les plus profonds ressurgissent d’une histoire qui a mal vieilli.

Granier-Deferre en fait son point d’orgue dans ce film ridé par le temps et n’en demeure pas moins d’une extrême grandeur.

LES SUPPLEMENTS

Coin de mire est un jeune éditeur indépendant, spécialisé dans la restauration de films français, de patrimoine.

Il propose des digibook, numéroté, 3000 ex, bénéficiant d’une édition Blu-ray et  DVD, (restauration 4K), accompagnés d’images d’archives, des réclames de l’époque, de l’affiche originale et des photos d’exploitation.

Une partie de ces bonus se retrouve en images et vidéo comme autrefois. Il est possible de voir uniquement le film, mais on vous propose aussi de revivre, la séance de cinéma à l’ancienne, dans une qualité d’image et de son, aux normes actuelles.

Annie Cordy joue le rôle d’une directrice d’hôtel. Autrefois la maîtresse de Julien, elle est devenue sa confidente, et lui conseille vivement de retourner chez sa femme…

Benjamin Mendoza l’homme qui a voulu tuer le pape est ainsi à la une des actualités de Pathé, avec un reportage sur la Commune de Paris et la présentation à Port Grimaud, de la nouvelle Volkswagen .

Côté «  Réclames », je vous conseille celle de Patrick Topaloff vantant les mérites de Bahlsen , suivie de «  Du Dubonnet, s’il vous plait » avant de plaindre la 2 CV dans laquelle une dame de forte corpulence tente de monter ( «  Pour rester mince sans vous priver … Taillefine Gervais ! ».

Que du bonheur rétrospectif, et nostalgique.

  • Interview Pierre Granier-Deferre  ( 43 mn ) . Des vidéos du tournage et  des images noir et blanc  accompagnent ce documentaire passionnant et tellement sensible quand vous voyez au travail Signoret et Gabin

« Jardin, m’a fait lire le roman et j’avais un peu peur d’un sujet avec deux vieillards , et allez faire tourner un chat, mais quand on a pensé à Jean et Simone, là ça a commencé à me plaire ».

Jean Gabin, « si t’as pas une bonne histoire, tu ne fais pas un bon film , tu peux réunir cinq têtes, le coup du star system c’est fini , je pense que c’est une histoire difficile à traiter au cinéma , mais y’a la môme Signoret ».

Le film marque son époque . Celle du Vouvray à 3,15 Fr affiché sur la porte de l’épicerie où Julien et Célimène se ravitaillent. Les travaux ont rejoint la rue.

 

«  Gabin, c’était son rêve le côté  plan-plan , mais il s’est masqué le reste du film pour en rester à l’aspect retraité, il est évident que j’ai lutté contre ça » poursuit le cinéaste.

« On m’a proposé tout le monde , sauf Signoret et c’est elle que je voulais, attendu pendant six mois, on lui attribuait l’échec de «  L’armée de l’ombre »  et c’est Jean qui est allé la chercher en disant sans elle je ne fais pas le film ».

Simone Signoret «  je ne peux parler de mon rôle car je viendrais à analyser certaines choses que je ne veux pas analyser, des choses qui viendront ou pas, dans le film … »

« Dans ma direction , j’ai un côté faux jeton, je ne tape pas du poing sur la table, je me faufile , c’était surtout vrai avec Ventura, car lui au départ c’était toujours non mon coco je ne le jouerais pas comme ça alors je lui disais gentiment essaie au moins une fois ».

Pierre Granier-Deferre évoque aussi son malaise un soir de tournage ( via l’hôpital quand même ) et la réaction de Jean Gabin …

  • Deux collections possibles par œuvre. 35€ (La séance prestige) 18€ (La séance sélection).
DVD : 04 décembre 2020 Cinéma  :  24 avril 1971 Réalisateur : Pierre Granier-Deferre Acteurs : Jean Gabin, Simone Signoret, Annie Cordy, Jacques Rispal, Yves Barsacq Durée : 90 minutes L'histoire : Dans le huis clos étouffant d'un petit pavillon de banlieue épargné par la démolition, un vieux couple sans enfants se déchire. Julien, ouvrier à la retraite, n'aime plus Clémence, ancienne trapéziste qui a dû abandonner sa carrière suite à une chute. Lorsque Julien recueille un chat à qui il donne toute son affection, la jalousie commence à s'emparer de Clémence. Film : Bonus :   D'après le roman de…
Le film
Les bonus

C’est l’histoire d’un couple usé par les sentiments, mais qui s’aime sans se le dire .  L’usure du temps. Pas d’enfants, mais un chat que Julien a trouvé dans la rue et qui prend toute la tendresse que Célimène espère encore dans le silence de leur vieille bicoque vouée à la démolition. Mais le couple résiste à l’expropriation, comme il résiste à la haine qui le mine depuis que Clémence a commis l’irréparable. Tuer le chat. Julien et Célimène ne se parlent plus. Granier-Deferre relate bien ces deux époques, qui d’une déclaration de désamour à l’attente vaine et solitaire sur le banc d’un square, fixent l’inexorable déclin de l’amour et de ses passions . Avec le temps la facture parait  classique, mais quelle mise en scène ! L’évidence de chaque plan, un ton résolument sobre dans lequel deux grands artistes s’affrontent sans jamais paraître. Jean Gabin et Simone Signoret, un duo déjà consacré et pourtant à nouveau remis au goût du jour de cet entre-deux qui nous fixe l’époque et ses saisons. Ce film ridé par le temps vieilli avec distinction.

AVIS BONUS Le digibook est déjà en lui même riche de pièces de collection. Il faut y ajouter un très bon documentaire sur Pierre Granier Deferre

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