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« Adam » de Maryam Touzani. Critique cinéma-VOD

Synopsis: Dans la Médina de Casablanca, Abla, mère d'une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d'imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l'essentiel.

La fiche du film

Le film : "Adam"
De : Maryam Touzani
Avec : Lubna Azabal, Nisrin Erradi
Sortie le : 05/02/2020
Distribution : Ad Vitam
Durée : 100 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
le film

« Les morts n’appartiennent pas aux femmes » . —

« Peu de choses nous appartiennent » . —

Pour la première fois derrière la caméra, Maryam Touzani ne fredonne pas forcément le refrain d’indépendance et de liberté qui lui allait si bien dans « Razzia ». Le ton est moins provocant, le rythme moins enlevé.

Mais ce sont à nouveau des femmes marocaines qui nous parlent de deux destins, croisés contre toute attente et surtout contre toute volonté de la part d’Abla.

Enfermée dans le huis clos de sa petite boutique de pâtisseries, elle n’en sort que pour accompagner sa fillette, Warda, une adorable gamine de huit ans qui à l’approche de Samia fait feu de tout bois.

Mais pour sa maman, Samia c’est l’étrangère qui frappe à la porte, une inconnue porteuse d’une vie nouvelle dont elle-même ne sait que faire.

Mère célibataire au Maroc, est-ce un crime ? Aux yeux d’Abla ce n’est pas une circonstance atténuante pour la recevoir à bras ouverts.

La confrontation tendue entre les deux femmes ( Lubna AzabalNisrin Erradi, excellentes ! ) provoque des embardées gaillardes sur lesquelles la jeune réalisatrice pose délicatement les conditions d’une cohabitation nourrie au mystère de leur passé.

Doit-on penser à Vermeer ? La lumière, l’attention au sujet, le cadre, beau travail…

On ne sait quasiment rien d’elles sinon qu’au talent pâtissier d’Abla se joint maintenant celui de Samia, élargissant l’offre marchand, avec des « rziza » qui font la fierté du quartier. Et surtout celle du livreur de farine, qui se meurt d’amour pour la pâtissière.

Elle le sait, n’en fait rien et laisse à Samia le soin bien involontairement de recevoir ses aveux. Une déclaration d’amour par ricochets. Cette scène à la fois drôle et émouvante éclaire le tableau d’un grain de douce tendresse.

Celui que Maryam Touzani sème après l’affrontement pour une amitié naissante, faite de confidences et d’aveux sur un avenir presque débarrassé des fantômes du passé. Warda en sait quelque chose. Du haut de ses trois pommes et de son innocence, elle rabiboche chaque fois qu’il le faut, rien que par sa présence, tout son petit monde.

Telle l’enfant de la concorde que Samia se refuse à voir dans son ventre rond qui l’accuse de tous les maux dit-elle. Comme il accuse la faiblesse d’un scénario jusqu’alors bien tenu. Mais pour parler de maternité, et des mères célibataires dans un pays aussi traditionnel et restrictif, Maryam Touzani se laisse attendrir.

Son sujet lui tient tant à cœur qu’elle en fait une pierre d’achoppement à un édifice qui ne demandait qu’à se construire posément. Le reste de la façade demeure intact. C’est un premier film, on en espère encore bien d’autres. 

VOD : 09 avril 2020 Meilleur DVD-VOD Avril 2020 ( 3 ème ) « Les morts n’appartiennent pas aux femmes » . --- « Peu de choses nous appartiennent » . --- Pour la première fois derrière la caméra, Maryam Touzani ne fredonne pas forcément le refrain d’indépendance et de liberté qui lui allait si bien dans « Razzia ». Le ton est moins provocant, le rythme moins enlevé. Mais ce sont à nouveau des femmes marocaines qui nous parlent de deux destins, croisés contre toute attente et surtout contre toute volonté de la part d’Abla. Enfermée dans le huis…
le film

Même si frontalement le sort des femmes marocaines n’est pas mis en évidence, il demeure le ferment de ce récit singulier entre deux femmes qui ont chacune fermé un volet de leur passé, à tout jamais, pensent-elles. La confrontation de ces deux destinées nourrit le récit de la comédienne Maryam Touzani pour la première fois derrière la caméra. Son sujet autour de la maternité, et  des femmes célibataires s’éclaire devant l’absence de solutions évidentes à ces situations embarrassées dans un pays aussi restrictif que le Maroc. C’est donc bien un film de femmes, dans lequel les hommes sont absents, excepté le livreur de farine, qui se meurt d’amour pour la pâtissière. La déclaration est une jolie séquence habitée par les deux comédiennes principales Lubna Azabal et Nisrin Erradi, mais aussi la jeune Douae Belkhaouda qui sera toujours dans les bons coups quand il faudra rabibocher la maman et sa jeune pensionnaire.

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On a tellement écrit sur ce film , ses implications, et sa quasi-virginité soixante-quinze ans plus tard qu’il est difficile d’en rajouter une phrase pour dire le bonheur chaque fois renouvelé de le retrouver ainsi intact et sans rature.

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